Pour le port libre de tout signe distinctif quel qu’il soit

Et si, au nom de la liberté d’expression, on autorisait au contraire le port de tout signe distinctif de son choix : kippa, voile, croix, boubous africains bariolés,  liquettes Zara ou H&M, et même, tiens, ces mochasses costumes-cravates par lesquels les hommes d’affaires et ceux qui aspirent à l’être aiment se distinguer ?

Qu’est-ce que c’est que cette manière de vouloir lisser le monde à sa façon ? Qu’est-ce que c’est que cette manière de vouloir interdire à quiconque tout droit de se distinguer comme il l’entend ?

Combien on parie qu’une bonne partie de ceux qui volaient au secours de la liberté bafouée de Charlie-Hebdo, sont prêts à partir en croisade pour l’interdiction du port du voile ? Au nom de la liberté de femmes auxquelles ils n’ont bien entendu rien demandé.

Et l’autre, du FN, qui profite de ce lamentable merdier pour demander l’interdiction de tout autre signe… que les siens ? Le voile, la kippa… mais, ah non, rien sur la croix !

La liberté, c’est le droit à la différence

Cette tendance à la régularisation des formes et des apparats, au nom de je ne sais quels principes brandis par les tenants d’une pensée unique qui se voudrait dominante sans dire son nom,  démontre surtout un grand désarroi et une sombre inquiétude chez ceux qui la manifestent.

Quand on érige des barrières d’intolérance autour de soi, c’est généralement autant pour masquer un univers personnel dévasté que pour se protéger de je ne sais quelle saugrenue “menace étrangère”.

Interdire à l’autre de porter un signe qui le distingue de vous est un signe d’insigne faiblesse. Et est aussi intolérable que si cet autre vous imposait le port de ses propres signes à lui.

Car la liberté du port de signe distinctif s’arrête bien évidemment là : à l’autre. La seule limite à ma liberté, c’est celle de l’autre. Mais on n’oppose pas sa propre liberté à celle de l’autre. On lui en fait bénéficier. La liberté, c’est aussi le droit à la différence.

Allez, allez-y, les gars, les filles, portez-les vos kippas, vos barbes ou vos voiles, vos croix, vos si jolis boubous africains, vos liquettes de supérettes, vos costumes de croque-mort ! Ça ne me gêne pas, moi, du moment que vous ne m’obligiez pas à en faire autant.

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