Peugeot ou la fin de l’individualisme triomphant

Alors, vous avez vu, Peugeot ? Ça secoue grave, n’est-ce pas ? N’ont même pas pu attendre la rentrée sociale de septembre pour annoncer le massacre. 8 000 clampins sacrifiés. Sans compter les sous-traitants. Le lion de Sochaux-Montbéliard qui s’emplafonne à son tour dans le platane de la “Grande perdition”.

Les réactions ont été à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre : vaines, lénifiantes, à côté de la plaque, convenues, sans la moindre surprise à se mettre sous la dent. Déjà vaincues.

Fumées

Les syndicats, qui “s’y attendaient”, déclarent à qui veut les entendre que “la guerre est déclarée”. Sans préciser bien sûr quelle forme prendra ce vigoureux conflit. Parions que ceux-là ne feront au mieux qu’accompagner la casse en essayant de limiter les dégâts sociaux. Comme d’habitude.

La direction de PSA promet tout ce qu’on veut sans rien promettre. Qu’elle ne laissera tomber personne. Qu’elle va “revitaliser” le site d’Aulnay-sous-Bois en y recréant un bassin de 1500 emplois. Rendez-vous à la fin de l’année pour rigoler ?

La presse s’interroge doctement pour savoir si l’on peut encore “produire français”. Mais omet de se demander qui, parmi les milliers de consommateurs français mis au chômage et aux revenus amputés, sera en mesure d’absorber une production automobile délocalisée ailleurs.

La palme de la confusion à notre ministre du “Redressement productif” [rires] qui annonce un prochain plan d’actions pour l’avenir de notre filière automobile [soupirs], en vantant ses incontestables potentialités [sonnez, violons], avant de reconnaître, devant la fulgurance de la déflagration médiatique, que l’État français ne saurait accepté ce bazar [un clairon, quelque part ?].

De toute cette agitation convenue, il ne ressortira évidemment rien d’autre qu’écrans de fumée momentanés, illustrés de quelques mouvements sporadiques, de quelques faits d’armes héroïques diffusés en boucle sur nos journaux télévisées pour faire genre, de quelques ultimes discours sirupeux en guise d’antalgiques.

Dur réveil

La vérité est que ce qui arrive à PSA, après General Motors et Saab, avant Renault et bien d’autres, était non seulement prévisible, mais inéluctable, logique, sinon même salutaire.

Dans un monde limité (et pollué) comme le nôtre, songez que nous en sommes arrivés dans notre pays à un total de 495 voitures particulières pour 1000 habitants, une auto pour deux, enfant compris ! Qui peut croire que nous allons encore pouvoir continuer longtemps à ce rythme ?

Euh, encore beaucoup de monde en vérité, à en croire les réactions interloquées des salariés de Peugeot, sous le choc de ce coup de grisou estival : « Mais comment tout cela peut-il nous arriver à nous ? »

Réponse fastoche, mais encore faut-il se débarrasser des vieux carcans mentaux poussiéreux. C’est un ensemble de concours de circonstances (crise financière, dérégulation sociale, assèchement des ressources naturelles, avidités patronales et actionnariales…) qui conduit à la même douloureuse conclusion : la “Grande perdition” est en train de remettre de l’ordre dans nos folies.

Une révolution à l’insu de notre plein gré

Ah, que n’a-t-on pas dit sur cette fameuse bagnole, ce symbole de liberté, d’émancipation individuelle, de mâle et conquérante puissance ! (On oubliera par bonté d’âme les rictus de colère et les imprécations haineuses, derrière les pare-brises teintés, à la moindre contrariété réelle ou supposée.)

Eh bien, c’est fini et il va falloir nous y faire ! La filière automobile du passé — « une voiture pour tous » (Pompidou) — ne se redressera pas. Le rêve individualiste est en train de se briser. Place au retour du collectif, contraint et forcé. Et à l’entraide. Une révolution est en cours, à l’insu de notre plein gré, que nous ne savons pas ou feignons d’ignorer.

Les 8 000 sacrifiés de PSA, comme les autres à venir, feraient bien de s’en aviser et s’organiser autrement s’ils ne veulent pas voir leurs vies se flétrir. Car ils ne pourront compter sur aucun des intervenants officiels patentés et leurs fumées.

Ma mioche de dix-huit ans et ses copains, eux, laissés sur les bas-côtés d’une insertion sociale défaillante, ne nourrissent déjà plus guère de rêves cylindrés. La voiture triomphante de leurs parents est devenue une vulgaire “caisse”. Ce qui ne les empêche pas de parcourir du pays au gré de leur volonté. Leur point de ralliement ? Le site covoiturage.fr.

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