Qui arme l’Armée syrienne libre et pourquoi ?

Des foyers de tension du Moyen-orient, nous ne savons souvent que ce qu’on nous en dit à travers les médias du microcosme. Mais émergent parfois des points de vue iconoclastes exprimés par quelques journalistes opérant en marge des sentiers battus officiels. Voici les opinions de deux d’entre eux, britanniques, sur le conflit syrien.

Le premier, Robert Fisk, est l’envoyé spécial du journal anglais The Independent dans cette effervescente région. L’autre se nomme Dan Glazebrook, journaliste indépendant, spécialiste des relations internationales, et collaborant à différents médias comme The Guardian.

Une armée de libération très professionnelle

Dans un récent article intitulé « La vérité sanglante sur la guerre incivile de Syrie », Robert Fisk rapporte la surprise de l’armée syrienne régulière devant la puissance de feu insoupçonnée de ceux qui s’opposaient à eux à Homs. Des « centaines de roquettes », des « milliers d’explosions » qui obligèrent les soldats d’Assad à évacuer leurs positions.

Très professionnellement planifiées sont aussi les cibles des offensives menées par une Armée syrienne libre (ASL) loin d’être constituée comme on le dit par les seuls déserteurs de l’armée régulière. Ainsi de l’assaut qui visa l’école d’artillerie à Alep où étaient prétendument entreposés les missiles antiaériens censés répondre à une attaque d’Israël ou de l’Otan.

On est loin des premières manifestations spontanées et non-violentes de la première révolte civile anti-Assad. Même si Fisk rappelle que les caméras d’Al Jazeera avaient dès le début débusqué d’étranges pèlerins solidement armés au côté des manifestants pacifiques.

Nul doute pour Fisk, les forces de l’ASL reçoivent une aide financière et matérielle conséquente de l’Occident. Tout comme avaient été financés et armés les combattants moudjahidines d’un certain Ben Laden pour bouter les Russes hors d’Afghanistan dans les années quatre-vingt. Fisk se voit ainsi conforté dans sa thèse exprimée lors d’une précédente chronique :

« En fin de compte, toute ce que veulent Israël et ses alliés occidentaux, c’est briser l’Iran — via la Syrie. »

« Sécuriser l’environnement régional »

Dan Glazebrook est tout aussi catégorique :

« Tout ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-orient doit être compris dans le contexte de préparation de la guerre contre l’Iran. »

Et de citer en particulier la répression musclée (ignorée de nos médias) de manifestations chiites à Qatif en Arabie saoudite. L’objectif, comme en Syrie : « sécuriser l’environnement régional » en réduisant au maximum toutes éventualités de réactions populaires — notamment chiites — contre les intérêts occidentaux de la région après le déclenchement du conflit final.

Devant de telles assertions, il se trouvera bien évidemment quelques beaux esprits pour hurler au conspirationnisme (comme il y en eut pour dénoncer les causes humaines du réchauffement de la planète) et suggérer une trouble faiblesse des “conspirateurs” pour le régime d’Assad.

Ni Fisk, ni Glazebrook ne sont pourtant soupçonnables d’une quelconque empathie pour le régime brutal du dictateur syrien. Et Fisk n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les exactions de l’armée régulière syrienne. Leurs thèses ont au moins le mérite d’apporter un éclairage différent de celui présenté dans nos médias occidentaux.

Et condamner l’agressivité nippone lors de la Seconde guerre mondiale n’oblige pas pour autant à justifier les bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki.

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