Pour Jacques Sapir, saborder l’euro serait « un acte européen »

Passionnante analyse de la situation européenne par Jacques Sapir sur le site de Paul Jorion. Pour éviter un désastre européen, notre éminent directeur d’école (des hautes études en sciences sociales, EHESS) prône le sabordage volontaire de l’euro. Dès 2012 pour cause d’urgence.

Crise de liquidité et crise de compétitivité

Sapir raye d’un revers de chiffres le sauvetage de la zone euro par le BCE, tel que le fanfaronna il y a peu son directeur Mario Draghi. Ni la banque centrale européenne, ni les États membres n’ont les moyens financiers de telles ambitions.

Une création monétaire “ex nihilo”, c’est-à-dire ne reposant pas sur une recapitalisation par les États, se heurterait à des problèmes de compatibilité quasi insolubles avec la Constitution allemande qui interdit ce genre de pratique, au demeurant assez désespérée.

Franchirait-on l’obstacle du manque de liquidités que cela ne règlerait en rien la crise qui affecte aujourd’hui gravement la zone euro. Car selon Sapir, la crise de liquidité vient en grande partie d’une crise de compétitivité qui va s’aggravant, du fait des déséquilibres structuraux grandissants entre pays membres.

« Or, ici, la BCE est impuissante. La permanence de la crise de compétitivité provoquerait inévitablement la réapparition de la crise de liquidité. »

Saborder l’euro pour sauver l’Europe

Pas trente-six solutions pour sauver l’Europe selon Sapir, surtout pas celles en vogue aujourd’hui (austérité, déflation salariale, mutualisation des dettes…), mais une seule et unique piste :

« Entre l’euro et l’Europe, il faudra choisir. »

En clair, « une dissolution coordonnée et concertée de la zone euro » qui « prendrait la forme d’un acte européen », avec pour corollaire un retour provisoire aux monnaies nationales, le temps que chaque pays membre remette un peu d’ordre dans sa maison, pour ensuite revenir à une monnaie unique sur des bases plus saines.

L’aide involontaire de Super Mario

Bien évidemment, le plan de Jacques Sapir, pour attirant qu’il soit, n’a en réalité aucune chance d’être volontairement appliqué.

Les dirigeants européens actuels n’ont ni les capacités intellectuelles, psychologiques ou politiques de mettre un tel programme en place. Pour preuve, la dernière stupidité lâchée par le président du Conseil italien Mario Monti, avec la niaise approbation du président français François Hollande :

« La fin du tunnel [de la crise, ndlr] approche. »

Seraient-ils soudain frappés de clairvoyance que nos potentats seraient rappelés à l’ordre par leurs sponsors de la haute finance. Car le plan Sapir signifierait également la fin du traité de Lisbonne qui garantit à ces lobbies une mainmise juteuse sur la politique européenne.

Si le plan Sapir est appliqué, ce sera contraint et forcé par l’explosion inopinée de la zone euro. Super Mario (Draghi) vient de lui donner un coup de main bien involontaire. Comme il était aisé de le prévoir, ses vaseuses promesses de sauver l’euro par la BCE n’auront bien sûr pas tenu un été.

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