Recomposition du monde : l’ambition diabolique de l’État islamique

Photo AFP
LE YETI :
10 avril 2015 : la chaîne libanaise Al Mayadeen annonce la capture par l’État islamique de 200 militaires irakiens au nord de Mossoul. Du haut de leurs quelques 10 000 mètres, les avions de la coalition internationale n’ont rien pu empêcher…

Que le paysage géopolitique mondial soit en pleine recomposition n’est aujourd’hui plus guère contestable. Mais voir des fous de Dieu tailler des croupières à l’Empire occidental et à ses satellites devrait inciter ces derniers à se poser de très sérieuses questions.

Qu’on le veuille ou non, l’État islamique (EI), décrété le 13 octobre 2006 en Irak par le Conseil consultatif des Moudjahidines, proclamé Califat le 29 juin 2014, est devenu une force tangible que nul ne saurait ignorer.

Une réalité territoriale, économique, politique et militaire

L’EI, c’est un territoire grand comme le Royaume-Uni, composé de 40% de l’Irak et de 33% de la Syrie, contrôlant une population d’environ 10 millions de personnes, avec une capitale politique et militaire (Rakka) et une capitale religieuse et culturelle (Mossoul).

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Le territoire de l’EI aujourd’hui

L’EI, c’est aussi une réalité économique, avec un portefeuille d’actifs évalué à 1 600 milliards d’euros et des revenus estimés à 2,7 milliards provenant du commerce des ressources énergétiques capturées (pétrole, gaz naturel), des impôts imposés, de la production de phosphate, de la vente de ciment, de l’agriculture, des rançons et de donations privées[1] (on rappellera l’aide financière initiale non négligeable de l’Arabie saoudite).

Abou Bakr al-BaghdadiL’EI, enfin et surtout, c’est une véritable structure politique et militaire, placée sous l’autorité du “calife” Abou Bakr al-Baghdadi, forte de 20 000 à 31 000 hommes[2] (dont un nombre conséquents de jihadistes venus de pays occidentaux) formés aux techniques de guérillas et puissamment armés pour le combat au sol.

Notons pour terminer que l’EI, malgré une rupture consommée avec Al-Qaïda, dispose de multiples soutiens extérieurs : en Algérie (Jund al-Khilafa), en Tunisie (Okba Ibn Nafaâ), au Nigeria (Boko Haram), en Lybie (Majilis Choura Chabab al-Islam), aux Philippines (les Combattants islamiques d’Abu Sayyaf), au Pakistan (Tehrik-e-Taliban), en Égypte (Wilayat Sinaï), au Liban, Yémen, Afghanistan, Soudan…

Impuissance de l’Occident

L’historique de son implantation montre que l’EI prospère sur les ruines laissées par les fiascos des interventions occidentales. L’islamisme radical et sanguinaire de l’EI est une de ces monstruosités historiques régressives qui naissent sur des monstruosités au moins équivalentes commises au nom de la civilisation.

Mais il ne suffit plus aujourd’hui à l’Occident, pour venir à bout d’une monstruosité qui n’est que le reflet des siennes, de pousser des cris d’orfraies devant les horreurs commises, d’ailleurs à dessein, par les combattants de l’EI. Il ne suffit plus de lui coller des noms que l’on voudrait infamants (« Daesh ») pour en réduire la capacité de nuisance.

Les bombardements aériens intensifs menés par une coalition arabo-occidentale placée sous la houlette des États-Unis n’ont contrarié en rien ou presque la progression des combattants au sol de l’EI. Les frappes exclusivement aériennes sont des guerres poltronnes perdues d’avance en même temps que de terribles aveux d’impuissance, tout juste capables de pulvériser quelques milliers de civils et gonfler par ricochet les effectifs de ceux qu’on prétend combattre.

Un point de non-retour en passe d’être franchi

L’EI est aujourd’hui en mesure de frapper le cœur même de nos sociétés modernes (attentats contre Charlie-Hebdo et à Copenhague, attaque informatique de la chaîne TV5 Monde) et d’y rencontrer malgré tout un inquiétant capital de sympathie auprès de certains milieux : un sondage de juillet 2014 indiquait que 16 % des ressortissants du territoire français émettaient une opinion très ou assez favorable à l’EI[3] .

La seule stratégie en mesure d’enrayer la marche en avant des fous de Dieu serait de leur couper les vivres financiers et matériels. Mais le “monde civilisé”, dans son égarement, adopte exactement la démarche inverse. Regardez donc d’où proviennent les 50 chars lourds de l’EI, ses 150 blindés légers, ses quelques 3000 Humvee[4], ses mitrailleuses lourdes équipant ses 4×4 Toyota. Et qui continue d’acheter au marché noir le pétrole et le gaz sous contrôle jihadiste ?

À force de tergiversations et d’erreurs monumentales, l’Occident risque fort de n’avoir bientôt plus que ses yeux pour pleurer, tant un point de non-retour semble en passe d’être franchi. Comme celui des candidats au jihad issus de ses rangs et dont la vieille civilisation usée ne parvient plus à tarir le flot.

Face à une opposition aussi velléitaire et incohérente, l’État islamique du calife Abou Bakr al-Baghdadi peut à loisir continuer de dessiner la carte des territoires qu’il convoite.

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Le territoire convoité par l’EI

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