Police : ce que défend la police

Source: le journal L’OUVRIER. Paris. France.

 

Devenir policier quand on sera grand, c’est
parfois un rêve d’enfant. La police arrête les
méchants, les voleurs, les tueurs. Bon nombre de
policiers se voient ainsi. Et il nous est tous arrivé
de voir un policier montrer une attitude humaine.
Et pourtant, non, la police n’a pas été faite
pour arrêter les méchants. Elle n’est pas faite
pour que nous puissions vivre et travailler tranquillement.

Elle a été faite pour que nos dirigeants
nous voient travailler tranquillement. Ça y
ressemble, mais ce n’est pas la même chose.
Il suffit d’un moment où nous autres, le bas
de cette société, proteste, pour découvrir que la
police n’est alors plus là pour corriger l’injustice.
Lors d’une grève, quand la police est là, c’est à la
demande des patrons, pour prendre un certain
nombre d’entre nous en situation d’irrégularité,
démoraliser les autres, nous faire peur, nous
pousser à cesser la lutte.

Dans les manifestations de rue, la police dit
être là pour protéger les bons manifestants, ceux
qui ont demandé une autorisation, et intervenir
contre les casseurs. Mais ceux qui manifestent
voient autre chose : la police est là pour nous
encadrer, contrôler très soigneusement notre
déplacement, le limiter, car elle ne peut pas être
partout. Si nous sommes nombreux, elle peut
même vouloir casser la manif, à coups de
grenades lacrymogènes, lances à eau, tirs de
balles de défense et matraques. Là, elle ne nous
protège pas : elle se protège elle-même pour faire
son travail de contrôle. Elle veut démontrer que
nous devons lui obéir, un point c’est tout, que
c’est elle qui commande.

Quand on découvre cette réalité violente sur
le terrain, on ne peut que sentir monter en soi un
sentiment de rage : cette police, censée être un
bras de la justice, se montre injuste, avec l’utilisation
de sa force, de son nombre, de son matériel.
Et quand la police est envoyée pour harceler
les jeunes dans les cités, c’est encore la rage que
cela provoque.

Cette rage peut faire voir ces policiers
comme nos principaux ennemis. Mais le sont-ils
vraiment. N’y a-t-il personne derrière ?
Lorsque le mouvement des Gilets jaunes a
commencé fin 2018, certains d’entre eux ont cru
que la police allait les comprendre. Des policiers
les ont écoutés. Est-ce parce qu’il y a parmi les
policiers des bons et des méchants ?
Les différences entre policiers comptent
peu. La police est un vaste appareil, une machine
faite pour obéir à des ordres. Si on lui dit de
discuter gentiment sur les ronds-points, elle le
fait. Cela lui sert à écouter, enregistrer les paroles
des gens, mesurer leur détermination, et tout
est remonté ensuite au plus haut niveau : préfets,
ministère de l’Intérieur.

Mais là, lorsque ces autorités le décident, et qu’ils en donnent l’ordre, les ronds-points sont dégagés de gré ou de force. Ces ordres sont politiques. L’essentiel, en
haut lieu, c’est de préserver les bases les plus
profondes de la société. Et la première, c’est la
propriété privée. Il y a votre portable, votre
bagnole, votre maison, peut-être. Mais il y aussi
la propriété d’usines, d’autoroutes, de banques,
de grosses entreprises ; et cette propriété-là a
ceci de spécial qu’elle sert à tirer du profit sur le
dos des autres. C’est elle qui crée et aggrave les
inégalités. Pour qu’on ne fasse pas la différence,
et qu’on ne s’insurge pas contre cette propriété
qui sert à exploiter, on envoie la police pour
chaque petit vol ; histoire de mettre dans les
têtes que toute propriété est sacrée.

Quand des opprimés se retrouvent face à la
police, l’ennemi principal, ce n’est pas elle.
L’ennemi principal, c’est la grande propriété
privée. C’est elle qui est à la base des inégalités,
de bien des injustices sociales, de la fabrication
des cités ghettos, de nombre de problèmes sociaux,
et donc aussi d’une partie de la délinquance.
C’est cette propriété privée des grands capitalistes
que la police défend, même si les policiers
n’en ont pas conscience. C’est pour défendre
leur système que les ordres leur sont donnés.


29/9/2019 L’Ouvrier n° 326
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