Quand Assange fait péter les plombs à Big Brother

Ouillouillou, le délire ! Un type vaguement (et opportunément) accusé de viol par d’ex-collaboratrices, condamné par la grande-Bretagne à l’extradition vers la Suède pour y être jugé, est assiégé par les forces de sécurité britanniques à l’ambassade d’Équateur de Londres où il a obtenu le droit d’asile politique.

Le type — bravo à ceux qui l’ont reconnu — c’est Julian Assange, un des fondateurs de WikiLeaks, cette organisation mutine qui fit la nique aux puissants du monde entier, les adhérents de l’Otan en premier chef, en publiant leurs petits mots doux fielleux et des vidéos salement compromettantes.

Plus de zèle pour Assange que pour Pinochet

Mais foin de ces peccadilles, ce sont bien évidemment — tout le monde y croit ! — les frasques sexuelles supposées de cet Assange de malheur qui irritent tout rouge nos autorités british. Celles-ci menacent carrément d’envahir l’ambassade rétentrice par la force pour y saisir ce dangereux pervers.

Au risque de provoquer un accident diplomatique extrêmement grave et de déclencher toute une vague d’imprévisibles conséquences géopolitiques mondiales. On connut les britanniques moins zélés quand il s’est agi d’extrader un certain Pinochet vers ses juges chiliens

Tonton Sam, lui, est un peu moins faux-cul et ne s’embarrasse pas de faux-semblant pour réclamer le bonhomme. Il le veut, son Assange, mais pour “faits d’espionnage”. 250 000  mails US top secrets diffusées de par le monde par ce loustic, ça fait un peu tache pour une maître du monde !

Les réseaux du Net, talon d’Achille de l’Empire

L’acharnement féroce contre notre garnement du Net révèle en vérité le talon d’Achille d’un Empire humilié. Et montre que ce dernier fut bien plus touché qu’il ne veut le dire par la façon dont WikiLeaks révéla crument au monde ses dérisoires faiblesses.

Outre son rôle informatif indéniable, WikiLeaks remplit celui, subversif, de véritable contre-pouvoir à l’égard des machinations occultes des puissants de ce monde. Rôle depuis longtemps abandonnée par des médias officiels sous férule de l’argent et de la pensée unique.

Par delà la destinée particulière d’un WikiLeaks livré à la curée, c’est bien l’importance de la Toile et de ses réseaux en matière d’émancipation populaire et d’outil d’information qui est ici mis en relief.

Les rhumes de Big Brother

On disserte beaucoup sur la reprise en main autoritaire d’Internet par Big Brother. On évoque, qui avec une trouble délectation, qui avec un dégoût d’apparat, l’inéluctable reprise en main des réseaux.

Mais pour l’heure, c’est l’inverse qui se produit. L’acharnement rageur des Anglais, des Américains ou des Suédois contre Julian Assange traduit surtout l’impuissante fébrilité des autorités instituées.

Dans un billet publié chez Paul Jorion, Annie Le Brun rejoint son hôte en reliant les différents manifestations de fébrilité chez nos Big Brothers enrhumés : la traque d’Assange, la fusillade de New-York contre un type armé d’un seul couteau, le massacre des mineurs par la police sud-africaine, le procès “soviétique” contre les Pussy Riot.

L’autorité des puissants tient souvent à la sauvegarde des apparences et à la peur qu’ils inspirent aux autres. En entendant les attendus de leur condamnation, les Pussy Riot riaient. Le KGB était autrement plus efficace à l’ère prénumérique.

Et Assange se frotte les mains en constatant que certains pays ou groupes de pays — d’Amérique latine, par exemple — embrayent le pas à leur joyeuse entreprise de déboulonnage des idoles.

 

Le Yeti

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