Sarkozy, multi récidiviste de la défaite

La plupart des caciques de l’UMP et des éditorialistes au service de la droite le clament sans cesse, comme pour se rassurer : Sarkozy est un battant, une « bête de campagne », capable de déjouer les pronostics les plus défavorables. Rien n’est plus faux, et l’histoire nous le montre de manière éclatante : Sarkozy est avant tout un « looser »…

On peut se gausser des attitudes de matamore et des rodomontades d’un président sortant parfois à la limite du ridicule au cours du mandat qui s’achève. Il serait toutefois bien imprudent, voire dangereux, de sous-estimer ses capacités à gagner le prochain scrutin présidentiel. Car le candidat UMP, actuellement donné battu dans toutes les enquêtes d’opinion, n’hésitera pas à utiliser toutes les ficelles, y compris les plus grossières, pour se faire réélire.

Á cet égard, le meeting qu’a tenu Sarkozy hier à Annecy a donné le ton de ce que sera sa campagne : un pilonnage ininterrompu de son adversaire socialiste. Sarkozy – il en a pleinement conscience – ne peut en effet s’appuyer ni sur son piteux bilan ni sur la sympathie qu’il inspire aux Français. Toute sa stratégie est par conséquent basée sur trois axes de campagne :

1° afficher une fausse humilité destinée à accréditer sa prétendue proximité avec le peuple ;

2° décrédibiliser Hollande en dressant de lui le portrait d’un crétin doublé d’un escroc ;

3° écarter toute référence à l’action gouvernementale du quinquennat qui s’achève.

Pour ce faire, Sarkozy ne fait pas dans la dentelle.

Sur le 1er axe, il prend un air doucereux et contrit pour avouer quelques erreurs (sans citer le moindre de ses échecs) mais en plaidant la recherche constante des solutions « justes » qui ont présidé à toutes ses actions. Curieuse notion de la « justice », illustrée, entre autres mesures inéquitables, par la Loi Tepa et l’allègement de l’Impôt sur la fortune !

Sur le 2e axe, il retrouve son ton, naturellement agressif, pour taper comme un sourd sur Hollande en l’accusant, sans rire, de « mentir matin et soir ». Une accusation frontale qui, irrésistiblement, appelle la bonne vieille réplique populaire « Tel on est, on voit les autres ! », eu égard à l’impressionnante litanie des mensonges proférés depuis des années par Sarkozy dans tous les domaines, y compris pour faire mousser sans vergogne les défunts de sa propre famille.

Enfin, sur le 3e axe, non seulement il occulte toute référence gênante au bilan de son quinquennat, ce qui revient à en gommer l’écrasante majorité des actes, mais il interdit désormais à ses ministres de s’afficher à ses côtés lors de ses visites de campagne, espérant ainsi accréditer l’idée dans l’opinion qu’il n’est en rien responsable des fautes accumulées durant le mandat présidentiel. Ce faisant, non seulement Sarkozy prend les Français pour des niais, mais il affiche de surcroît une goujaterie sans nom au détriment de tous ceux qui ont appliqué sa politique.

Cette stratégie sauvera-t-elle le candidat UMP ? Rien n’est moins sûr. Car l’homme, s’il possède un tempérament fougueux, est bien loin d’être le « winner » doté de superbes qualités de combattant dont on nous rebat les oreilles. Sans même parler des résultats électoraux du passé, la capitulation de Sarkozy face à une Merkel hostile aux eurobonds et à tout « volet croissance » dans le Traité européen en attente de validation, illustre les limites de sa crédibilité et de sa capacité à convaincre nos partenaires européens au mieux des intérêts de la France.

Restent les scrutins dans lesquels Sarkozy a été directement impliqué, soit comme candidat, soit comme pilote. Et là, force est de reconnaître que notre Napoléon de poche (allusion à son envergure politique) a plus souvent connu Waterloo qu’Austerlitz.

Certes, il a naguère conquis la Mairie de Neuilly en 1983, mais en bénéficiant du décès soudain de l’édile en exercice, Achille Peretti, et surtout en intriguant, sur la dépouille encore chaude du maire, pour obtenir d’un Chirac dépassé l’investiture aux dépens de Pasqua, pourtant successeur désigné de Peretti. Hauts-de-Seine, ton univers impitoyable ! Dès lors, l’élection dans ce ghetto friqué n’était plus qu’une formalité pour le candidat officiel du RPR qui deviendra également député sans plus de difficulté, eu égard à la sociologie très conservatrice de la circonscription.

Pas grand-chose d’autre à mettre au chapitre des succès électoraux de Sarkozy, exception faite, bien sûr, de son élection à la présidence de la République en 2007. Je n’y reviens pas, tout le monde ayant encore en mémoire les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette campagne. Rappelons quand même que la victoire de Sarkozy sur Royal, pour être nette, n’a pas été écrasante. Une relative surprise, tant cette victoire a été facilitée par la division des socialistes et l’attitude de quelques caciques du PS, beaucoup plus prompts à savonner la planche de leur candidate qu’à lui faire la courte-échelle.

