Qui peut sauver l’UMP ?

OLIVIER CABANEL:

On sait que les comptes de campagne de l’UMP ont été invalidés par le conseil constitutionnel et que pour combler les 11 millions manquants, les dirigeants de l’UMP font feu de tout bois…mais si aujourd’hui, 7 millions auraient déjà été récoltés, les méthodes employées, et l’origine de cet argent pourraient bien poser, un jour ou l’autre, quelques problèmes…

On se souvient que, pour l’organisation des primaires, l’UMP avait mis en place un fichier, affirmant qu’il ne serait utilisé que pour les élections, sauf que depuis quelques jours, des centaines de milliers de destinataires, ont reçu de la part de Jean François Copé des SMS pour le moins limpides : « la voix de l’UMP ne s’éteindra pas. L’UMP a besoin de vous, faites un don dans le cadre de la souscription nationale sur www.u-m-p.org… Merci de votre aide ». lien

Il est bien possible que le fichier qui avait été constitué pour cette primaire UMP ait été utilisé pour récolter des fonds, ce qui n’était pas sa fonction primaire, d’autant que la direction du parti s’était engagé à ne plus l’utiliser, ce qui poserait un problème juridique.

D’autre part, un certain Philippe Casassus, qui affirme n’avoir jamais été sympathisant de l’UMP, a reçu aussi ce fameux SMS, ajoutant que les tentatives qu’il a fait pour se désinscrire ont lamentablement échouées et ce n’est pas un cas isolé.

Pourtant, alors que l’UMP jure que seuls les adhérents et les donateurs sont contactés…ce que la réalité dénie…

Selon la CNIL, il y a deux solutions : soit il y a une entorse à la loi, soit l’UMP a acheté un fichier commercial…

Mais ce n’est pas tout, puisque la situation de l’UMP, outre la péripétie des comptes invalidés, n’était déjà pas brillante, puisqu’elle devait déjà rembourser 55 millions d’euros d’ici fin 2016. lien

Affaire à suivre donc.

En attendant, 3 jours après le lancement de la souscription, 2 millions avaient déjà été récoltés…

La quête continue donc, et s’il semble que le parti ait déjà engrangé 7 millions d’euros, grâce aux généreux donateurs, il reste le tiers du parcours à effectuer d’ici la fin du mois de juillet si l’UMP ne veut pas se trouver en mauvaise posture.

Le responsable de cette situation financière est bien sur celui qui était le candidat présidentiel, Nicolas Sarközi, lequel a fait savoir qu’il avait versé 7500 € soit, d’après lui le maximum possible. lien

Tout le monde n’est pas de cet avis, puisque d’après certains commentateurs politiques, rien n’empêchait l’ex-président de rembourser la totalité de la somme, puisqu’il s’était porté « caution solidaire » (lien) et dans un scénario noir, il pourrait être amené à payer la dette si son parti n’y parvenait pas. lien

Thierry de Cabarrus, dans son blog hébergé par le « Nouvel’Obs  », ne dit pas autre chose, faisant le constat qu’entre la fortune personnelle de l’ex président, (2,7 millions) et son salaire, (1,2 millions/an), ses propriétés (5 millions d’euros pour son palais à Marrakech), ce dernier serait en capacité de rembourser la totalité de la dette dont il est le principal responsable. lien

Michel Sapin, ministre du travail, va un peu plus loin, affirmant que Nicolas Sarközi a « fraudé » en dépassant sciemment le plafond de ses dépenses de campagne, refusant que ce dernier se pose en victime, et il ajoute : « il est la victime de lui-même en l’occurrence ». lien

En tout cas pour l’instant, l’ex président n’a pas choisi l’option de tout rembourser lui-même, préférant mobiliser les militants de l’UMP.

Alors la quête continue, et bien qu’un dicton veuille que l’argent n’ait pas d’odeur, certaines démarches entreprises par les caciques du parti sont moralement discutables.

En effet, Rachida Dati s’est rendu le 17 juillet au Congo afin d’y rencontrer le dictateur local, Sassou Nguesso, et les mauvaises langues voient dans ce voyage une démarche permettant d’obtenir quelques millions d’euros.

