Roms : le président change, la honte demeure

C’était le 2 avril dernier, publié par feu France soir« François Hollande a violemment attaqué Nicolas Sarkozy et plus particulièrement la politique menée par le chef de l’État depuis cinq ans envers les Roms. Dans une lettre au collectif Romeurope, le candidat du Parti socialiste dénonce « la politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy qui est responsable de la précarité intolérable dans laquelle se trouvent ces familles et qui fabrique un groupe de population, bouc-émissaire idéal pour justifier des politiques toujours plus répressives. J’ai toujours dénoncé, et je continuerai à le faire, la stigmatisation dangereuse lancée par le candidat sortant en août 2010 à l’égard des populations de Roms : expulsions brutales à répétition, stigmatisation toujours plus forte d’une population, interdiction de travailler et de se former, reconduites aux frontières sans résultat », écrit Hollande, un mois et demis après la polémique qu’il avait lui-même enclenchée en préconisant « d’organiser une solution » pour les Roms en France en créant « des camps »Le socialiste évoque à demi-mot cette polémique. « La situation de ces femmes, de ces enfants, de ces hommes qui vivent dans des campements insalubres n’est pas acceptable », explique-t-il, avant de souhaiter que, « lorsqu’un campement insalubre est démantelé, des solutions alternatives soient proposées ». 

Triste retour à ce mois d’août« selon les associations interrogées par l’AFP, la grande majorité des personnes évacuées des camps se retrouvent sans solution de relogement et reconstruisent un campement ailleurs. Au lieu de « déplacer le problème », Malik Salemkour, du collectif Romeurope, demande « qu’on le traite une fois pour toutes, avec un accompagnement social individuel des personnes en difficulté ». Il préconise aussi, dans une lettre ouverte envoyée mardi au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à qui il demande audience, que Roumains et Bulgares puissent avoir un accès au marché du travail sans passer par les « mesures transitoires » qui les empêchent pratiquement de travailler jusqu’à la fin 2013. Dans une tribune publiée par Libération, le président de Médecins du Monde (MDM), Thierry Brigaud, propose également de supprimer immédiatement ces « mesures transitoires ». (…) M. Valls a justifié mardi les expulsions de Roms vers leur pays d’origine, rappelant que « la loi prévoit l’éloignement » des « ressortissants européens ne pouvant subvenir à leur existence après trois mois de séjour ». [Grandiose cynisme : pourquoi leur interdire de travailler ? NdA] Mais selon MDM, la population rom en France – 15 000 personnes – reste constante car les expulsés reviennent systématiquement. La Commission européenne a annoncé vendredi avoir remis la France sous surveillance concernant les Roms, comme sous l’ère Sarkozy. « Des procédures tout à fait normales » pour le ministre. [sic] M. Valls « pourrait porter les couleurs de l’UMP », assénait dimanche la Voix des Roms. « La politique » sur les Roms s’inscrit « dans la continuité de celle de votre prédécesseur », a renchéri mardi le Forum européen des Roms et des gens du voyage (FERV, plus de 1.500 associations européennes), dans un courrier à François Hollande. D’autres associations se sont exprimées dans le Monde de mercredi. « La politique d’expulsion des Roms est une honte pour un pouvoir de gauche », a fustigé Emmaüs France, s’interrogeant : « Qu’en est-il du principe ‘Pas d’expulsion sans relogement’ (…) et qui continue d’être ignoré ? » De son côté, la Fondation Abbé-Pierre appelle à « sortir d’une spirale qui détermine aujourd’hui les attitudes : droits minorés ou bafoués (conditions de séjour, accès au travail…) pour les uns entraînant des réactions accentuées de rejet, d’exclusion ou pire de racisme pour les autres ». La directrice des Inrocks, Audrey Pulvar, compagne du ministre Arnaud Montebourg, a enfoncé le clou dans son éditorial : « Cher François (Hollande), on n’a pas voté pour ça », écrit-elle. »

Face à ce manifeste reniement des engagements de campagne de François Hollande, attribuons un Ferme ta gueule ! collectif aux dix élus locaux « socialistes » signataires d’une lettre proclamant leur soutien au gouvernement dans ce dossier : Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne, Jean-Pierre Blazy, député du Val-d’Oise, Luc Carvounas, sénateur du Val-de-Marne, Eugène Caselli, président de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole, Gérard Caudron, maire de Villeneuve d’Ascq, Philippe Doucet, député du Val-d’Oise, Pierre Dubois, maire de Roubaix, Philippe Esnol, sénateur des Yvelines, Pascal Popelin, député de Seine-Saint-Denis, René Vandierendonck, sénateur du Nord. « être élu local, c’est connaître avec précision cet impératif qui veut qu’une situation d’urgence trouve une réponse rapide (…) et élu de gauche, c’est vouloir mettre l’idée de justice au coeur de l’action publique. C’est à ce double titre que nous voulons apporter notre soutien à l’action du gouvernement », écrivent ces Tartuffe. « Parce qu’ils veulent « faire taire les polémiques stériles, se prémunir contre les solutions trop simplistes et mettre un terme à toutes les instrumentalisations politiques », les signataires contestent « fermement les amalgames qui ont été faits entre l’action du gouvernement actuel et la politique passée ». Avec quel argument ? Où est la différence ? « Alors que, affirment-ils, « derrière l’activisme de façade de Nicolas Sarkozy rien n’a été fait pour apporter des solutions à la question préoccupante des campements », les dix élus estiment que « en assumant ses responsabilités, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault entend que les choses changent ». Ah oui, vraiment, ça saute aux yeux ! « Ils se félicitent « des consignes données par le ministre de l’Intérieur à l’ensemble des préfets qui visent à ce que toute décision de démantèlement s’accompagne d’un travail de concertation avec les élus locaux et les associations venant en aide aux populations Roms »On vient de voir ce qu’en pensent lesdistes associations ! Les temps changent… Jusqu’à aujourd’hui les sarkozystes squattaient notre rubrique Ferme ta gueule ! Mais le nouveau président « socialiste » perpétue exactement la même politique que celle qu’il dénonçait lorsqu’il était dans l’opposition, quoi que prétendent les dix élus hypocrites cités plus haut. Après Sarkozy, merci à Hollande de continuer à nous faire honte d’être Français.

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