La liste des succès s’arrête là. Mis à part le scrutin européen de 2009 où la droite a limité ses pertes et conservé la majorité des sièges français, la biographie de Sarkozy est en effet émaillée d’échecs, souvent cinglants. Rappelons-nous :

·      1988 : Sarkozy trahit Chirac pour soutenir Balladur. Mauvais choix : Balladur est battu au 1er tour de l’élection présidentielle et Sarkozy hué par les militants du RPR entre les deux tours du scrutin.

·      1999 : Sarkozy, secondé par Madelin, conduit la liste RPR-Démocratie libérale aux élections européennes. Cette liste subit une sévère défaite, arrivant en 3e position derrière la liste du vendéen De Villiers.

·      2003 : Sarkozy est à la manœuvre au ministère de l’Intérieur. Sûr de son fait, il organise un référendum en Corse destiné à modifier « l’organisation institutionnelle » de l’île. Nouvel échec.

·      Mars 2008 : élections municipales. L’UMP, soutenue sans vergogne par Sarkozy, espère des conquêtes significatives au détriment du PS et de ses alliés. Le résultat est catastrophique : si Mulhouse bascule à droite, les villes d’Amiens, Argenteuil, Caen, Metz, Quimper, Rouen, Saint-Denis, Strasbourg, Toulouse et Valence, pour ne citer que les principales, basculent à gauche. La défaite est cuisante !

·      Mars 2010 : élections régionales. Après la débâcle de 2004, l’UMP, toujours soutenue par un Sarkozy sortant de sa neutralité, a bon espoir de reprendre des territoires à la gauche. Il n’en est rien : sur les 27 régions, la gauche accroit sa domination écrasante, faisant de ce scrutin une véritable Bérézina pour le parti présidentiel et ses alliés qui ne conservent que 3 régions : l’Alsace, la Corse et la très modeste Guyane.

·      Mars 2011 : élections cantonales. L’UMP jette se forces dans la bataille pour contrer une gauche conquérante. Pas d’inquiétude cependant pour les caciques du parti présidentiel dans l’optique des sénatoriales de l’automne, le scrutin ne devrait pas entraîner la perte de la Chambre Haute. Résultat du vote : 1213 sièges pour la gauche parlementaire contre 753 pour la droite : 4 départements basculent à gauche contre 1 à droite. Suspense pour le Sénat…

·      Septembre 2011 : élections sénatoriales. Après avoir compté et recompté leurs grands électeurs, gauche et droite se disent confiantes, la première pour conquérir enfin cette Assemblée, la seconde pour en garder le contrôle malgré des résultats calamiteux dans les collectivités locales lors des scrutins précédents. En définitive, la gauche l’emporte et, avec 179 voix sur 342 exprimées, Jean-Pierre Bel (PS) succède à Gérard Larcher (UMP) au « plateau », autrement dit à la présidence du Sénat.

Ce rappel du palmarès électoral de Sarkozy est éloquent et se suffit à lui-même pour démontrer que le candidat de l’UMP n’est pas, loin s’en faut, le chef auréolé de lauriers gagnés dans les batailles du passé, mais un homme qui, en 2007, a su tenir à des Français crédules le langage qu’ils voulaient entendre. Un langage d’espoir pour les classes populaires et moyennes : espoir de gagner plus ; espoir de voir s’éloigner le spectre du chômage ; espoir de voir reculer l’insécurité, et notamment les atteintes aux personnes ; espoir de voir diminuer les déficits publics et la dette ; espoir de voir les efforts répartis plus équitablement…

Autant d’espoirs déçus, et même délibérément bafoués durant le quinquennat. Sarkozy n’en est pas moins déterminé à rester à l’Élysée, sans aucun doute pour continuer son œuvre de destruction des acquis sociaux et de démantèlement des services publics. Il compte pour cela harceler son adversaire principal, quitte à manier les arguments les plus vils et les plus manipulateurs. Le harceler en saturant les médias de sa présence et de ses interventions, à la manière d’un « tapis de bombes ».

Problème : les Français n’en peuvent plus de voir Sarkozy envahir chaque jour leur espace vital. Ils sont en overdose depuis des mois, voire des années. Par chance, le candidat UMP ne voit rien, n’entend rien. Comment le pourrait-il ? Depuis 2007, il n’a pas eu le moindre contact avec la France réelle. C’est pourquoi son réveil risque d’être douloureux de 6 mai. Faute d’avoir été un peu plus à l’écoute de ce peuple dont il prétend abusivement être le serviteur zélé, c’est à l’écoute de Johnny Halliday et Mireille Mathieu qu’il pourrait être réduit le 7 mai.

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