Rwanda, une vérité qui dérange

OLIVIER CABANEL :

Alors que le Rwanda commémorait les 20 ans du génocide, l’implication de la France, dénoncée par le chef d’état Rwandais, pourrait bien être une sinistre réalité.

Si l’on en croit Wikipedia, au Rwanda, pays des 1000 collines, dont l’indépendance a été acquise en 1962, 2 «  clans », les Tutsis et les Hutus se partagent ce pays, et les premiers colonisateurs, d’abord allemands, puis belges, avaient assimilé les Tutsis (aristocrates) à « une race supérieure (…) plus grands, plus beaux, plus clairs de peau, ce qui les rendrait plus aptes à diriger  », (lien) alors que les Hutus seraient plutôt des « roturiers », ce qui laissait présager de probables conflits.

A l’époque les colons s’étaient donc appuyés sur les Tutsis pour assumer l’administration du pays, mais lorsque la volonté d’indépendance du peuple Rwandais se fit pressante, les colons changèrent leur fusil d’épaule, faisant porter leur préférence sur les Hutus, provoquant des émeutes, des exactions, et l’exil de milliers de Tutsis. lien

L’histoire… un éternel recommencement.

Mais revenons à la situation actuelle.

Certes Paul Kagamé, un tutsi, n’est pas exemplaire en matière de démocratie, (lien) vu les conditions de sa prise de pouvoir, mais au-delà de ça, il faut essayer de comprendre quelle vérité serait masquée par les écrans de fumée allumés ici ou là.

Dans son ouvrage, « la France au Rwanda  » (éditeur Peter Lang-2007Olivier Lanotte, chercheur belge au CECRI, affirme que la France n’a pas de véritables intérêts dans ce pays, mettant sur le compte du fantasme la « volonté des autorités militaires françaises d’installer une base militaire dans le Bugesera ou du faire du Rwanda le laboratoire de leur doctrine de la guerre révolutionnaire », ajoutant que « les intérêts économiques étaient quasi inexistants, et les échanges commerciaux totalement négligeables ». lien

Pourtant récemment, un économiste patenté titrait dans un article « le Rwanda, terre d’opportunités pour les entreprises françaises ». lien

D’ailleurs dès 2011, l’actuel président Rwandais invitait Nicolas Sarközi à renforcer les relations économiques entre les 2 pays, faisant valoir entre autres l’exploitation du gaz méthane sur le lac Kiwu, ce qui avait provoqué en écho de la part de l’ex président français une réponse on ne peut plus claire : « la France veut aider le Rwanda, nous allons construire une coopération économique, politique, culturelle qui ne ressemblera à aucune autre ». lien

Puis, en septembre 2013, une délégation de 9 entreprises françaises s’était rendue au Rwanda pour « se rendre compte des opportunités d’investissement ». lien

En tout cas la publication d’Olivier Lanotte n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut, à preuve la contestation faites par un témoin direct, Emmanuel Cattier, argumentée avec précision, prouvant que la réalité décrite par l’auteur était assez éloignée de la vérité. lien

Il s’en est d’ailleurs ouvert par une lettre très explicite que l’on peut découvrir sur ce lien.

Il y a une certitude, les militaires français présents sur le sol rwandais n’étaient pas seulement là pour des « raisons humanitaires » et s’il faut en croire la note de l’amiral Lanxade à François Mitterrand leur mission était de « renforcer notre coopération et de durcir le dispositif rwandais ». lien

On peut aussi lire dans le journal « l’instant  », sous la plume de Jean-Pierre De Staercke : « les FAR accompagnés de civils hutu se seraient livrées à leurs carnages sans faire de sélection (…) des militaires sont venus prêter main forte à des groupes de civils hutus qui avaient ouvert la chasse au Bagogwe et plus généralement à la population tutsi de la région (…) les victimes auraient été achevées par des femmes et des enfants de militaires »

Tout à commencé le 6 avril 1994, jour ou l’avion gouvernemental de Juvenal Habyarimana, l’ancien président du pays a été abattu, privant par un tir de roquette venue, pour l’instant, on ne sait d’où, tout un pays de son gouvernement.

Or cette roquette était une arme française, un missile Mistral, à l’époque il n’avait pas fait l’objet d’une AEMG (autorisation d’exportation de matériel de guerre), et sa présence sur le sol Rwandais était donc tout à fait illégale.

Plus tard, ce fut le journal « Libération » qui, le 10 janvier 2013, donna une information qui jeta un certain trouble : .2 gendarmes français, et l’épouse de l’un d’eux, furent tués à Kigali dans des circonstances non élucidées, mais le certificat de décès établi pour l’un des gendarmes serait, d’après le quotidien, un faux, le décès étant assuré comme « accidentel ».

Ces gendarmes étaient chargés de la mission de coopération française avec celle de l’armée rwandaise.

Auraient-ils eu des informations sur l’identité de ceux qui avaient tiré le missile ? s’interroge le quotidien. lien

Autre signe inquiétant, ils sont nombreux à dénoncer en France, comme en Afrique, le fait que les juges avaient toutes les peines du monde à enquêter sur le sujet, des avocats rwandais affirmant que « l’enfumage est toujours venu de Paris »…lien

A l’époque, on était en pleine cohabitation, avec comme président François Mitterrand, et comme 1er ministre Edouard Balladur…le ministre de la défense étant un certain François Léotard, celui là même qui s’indigne des accusations de Paul Kagamé. lien

Dans son ordonnance, le juge Jean-Louis Bruguière accuse Paul Kagamé et son entourage « d’avoir planifié au risque du génocide à seule fin de s’emparer du pouvoir avec le soutien de l’opinion internationale ». lien

Pourtant les faits sont têtus, et s’il faut en croire plusieurs témoins il semble bien que la France ait une part importante de responsabilité dans ce qu’il est convenue d’appeler un génocide, puisque 800 000 Tutsis y ont laissé leur vie.

On voit sur cette photo les hutus qui viennent d’être armés, encadrés par les militaires français.

Quelques témoignages sont éclairants : «  nous livrons des munitions aux FAR en passant par Goma, mais bien sur nous le démentirons si vous me citez dans la presse  » aurait déclaré Philippe Jehanne, de la DGSE à l’historien Gérard Prunier le 19 mai 1994, en plein génocide. lien

D’ailleurs le rapport de la commission d’enquête rwandaise publiée le 5 aout 2008 met la France directement en cause dans le génocide. lien

Andrew Wallis cite les soldats français qui auraient déclarés aux interhamwe « il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas ».

Pour information le terme « interhamwe » désignait les membres des milices de l’ancien parti unique le MRND.

Une autre voix dissonante vient de se faire entendre, celle d’EELV, qui par un communiqué, accuse la France de ne pas reconnaitre son implication dans le génocide.

Extrait du communiqué : « implication pourtant affirmée par nombre d’historiens qui pointent la complicité et le soutien au régime qui a planifié et exécuté le génocide tutsi ».

Le groupe politique des Verts demande que Paris « cesse de mettre un frein à la justice en dissimulant un grand nombre de documents officiels sur les opérations militaires françaises au Rwanda, ou les archives de l’Elysée », réclamant la déclassification des documents et la publication de tous les documents se rapportant à l’action de la France de 1990 à 1994. lien

C’est aussi ce qu’a récemment dénoncé l’un des acteurs militaires présent à cette époque au Rwanda, Guillaume Ancel, qui affirme « l’histoire mythique de l’opération Turquoise ne correspond pas à la réalité  ».

Il affirme que la « volonté humanitaire » cachait une réalité moins avouable, qui voulait stopper l’avancée militaire du FPR (front patriotique rwandais) tout en ménageant les forces gouvernementales génocidaires.

Il propose une autre histoire que celle entendue traditionnellement, expliquant que l’opération Turquoise, lancée le 22 juin 1994 avait pour objectif caché de faire le coup de feu contre la rébellion essentiellement Tutsie.

Le témoignage de cet ancien capitaine au 68ème régiment de l’artillerie d’Afrique évoque le troublant décalage entre la version officielle française, et la situation qu’il a vécu.

Il raconte comment les armes qui avaient été prises au Tutsis, par les militaires français on été distribuées à l’armée rwandaise, principalement Hutu, affirmant même que ce serait la France qui aurait payé la solde des soldats rwandais. lien

En attendant le nouveau premier ministre, droit dans ses bottes, affirme que la France n’a rien à voir avec ce monstrueux génocide, qualifiant « d’injustes et indignes » les accusations de Kigali, ajoutant que l’honneur de la France « c’est toujours de s’interposer entre les belligérants ». lien

Voila donc un ministère qui commence bien.

On sait que l’Afrique est, pour les puissances mondiales, une mine à ciel ouvert, et que manifestement la France-Afrique a encore de beaux jours devant elle.

En 2008 Eva Joly dénonçait déjà le pillage de l’Afrique lequel correspond à 15 000 milliards de dollars. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « quand tu laisses la porte ouverte, tu peux être sur que quelqu’un va entrer  ».

L’image illustrant l’article vient de « laregledujeu.org »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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