En tout cas, si Nguesso décide de contribuer au sauvetage de l’UMP, il donnera la preuve qu’il n’est pas rancunier, puisqu’on se souvient que l’ex ministre de la justice qu’était Dati avait bloqué tous les biens du dictateur congolais. lien

Elle avait même déclaré : « certains pays africains étaient gérés par des potentats, des dictateurs qui sentent le soufre, et qui sont peu fréquentables  ».

Officiellement, la visite de l’ex-ministre se limitait à repérer les meilleurs élèves du pays afin de les faire accéder à l’excellence scolaire, puis universitaire.

On ne demande qu’à la croire, pourtant quelques jours après, c’est Jean-François Copé qui effectuait le même voyage. lien

Lui qui aime utiliser l’expression « petits pains au chocolat  » pour évoquer les noirs, semble donc leur trouver bon gout lorsqu’il s’agit de sauver son parti de la faillite, comme le fait remarquer Olivier Mouebara dans son blog « congonews-Brazzaville  » (lien) concluant : « les congolais n’ont pas besoin de Rachida Dati, encore moins de Jean-François Copé pour se prendre en main  ».

Comme l’écrit un autre africain, sous le pseudo Mawa, dans le blog « zenga-mambu.com », « tous les politiques français savent où aller cherche l’argent…les africains resteront des éternels esclaves pourvoyeurs de bonheur aux autres ». lien

S’il faut en croire la direction du Réseau Nerrati-Press  : « la visite de Rachida Dati à Brazzaville cache une réalité que l’on connait par le biais de nos sources. L’UMP au bord du gouffre financier a jugé utile d’envoyer auprès du dictateur Sassou un fusible, moins exposé, pour rembourrer ses caisses. Cette aide financière au profit de l’UMP se fait au détriment du peuple congolais en l’occurrence son trésor, qui se voit là délester de plusieurs millions avoisinant le milliard de francs CFA. N’est-elle pas mandatée par Sarko lui-même pour aller chercher l’argent pour aider à renflouer les caisses de l’UMP rendu à la dèche par ce dernier ? C’est ce même Sarko qui affirmait à Dakar « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire »… ». lien

Etrange télescopage de l’histoire, au moment ou Sarközi tentait un retour remarqué, il se retrouve au cœur d’une vieille histoire qui revient au devant de la scène, l’affaire Karachi pour laquelle le quotidien « Le Monde » à proposé en 3 minutes audio un résumé très clair. lien

En effet, cette affaire vient d’être relancée par le témoignage de Pierre Mongin, chef de cabinet de Balladur en 1993 lequel a affirmé au juge que les fonds secrets de Matignon n’avaient pas été mobilisés pour la campagne de 1995, impliquant de fait que l’argent de cette campagne venait d’ailleurs. lien

On se souvient que Nicolas Sarközi et Nicolas Bazire étaient à ce moment les principaux hommes à la manœuvre pour récolter des fonds pour leur candidat Balladur.

Le 20 juin 2013, le juge avait déjà recueilli les aveux de Ziad Takieddine reconnaissant des versements d’argent pour la campagne de M. Balladur, somme provenant de commissions perçues au titre de son intervention dans des contrats d’armement conclus en 1994 avec le Pakistan. lien

Ils ne sont pas les seuls à être concerné dans cette affaire : de Juppé qui a confirmé « avoir reçu l’ordre de Chirac de suspendre le versement de certaines commissions liées à des ventes d’armes, car cela n’était pas clair », à Chirac, justement, provocant par l’arrêt de ce versement l’attentat de Karachi, en passant par Millon qui a avoué au juge Van Ruymbeke « pour le contrat pakistanais, au vu des rapports des services secrets et des analyses (…) on a eu une intime conviction qu’il y avait rétro-commissions », ou De Villepin disant « être tenu au courant des forts soupçons de rétro-commissions », sans connaitre pour autant « le nom des bénéficiaires », les revoilà donc avec Balladur, Sarközi et Bazire, sous les feux des projecteurs de la justice. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « chaque marigot à son crocodile »…

L’image illustrant l’article provient de « zenga-mambu.com »

Merci aux internautes de leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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