Si les volcans d’Auvergne se réveillaient…

Le volcan islandais Eyjafjöll a largement alimenté l’actualité et perturbé le trafic aérien au printemps 2010. En Sicile, l’Etna nous offre, de temps à autre, les images sublimes de ses coulées de lave incandescente. Quant au géant de Campanie, le mythique Vésuve, il attend son heure pour détourner l’attention des touristes des mandolines napolitaines, et peut-être les noyer sous les cendres comme le furent jadis les habitants de Pompei ou d’Herculanum. Quelque part entre ces turbulents enfants de Vulcain, des dizaines de vétérans paisibles font le gros dos au cœur du Massif Central. Sont-ils éteints ou simplement endormis ? Et si les volcans d’Auvergne se réveillaient ?

Nombre de nos concitoyens, fascinés par la médiatisation des éruptions de l’Eyjafjöll, montrent, depuis l’émergence de ce phénomène, un intérêt tout neuf pour cette passionnante manifestation tectonique qu’est le volcanisme. Et ils ont raison car cet univers fabuleux de laves, de cendres et de soufre les met en prise directe non seulement avec l’architecte de quelques-uns de nos paysages les plus spectaculaires, mais aussi avec nos lointains ancêtres, spectateurs effrayés de ces impressionnantes convulsions de la Terre, et tout aussi impuissants que nous – belle leçon de modestie ! – à s’opposer aux colères d’une Nature indomptée.

Les plus fortunés ou les plus impatients de ces nouveaux passionnés voudront naturellement se précipiter vers les stars du volcanisme : le Krakatau, le Pinatubo, le Kilauea, ou bien encore le très actif Piton de la Fournaise dont les Réunionnais sont si fiers. Ce serait sans doute brûler les étapes et se priver des bases nécessaires, si l’on en croît le défunt Haroun Tazieff, le plus célèbre des vulcanologues français. « Je suis venu aux volcans d’Auvergne au terme d’une quinzaine d’années passées à parcourir le monde en quête d’éruptions. Je sais aujourd’hui que si j’avais  » fait mes classes  » dans nos puys, sur les flancs du Cantal ou du Mont Dore, j’aurais gagné un temps infiniment précieux. » affirmait-il en 1967 avec beaucoup de sagesse. Car des volcans, il y en a bel et bien en France métropolitaine, et ils se chiffrent par dizaines dans les environs immédiats de Clermont-Ferrand.

Le géant cantalien

Les plus importants volcans du Massif Central n’appartiennent toutefois pas à la Chaîne des Puys qui étire ses 80 dômes ou cratères à l’ouest de la métropole auvergnate. Les géants, on les trouve plus au sud, dans les Monts Dore (massif du Sancy) et plus encore dans le Cantal dont les principaux sommets constituent les vestiges du plus grand volcan que le continent européen ait porté. Né il y a plus de 15 millions d’années, ce formidable édifice volcanique – d’une circonférence à la base d’environ 240 km et d’une altitude dépassant les 3000 m ! – a longtemps été actif avant de s’endormir il y a 2 millions d’années sous le regard rassuré des hommes du paléolithique déjà très présents dans la proche vallée de la Dordogne. Le lent travail de l’érosion a, depuis, raboté ce cône monumental et creusé de profondes vallées disposées en forme d’étoile depuis le centre du volcan. Les photos satellites de la Nasa sont à cet égard parlantes et, malgré la redoutable action du temps, montrent de manière évidente la structure et la superficie de ce géant (cf. photo aérienne du département du Cantal, approximativement figuré en rouge).

Le volcan du Cantal et ses trois frères cadets des Monts Dore sont-ils endormis ou éteints ? Durablement endormis, affirment, avec une prudence de Normands, les géologues en se basant sur l’activité du sous-sol auvergnat. Et ce ne sont pas les habitants de Chaudes-Aigues, où l’eau surgit naturellement à 82° celsius de la source du Par, qui diront le contraire. Mais nul n’est inquiet pour autant. Après 2 millions d’années de répit pour le Cantal et 1,5 pour le Sancy, il est peu probable que les géants se réveillent à l’échelle de notre existence, et même – notre fierté dût-elle en souffrir – de notre civilisation.

