Politique familiale: l’été meurtrier

Recherche menée par Robert Gil

En politique, les mauvais coups s’exécutent souvent au cœur de l’été. La réduction des allocations familiales a pris effet au 1er juillet, mais les familles concernées ne la ressentiront que début août. Bien calculé. Cette programmation cache une triple entourloupe. En 2013, Jean-Marc Ayrault avait promis aux syndicats et aux associations familiales qu’il plafonnerait les avantages fiscaux du quotient familial pour ne pas toucher aux allocations. Promesse non tenue, pour en formuler une autre : « On va prendre aux riches pour donner aux pauvres. » Pas plus respectée.

Si les allocs des 500 000 familles les plus aisées sont divisées par deux ou par quatre, la Caisse nationale des allocations familiales reconnaît qu’avec l’abaissement du quotient la réduction de la prime à la naissance et du soutien aux modes de garde, plus de 3 millions de familles verront leur pouvoir d’achat baisser d’ici à 2017. Pour 2 millions de familles seulement qui percevront un peu plus. Mais cette comptabilité d’austérité maquillée en avancée sociale masque l’essentiel. Ce bricolage à vue pour équilibrer les budgets sociaux remet en question un système en vigueur depuis 1945. Le comble, en cette époque mêlant austérité, détestation des familles nombreuses et perte de mémoire politique, est qu’un slogan de sans-culotte (« Sus aux riches ! ») sert à mettre fin à une vraie avancée révolutionnaire : le principe républicain d’universalité des prestations sociales.

Invoquer, comme l’ont fait en chœur ministres et cadres socialistes, l’inutilité de quelques centaines d’euros d’allocations pour des familles en gagnant plusieurs milliers est évidemment un argument qui porte. Il porte en réalité témoignage de l’état de confusion dans lequel baigne une gauche qui a abandonné, avec son objectif de lutte contre les inégalités, les outils qui le permettaient.

Il fut une époque où le moindre militant de section du PS faisait la différence entre la redistribution verticale (politiques salariale et fiscale) entre riches et pauvres et la redistribution horizontale (politique familiale, aides aux handicapés) entre foyers. Il n’y a plus guère que les communistes, les archéo-gaullistes et les associations familiales pour défendre le principe des allocs : elles n’avaient pas pour objectif social de favoriser les bas revenus ou de pénaliser les hauts, mais, à même niveau de ressources, de compenser la baisse de niveau de vie due au coût de la progéniture, notamment à partir du troisième enfant. Tout cela fait peut-être aujourd’hui figure de subtilité ringarde quand des médias de gauche présentent comme héros du progressisme des riches qui achètent 100 000 € pièce des enfants sur le marché délocalisé de la GPA.

La redistribution entre hauts et bas revenus, c’était le rôle des impôts. Les propositions ne manquaient pas pour concilier justice et maintien de l’universalité. Certains suggéraient la soumission des allocations à l’impôt sur le revenu, qui reprendrait ainsi l’essentiel de ce qui est versé tout en préservant le symbole de règles communes et solidaires. D’autres, relevant que malgré son plafonnement le quotient familial continue de favoriser les familles très riches auxquelles il permet de fortes réductions d’impôts, proposaient un abattement forfaitaire par enfant. Toutes ces suggestions auraient pu relever de la « grande réforme fiscale de justice » promise par François Hollande. Mais, tout comme la grande discussion sur la politique familiale, elle n’est plus à l’ordre du jour…

Bilan ? Maintien d’une fiscalité avantageant les très riches au détriment des classes moyennes, tout en pénalisant les familles (par la CSG et la TVA). Et abandon du principe d’universalité. Nouvelle trahison non assumée. Mais applaudie par la droite néolibérale qui n’a jamais osé ce qu’Alain Minc et Jacques Attali réclament depuis longtemps. Et que Denis Kessler – qui, lui, a bonne mémoire – avait su résumer lorsqu’il était vice-président du Medef en proposant de « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». Ils ne supportent plus ce modèle social français né de l’union nationale de la Libération : tous les citoyens bénéficiant de la même couverture sociale, quel que soit leur revenu, chacun cotisant selon ses moyens et recevant selon ses besoins. Archaïque. Ils veulent troquer l’égalité républicaine pour « l’équité » anglo-saxonne. Passer de la société solidaire à « l’autonomie » des individus. Marché privé pour les battants, assistanat public pour les autres.

Cible facile, la politique familiale est une première étape. Avant l’école et la santé. Il suffit de lire les chroniqueurs néolibéraux, tel le fana Pierre-Antoine Delhommais, du Point, qui se réjouit du « séisme caché » détruisant le principe des allocs. Et salive déjà sur la suite logique de cette divine surprise venue de la gauche en espérant « une modulation des remboursements de soins en fonction des revenus. A charge ensuite pour chacun, en fonction de ses moyens, de souscrire à des contrats privés individuels pour se soigner convenablement ». Son espoir – la privatisation de la Sécurité sociale – n’est plus déraisonnable. Le discret attentat estival contre l’universalité des allocs en est une condition.

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« C’est un parfait courtisan, quand le roi pète il respire à fond »… Anonyme du 17eme siècle

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2 pensées sur “Politique familiale: l’été meurtrier

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    30 octobre 2015 à 9 09 28 102810
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    J’attire l’attention sur cette promesse du gouvernement français « Promesse non tenue, pour en formuler une autre : « On va prendre aux riches pour donner aux pauvres. » Pas plus respectée. »

    Justin Trudeau n’aurait donc rien inventé avec sa fumisterie de prendre aux plus fortunés et de redonner à la classe moyenne (sic).

    Il adviendra de cette promesse libérale ce qui est advenu de la promesse Ayrault en France …. Autant en emporte le vent….

    Robert Bibeau
    Directeur Les7duQuebec.com

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    30 octobre 2015 à 18 06 18 101810
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    Bientôt les camps d’exterminations pour les bons-à-rien qui ne raportent rien aux privilégiés.

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