Quand Lady Di s’appelait… Patricia

Que l’on se rassure, cette histoire n’a rien à voir avec le piteux roman qu’a publié Valéry Giscard d’Estaing en septembre 2009. Prenant ses désirs pour des réalités, l’ex-chef d’État français laissait entendre dans « La Princesse et le Président » qu’il aurait eu une relation amoureuse avec une princesse britannique, relation symbolisée par « ce glaive de l’amour absolu tournoyant dans un sifflement au-dessus de nos têtes ». Récidiviste du ridicule en écriture, M. Giscard d’Estaing a pris le soin de nommer l’héroïne Patricia, mais en dressant un portrait suffisamment évocateur pour que chacun puisse reconnaître Lady Di dans cette princesse improbable, amoureuse d’un président aux allures de croque-mort. L’auteur de ce nanar littéraire a pourtant eu raison sur un point : durant quelques heures, Lady Di s’est appelée… Patricia !

Il faut pour cela remonter 13 ans en arrière, le 30 août 1997. Ce jour-là, en fin de soirée, une Mercedes-Benz S280 quitte à vive allure l’hôtel Ritz. Elle est aussitôt prise en chasse par les paparazzis massés devant le palace. La puissante berline, conduite par Henri Paul, transporte Diana Spencer, Princesse de Galles, son compagnon Dodi Al-Fayed et le garde du corps de ce dernier, Trevor Rees-Jones. Quelques minutes plus tard, c’est le drame dans le tunnel de l’Alma : la Mercedes, pilotée par un chauffeur ivre (1,87 g d’alcool dans le sang) s’écrase contre un pilier en béton. Diana, encore vivante, est extraite de la voiture par les secours. Transportée à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, elle y décède peu avant 4 heures du matin le 31 août.

Le même jour à 9 heures du matin, Huguette Amarger, à l’époque thanatopractrice chez Hygeco BJL et l’une des plus talentueuses praticiennes de la capitale française, reçoit un appel téléphonique de son patron. Il lui demande d’annuler ses rendez-vous et, toutes affaires cessantes, de se tenir prête à intervenir. Après un deuxième appel, Melle Amarger, munie de son matériel professionnel, se rend en urgence à la salle mortuaire de la Pitié-Salpêtrière où elle est attendue pour embaumer une « citoyenne britannique décédée », une certaine… Patricia que le personnel médical et elle-même ont reçu l’ordre de ne pas nommer autrement. Commence alors une nouvelle attente.

De nombreuses personnes sont là, notamment le Président Jacques Chirac (le Premier ministre Lionel Jospin arrivera plus tard) et Keith Moss, n°2 de l’ambassade britannique, ainsi qu’un homme en pleurs : Paul Burrell, le majordome de la princesse. Melle Amarger le charge de s’occuper des habits destinés à habiller la défunte. Le feu vert est enfin délivré à la thanatopractrice après que le gouvernement de Tony Blair et la famille royale d’Angleterre, alertée lors de son séjour en Écosse au château de Balmoral, aient donné leur accord pour faire embaumer le corps. Melle Amarger, restée seule avec un assistant et deux femmes de la police, peut enfin prendre en charge la dépouille de… Patricia.

Quel était l’état exact du cadavre de… Patricia ? Et quels types de soins Huguette Amarger a-t-elle prodigués* à la défunte ? Personne, en dehors des rares personnes habilitées, ne le saura avec exactitude, l’intervenante étant liée par un secret professionnel qui se double ce jour-là d’un secret d’État. Ce qui est sûr en revanche, c’est que Melle Amarger a parfaitement rempli sa mission, pourtant effectuée dans des conditions inhabituelles et particulièrement stressantes. Clive Leverton, Royal funeral director, le confirmera en 2007 en s’adressant aux jurés britanniques lors du procès intenté à Londres par le père de Dodi, Mohamed Al-Fayed : « Diana paraissait en paix dans la mort, sans signe de blessure visible ».

Diana, et non Patricia. Cette éphémère Patricia à qui Valéry Giscard d’Estaing a vainement tenté de redonner vie dans un roman de mauvais goût. Pourquoi Patricia ? Peut-être l’ex-président a-t-il eu connaissance de l’usage qui a été fait de ce prénom, dans un cadre pourtant morbide. Mais un cadre qui, reconnaissons-le, convient on ne peut mieux à sa dégaine de croque-mort de bande dessinée…

* En résumé, l’action d’un thanatopracteur consiste à injecter, au moyen de cathéters, du formaldéhyde dans l’artère carotidienne en assurant l’évacuation simultanée du sang par la veine jugulaire. Ensuite vient l’étape la plus rebutante : l’élimination des liquides et des gaz contenus dans le corps. Cette opération se fait au moyen d’une pompe via une incision pratiquée près du nombril. Les praticiens disposent pour cette phase d’un masque anti-odeur à filtre à charbon très efficace. Cette évacuation faite, le thanatopracteur injecte par la même voie une quantité de formaldéhyde destinée à ralentir la prolifération bactérienne et à retarder du même coup le processus de putréfaction. Enfin, après une asepsie des orifices et la fermeture des incisions, il est procédé à la toilette et à l’habillage du cadavre, puis au maquillage du visage.

3 pensées sur “Quand Lady Di s’appelait… Patricia

    • avatar
      12 octobre 2010 à 8 08 27 102710
      Permalink

      Bonjour, Morice.

      Elle n’était pas encore dans la profession lors de ce navrant « suicide ».

      Pour ce qui est des voitures en fin de course, pourquoi pas ? J’ai connu un Anglais de Cornouailles qui avait remisé la sienne dans son salon et la bichonnait avec amour !

      Répondre
      • avatar
        12 octobre 2010 à 10 10 03 100310
        Permalink

        Moi, je détiens un autre secret : une certaine Martine qui avant s’appelait Roger :-O . Elle serait aujourd’hui au PS…Mais bon j’ai dit ça mais je n’ai rien dit, hein… C’est entre nous, pas de buzz ! 🙂

        Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *