Sarkozy est excessif, il est donc insignifiant !

En campagne électorale à Pierrelatte, le vendredi 25 novembre, Sarkozy a endossé une double robe, non pour préparer sa reconversion Chez Michou en 2012, mais pour parler du nucléaire : la robe de l’avocat pour soutenir sans équivoque cette filière pourtant éminemment dangereuse, et la robe du procureur pour vouer aux gémonies le volet énergétique de l’accord passé, le mardi 15 novembre, entre le Parti Socialiste et Europe Écologie-Les Verts. Ce faisant, Sarkozy a une nouvelle fois très largement franchi les limites du ridicule…

Ridicule d’évoquer les mânes de Mitterrand pour lui prêter main forte aujourd’hui sur le dossier nucléaire, au motif que l’ex-président socialiste – pour l’occasion porté aux nues ! – a largement développé le parc des centrales françaises durant ses deux mandats à l’Élysée. Mais peut-être le président n’a-t-il pas conscience qu’un très long temps s’est écoulé depuis le départ de Mitterrand ? Pas conscience non plus que le contexte énergétique a considérablement évolué ? Et pas seulement sur les énergies fossiles, comme pourraient le lui confirmer des Japonais traumatisés, et tout particulièrement les plus terrifiés d’entre eux : ceux qui vivent dans les régions voisines de Fukushima et ceux, bannis de chez eux, qui ont perdu le fruit du travail de toute une vie.

Mais peut-être Sarkozy n’a-t-il pas été informé des évènements qui ont frappé le Japon le 11 mai 2011 ? Pas informé que les réacteurs de Fukushima-Daichi ont, depuis cette date, déversé dans l’atmosphère et dans les eaux japonaises leurs terribles émissions radioactives en condamnant des centaines de kilomètres carrés d’espace terrestre et de domaine maritime à des décennies d’abandon, et cela dans l’un des pays réputés les plus exigeants du monde en matière de sûreté nucléaire ? Pas informé que des dizaines de milliers d’habitants ont été déplacés en abandonnant, sans espoir de retour, terres et maisons, que des milliers d’animaux ont été abattus, que des centaines d’entrepreneurs, d’artisans, de paysans, de pêcheurs ont été ruinés.

Á l’évidence, la réponse est là : Sarkozy n’a pas été informé de ces évènements. Sinon, comment expliquer qu’il n’ait pas hésité, lors de son déplacement de Pierrelatte, à employer ces mots lourds de sens, « catastrophe » et « cataclysme », à propos du… contenu de l’accord électoral PS-EELV sur le volet nucléaire ? D’aucuns affirment pourtant que Sarkozy aurait bel et bien fait allusion dans le Vaucluse aux tragiques évènements de Fukushima. Mais alors – et l’on a du mal à le croire tant ce serait sordide –, le président aurait employé ces mots consciemment, autrement dit en faisant preuve sans vergogne d’un ahurissant cynisme doublé d’une incroyable désinvolture vis-à-vis des victimes du drame nucléaire japonais, et même vis-à-vis de cette nation meurtrie toute entière. Á moins que le président, déjà fâché avec la syntaxe, ne connaisse pas non plus le sens des mots ?

Ridicule également de parler de « folie » à propos de cet accord. Á moins que Sarkozy ne considère que les Allemands, les Italiens et les Belges qui, dans le sillage des Autrichiens, des Espagnols, des Suédois et des Suisses ont décidé, par voix parlementaire ou référendaire, de sortir du nucléaire, ne soient de dangereux irresponsables, des échappés d’un immense asile comptant 200 millions d’aliénés ? N’est-ce pas faire injure à ces peuples et à leur dirigeants que de les stigmatiser ainsi en se vissant de manière imagée un doigt sur la tempe pour dénoncer les socialistes et les écologistes français ? Qui, dans cette affaire, tient des propos irresponsables ?

De surcroît, Sarkozy ment effrontément une fois de plus et manipule les Français en tentant de leur faire prendre la baisse de la production d’électricité d’origine nucléaire d’ici à… 2025 (50 % contre 75 % actuellement) pour un abandon définitif de la filière avec, à la clé, des milliers d’emplois menacés. Tout cela est évidemment faux car l’accord prévoit un redéploiement progressif vers les nouvelles filières liées au développement des énergies durables. 

Par chance, Sarkozy n’a pu s’empêcher, comme il en a l’affligeante habitude, de caricaturer sa propre parole, au point de faire hurler de rire dans les foyers à ses dépens. Évoquer un retour à la situation énergétique de l’entre-deux guerres eût déjà été grotesque, mais parler de « Moyen Âge », était-ce bien raisonnable dans la bouche du chef de l’État ? Pire encore, évoquer un « retour à la bougie » ne relevait-il pas du propos de comptoir le plus consternant ?

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord ayant un jour désobéi à Napoléon, l’Empereur était entré dans une colère noire et avait asséné à son ministre : « Monsieur de Talleyrand, vous êtes de la merde dans des bas de soie ». Ce à quoi Talleyrand avait répliqué : « Sire, vous êtes excessif, et ce qui est excessif est insignifiant. » Et c’est exactement la réponse que font aujourd’hui à Sarkozy ceux, socialistes et écologistes, qu’il traîne dans la boue : « Monsieur le président, vous êtes excessif, et ce qui est excessif est insignifiant ! »

Illustration de l’article : les dégâts de l’atome !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *