PODEMOS, SYRIZA, NPA et utopie française

Recherche menée par Robert Gil

chevalJ’entends certains se demander s’il est possible en France qu’un mouvement comme Podemos ou Syrisa puisse émerger. Je pense que l’occasion a été gâchée avec la création du NPA. A sa création il aurait fallu que les syndicalistes sincères et les déçus de ce qu’est devenu la gauche s’emparent du débat en son sein. Si dés sa création ce mouvement a été fortement attaqué par les autres partis, qu’ils soient de droite ou prétendument de gauche, c’est surtout à mon avis que le NPA est contre le cumul des mandats, la durée des mandats, la rémunération des élus et pour leur révocabilité … Finies les carrières politiques, la politique redevient une conviction et non une profession, et ça, aucun parti constitutionnel n’est prêt à l’accepter : la lutte des places a pris le pas sur la lutte des classes ! Le NPA est actuellement le seul parti ouvertement anticapitaliste, donc s’attaquant au réel problème, cependant, évidement, il n’a aucune couverture médiatique, contrairement par exemple au FN, dont l’establishment n’a rien à craindre, bien au contraire.

Les médias de masse en France appartiennent à 7 milliardaires, ces derniers savent pertinemment qu’ils pourront toujours faire des affaires avec l’extrême droite sans problème, et bizarrement nous nous coltinons depuis plus de 20 ans régulièrement le front national à la télévision et à la radio ; avant c’était Jean Marie, maintenant c’est marine le Pen et sa bande, tandis que l’extrême gauche est soit ignorée soit caricaturée (« ouais on les aime bien ils sont sympas et rigolos mais bon c’est pas sérieux tout ça… »). Les médias forgent la pensée dominante et promulguent ceux qui serviront leurs intérêts, surtout ne jamais oublier cela.

En France, nous vivons dans le souvenir de nos références révolutionnaire, alors qu’au final la révolution de 1789 a mis au pouvoir la bourgeoisie à la place de l’aristocratie. Mais, que des têtes de gens riches et influents soient tombées en ce temps là,  effraie encore beaucoup notre oligarchie actuelle, et fait que notre population est particulièrement surveillée et manipulée.

Et ce ne sont pas les perquisitions de zadistes, de maraîchers bio et autres contestataires de notre système capitaliste qui me contrediront. Que l’Etat actuellement sous couvert de couvre feu s’attaque à des gens qui n’iront jamais tuer des innocents montre pour qui travaillent nos politiciens actuellement. Pas pour le peuple c’est certain.

Il faut réfléchir sur l’Histoire contemporaine et voyager en France pour comprendre qu’un Podemos ou un Syriza à la française n’est pas transposable chez nous.  Il ne faut pas non plus s’emballer trop vite, les programmes de ces partis sont loin d’être vraiment anticapitalistes. Mais il faut se faire à l’idée qu’il y a des différences fondamentales entre la Grèce, l’Espagne et la France.

D’abord, l’existence de Podemos et Siryza s’expliquent par le fait que l’Espagne comme la Grèce ont fait l’expérience de la dictature dans leur histoire récente. Leur retour à la démocratie n’est jamais vieux que d’une quarantaine d’années. Il y a dans les esprits une vigilance et un instinct de lutte qui suffisent à conférer un semblant d’homogénéité entre les générations, dans ces deux nations qui par ailleurs, sont relativement jeunes de par leur démographie.

Notre cas de figure va à l’opposé, et ce pour plusieurs raisons. Déjà, et de longue date, on est un pays éclaté culturellement (on n’est pas français de la même façon à Paris, à Marseille, à Lyon, à Nancy, à Lille, en Lozère, dans le Var et sur le plateau de Langres…) et générationnellement (on n’a jamais connu une telle cassure entre jeunes, moins jeunes et vieux, la rupture générationnelle ne concernant pas que les ados et les vieillards, elle est aussi palpable entre, quadras, quinquas et troisième âge… ).

Second aspect : on a en France des territoires entiers qui sont exclus de la modernité, où persistent un mode de vie, une vision du monde en retard d’un demi-siècle, où seuls demeurent les ressortissants de générations nées avant et après la Seconde guerre mondiale, régions que les jeunes diplômés ont fui pour les grandes villes ou l’étranger. Cet exode dont on parle peu, est particulièrement tangible dès qu’on s’aventure loin des grandes villes, à l’intérieur des terres, dans certains départements paumés.

Troisième aspect : notre culture bureaucratique, qui fait de notre État jacobin une entité à la fois écrasante et protectrice – même si c’est devenu un leurre. On a l’habitude de s’en remettre à l’État comme jadis on s’en remettait au Roi : la France n’a jamais fait le deuil de l’Ancien régime. On déteste le Roi et sa Cour mais on les réélit, alléguant qu’on sait à qui on a affaire, et on se déculpabilise au regard de sa propre souffrance et de celle des autres en se disant qu’une fois encore, on va confier le pouvoir « aux moins pires ». Le Français n’est pas capable d’autodétermination autrement que « dans les clous ». Il y a bien ici et là des tentations subversives, mais c’est la crainte de l’autorité qui l’emporte, et la nomenklatura politicienne maîtrise parfaitement cette ambiguïté au travers de l’instrumentalisation du FN, outil qui depuis une quarantaine d’années, a fait la preuve de son efficacité.

Quatrième aspect : L’incapacité que nous avons à penser le collectif, résultante de ce qui précède. On cultive en France une « solidarité à la carte ». Chacun a « ses pauvres » comme par ailleurs il a ses bêtes noires. Mais cette solidarité, elle reste ponctuelle, parce qu’au fond on s’en fout. Il y a une telle pression de toutes parts, bureaucratie, fisc, culture du flicage administratif, que chacun est partagé entre un mélange de crainte et de mépris du système, qui fait qu’il va préférer s’accrocher à ses maigres acquis qu’envisager des alternatives qui par ailleurs, du fait du cinquième et dernier aspect que je vais évoquer, n’ont pas la moindre chance d’aboutir…

Cinquième aspect : La théorie, l’idéologie, le parler au détriment de l’action. Une vieille habitude. On va disserter des années sur des possibilités de se sortir de l’ornière sans remuer le petit doigt, on va attendre que le voisin fasse le premier pas. Et on va gentiment glisser son bulletin dans l’urne quand on nous le demande.

Le problème de la France, son immobilisme, sa résignation face à ce qui la frappe depuis l’émergence dans les années 80 du fléau libéral (désindustrialisation, régression du niveau de vie, perte quasi totale de la qualité de la vie dans certains secteurs, faillite de sa jeunesse issue de l’immigration, phénomènes d’exclusion et de paupérisation comme on n’en a pas connu depuis les années 30), est lié à des facteurs culturels, de structure, de rigidité, et à une fracture générationnelle impossible à résoudre : jeunes, moins jeunes et vieux ne s’expriment même plus dans la même langue, leurs repères culturels sont devenus incompatibles : on est un pays d’étrangers-les-uns-aux-autres.

L’émergence d’une alternative politique suppose une homogénéité au sein d’une nation et surtout une capacité à communiquer hors des canaux existants et des discours convenus. L’Histoire nous a prouvé que cette possibilité n’est pensable, en France, et c’est fort malheureux, qu’au sortir d’une crise gravissime, telle qu’une guerre. On a vu ce qui s’est passé en 68, où passé le temps des barricades et des discours pseudo-révolutionnaires, on s’est bien vite hâté de rentrer dans le rang…

D’après libertaire et Bernardo Zorro

« Les fruits sont à tous, et la terre n’est à personne »… Jean-Jacques Rousseau

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