L’activité volcanique s’est d’ailleurs déplacée plus au nord au cours du pléistocène, précisément dans cette Chaîne des Puys, née sur un socle de granite hercynien, qui nous régale aujourd’hui de ses 80 volcans alignés sur une distance d’environ 30 km comme de formidables témoins et un incomparable livre de classe à ciel ouvert. Une activité récente qui, pour l’essentiel, s’est concentrée sur une brève période comprise en -30000 ans et -6500 ans BP (Before Présent). Autrement dit hier si l’on considère ce temps à l’échelle géologique. Il suffit à cet égard de fouler ici et là les scories brutes qui jonchent encore le sol ou constituent la partie sommitale du spectaculaire cratère égueulé du puy de Lassolas pour s’en convaincre. Certaines études datent même l’explosion qui, à 20 km au sud de la Chaîne, en bordure du massif du Sancy, a créé le cratère du Pavin – aujourd’hui transformé en un superbe lac – à seulement… 3500 ans, autrement dit à l’âge du bronze.

Clermont est-elle en sursis ?

Ces volcans peuvent-ils se réveiller ? Oui, incontestablement, affirment les scientifiques car le magma reste proche sous la croûte terrestre en cet endroit du globe. Et les dernières éruptions sont beaucoup trop récentes pour que quiconque puisse prétendre le contraire. Quelles en seraient les conséquences ? Difficile à dire car on ne sait jamais sous quelle forme et avec quelle ampleur peut reprendre une activité volcanique après un temps de sommeil de plusieurs millénaires. Si l’on se réfère à l’activité de la Chaîne des Puys, et en admettant qu’elle reproduise les schémas passés, deux types d’éruptions pourraient se produire : péléennes ou stromboliennes. Les premières, constituées de laves très visqueuses à base de trachyte, se contenteraient de former des dômes plus ou moins importants selon l’importance du magma expulsé, à l’image du Puy de Dôme. Les secondes, nettement plus dangereuses, car de nature plus explosive, formeraient de nouveaux cratères, projetteraient cendres, lapilli et projectiles divers à des kilomètres à la ronde. Elles donneraient surtout lieu à des coulées de laves, potentiellement importantes, principalement constituées de basaltes, de trachy-andésites et de leucobasaltes. Des coulées à l’image de celles qui figurent en bleu sur la carte géologique ci-dessous, l’une d’elles (au centre droit) ayant atteint Chamalières et le sud de Clermont, l’autre (en bas à droite) ayant dévalé depuis les cratères égueulés des puys de La Vache et Lassolas jusque dans la plaine de Limagne à la hauteur de Saint-Amant-Tallende à environ 15 km du lieu d’émission. En un mot, un réveil serait catastrophique et pourrait signer la destruction de l’agglomération clermontoise.

Encore le risque serait-il limité à des conséquences locales. Sans doute en irait-il différemment si le volcanisme auvergnat renouait avec une activité comparable avec celle qui a sculpté les paysages des Monts Dore et du Cantal. L’ensemble de la région s’en trouverait prodigieusement bouleversé, et les conséquences économiques et humaines pour notre pays ramèneraient sans nul doute les éruptions de l’Eyjafjöll à d’aimables plaisanteries. Nous n’en sommes heureusement pas là, et l’on peut sans grand risque partir explorer ces monts à la recherche de bombes volcaniques, de laves cordées ou autres souvenirs minéralogiques. Avec une pensée pour le géologue et naturaliste Jean-Étienne Guettard. Dans une communication à l’Académie Royale des Sciences en mai 1752, il a été le premier, devant un parterre de savants médusés, à reconnaître la nature volcanique des monts d’Auvergne.

Note complémentaire : la photo qui illustre cet article appartient au site Vulcania.com. Implanté à l’initiative de l’ex-président français puis président de la Région Auvergne Valéry Giscard d’Estaing, Vulcania, implanté au cœur de la Chaîne des Puys, est à la fois un parc d’attraction, un lieu d’exposition et un outil pédagogique entièrement centré sur le volcanisme.

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