Sarkozy et les « vieux cons »

FERGUS :

Sitôt promu à la présidence de l’UMP, Sarkozy s’est empressé d’annoncer sur le plateau de TF1 la création d’un « Comité des sages » formé par les anciens Premiers ministres de l’UMP. Tous ont, fort logiquement, refusé cette offre ou botté en touche pour ne pas tomber dans le piège. Tous sauf un : Dominique de Villepin. Un ralliement pour le moins étonnant…

En annonçant à Claire Chazal sur le plateau de TF1 la création d’un « Comité des sages » constitué par tous les anciens Premiers ministres de l’UMP, Nicolas Sarkozy comptait prendre de la hauteur par rapport à ses adversaires internes en vue de la future primaire de droite. But de l’opération : les reléguer dans un rôle de conseillers d’arrière-plan, manifestement destiné à les vassaliser, et même à les ringardiser !

Cette initiative sarkozyste, c’est le député Édouard Philippe qui, au micro de France-Culture, en a parlé dès le lundi 1er décembre avec le plus de lucidité pour justifier la fin de non-recevoir de François Fillon : « Il nous propose un Comité des vieux sages pour en faire un Comité des vieux cons. » Un avis partagé du côté d’Alain Juppé, peu désireux de tomber dans le piège grossier qui lui a été tendu par Nicolas Sarkozy. En évoquant successivement un « Comité des chapeaux à plumes » puis un « Comité naphtaline », le maire de Bordeaux rejoint clairement l’avis des fillonistes. Pas question pour lui d’intégrer cette entité. Et cela d’autant moins qu’il rappelle, à juste titre, que seul le Bureau politique de l’UMP dispose de la légitimité pour débattre des orientations du parti. Un Bureau politique dont sont membres de droit tous les anciens Premiers ministres, ironisent les proches de Fillon et de Juppé en dénonçant cette pathétique manœuvre, tout juste digne d’un stratège de cour d’école.

Nicolas Sarkozy a voulu tenter un coup, mais en Machiavel au petit pied, il s’est pris une sévère gamelle qui n’augure rien de bon pour la suite de sa reconquête du pouvoir. Comble d’avanie : plutôt prompt à brosser les favoris du système dans le sens du poil, Jean-Pierre Raffarin lui-même a décliné l’offre de l’ex-Président. Certes, il ne s’est pas donné la peine d’assortir ce refus de l’une de ces sentences dont il a le secret, du genre « La mise en bouche est sucrée, mais l’arrière-goût est amer ». Sa dérobade n’en est pas moins significative de la défiance qu’il éprouve à l’égard du tout nouveau patron de l’UMP.

Seul, Dominique de Villepin s’est rallié à cette proposition, lui qui vouait pourtant une haine féroce à celui qui, tout aussi haineux, prétendait, il n’y a pas si longtemps, le « suspendre à un croc de boucher ». Décroché de son croc virtuel, Villepin vient d’avaler une couleuvre de si belle taille qu’il se murmure ici et là dans les médias qu’elle a été assaisonnée à la sauce qatarienne. Autrement dit, que l’homme du superbe discours onusien sur l’Irak a passé ses idéaux de naguère par pertes et profits pour suivre Sarkozy sur la piste, au parfum nauséabond, des pétrodollars de l’Émir du Qatar. Reste une inconnue : que fera Édouard Balladur ? Une question en réalité superfétatoire : l’homme est tombé dans les oubliettes de l’histoire. Tout juste se souvient-on des caricatures du Canard Enchaîné le montrant en perruque grand siècle et chaise à porteurs. De retour aujourd’hui, il se verrait affublé d’un déambulateur Louis XV !

Pauvre Nicolas Sarkozy, si enthousiaste il y encore quelques jours et déjà si déprimé ! Il est vrai que rien n’est fait pour lui remonter le moral. Et surtout pas le dernier sondage en date qui a de quoi miner un peu plus le moral du patron de l’UMP. Réalisé par LH2 auprès des Français s’étant déclarées comme de futurs participants à la primaire de droite, ce sondage publié le mercredi 3 par le Nouvel Observateur donne 47 % d’intentions de vote pour Alain Juppé contre 35 % pour Nicolas Sarkozy, 10 % pour Le Maire, 5 % pour Fillon et 2 % pour Bertrand. Contrairement à ce qu’il en attendait au lendemain de sa prise de contrôle de l’UMP, Sarkozy ne voit pas sa cote s’envoler, mais au contraire fléchir de 3 points alors que celle de Juppé grimpe allègrement de 15 points.

La boxe et la politique sont deux sports d’affrontement. Mais dans l’une comme dans l’autre, il est une vérité première que doivent méditer tous les compétiteurs : il faut savoir s’arrêter à temps, avant de disputer le combat de trop, celui de l’humiliation et de la déchéance. Nicolas Sarkozy ferait bien d’y réfléchir avant qu’il ne soit trop tard car il a désormais tout à perdre à se confronter à « Ducon » Juppé, à « Durien » Fillon, et à ce Le Maire dont il prédisait lundi, avec sa vulgarité et son mépris coutumiers, qu’il finirait « en slip kangourou ». Au train où vont les choses, c’est plutôt lui qui risque de se retrouver en caleçon !

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