Signalétique routière : le scandale perdure !

En octobre 2008, j’écrivais sur AgoraVox un article intitulé « Signalétique routière : les panneaux de la honte ! » Près de deux ans plus tard, rien n’a changé comme le montre la photo jointe. Des panneaux comme celui-là, il en existe des milliers répartis un peu partout sur le territoire français. Mais manifestement tout le monde se fiche que cette signalétique déficiente puisse, pour économiser ici et là quelques centaines d’euros, être à l’origine d’accidents corporels graves…

Car c’est bien ainsi que le problème se pose : rogner sur les dépenses d’un budget municipal au détriment de la sécurité routière. Certes, nous sommes en période de crise économique et les communes, comme l’État ou les Conseils territoriaux, peuvent connaître des difficultés budgétaires. Le problème posé par cette signalétique déficiente ne date pourtant pas des restrictions budgétaires imposées par la crise mais remonte très en amont, probablement aux années 90 si j’en juge par mes propres constats.

Michèle Merli, la dynamique déléguée interministérielle à la Sécurité routière, tient pourtant un langage de fermeté dans son domaine de compétence. Mais, depuis deux ans qu’elle est en poste (elle a été nommée le 11 juillet 2008), force est de reconnaître qu’à l’image de son prédécesseur, la transparente Cécile Petit, elle n’a pas fait avancer ce dossier d’un iota. Bien au contraire, les panneaux déficients continuent de se multiplier sur le territoire, principalement en raison de carences coupables des communes en charge de leur entretien.

Car c’est bien aux communes qu’incombe le coût d’installation et d’entretien de ces panneaux indicateurs. Et pas dans n’importe quelles conditions. L’Instruction Interministérielle sur la Sécurité Routière(ISSR) dont la dernière version remonte à août 2009 est à cet égard très claire. Tout y est détaillé : taille des panneaux, modes de fixation, types de caractères, nature des peintures utilisables, et bien entendu visibilité. Cela n’empêche pas de nombreux maires de se dégager de leurs responsabilités en renonçant à entretenir les panneaux existants, les uns par économie, les autres par négligence coupable.

Une signalétique défectueuse est pourtant potentiellement beaucoup plus périlleuse qu’une absence de signalétique : faute de panneaux indicateurs de direction, les automobilistes peu familiers des lieux font un choix, quitte à se renseigner plus loin ; en présence de panneaux défectueux, ils cherchent à déchiffrer l’information et détournent dangereusement leur attention de la route et de ses usagers, piétons compris. Tout cela, les maires le savent mais nombre de ceux qui se montrent laxistes en la matière préfèrent investir dans des équipements parfois dispendieux mais réclamés par leurs électeurs plutôt que dans l’entretien de panneaux routiers dont les riverains n’ont évidemment aucun usage.

Sans doute faudra-t-il, comme trop souvent en France, qu’un maire soit poursuivi et sévèrement condamné en correctionnelle pour homicide pour que s’installe une jurisprudence susceptible de faire évoluer les mentalités. Car il est inutile de compter sur les préfets, dont c’est pourtant le rôle, pour simplement faire respecter les règlements de la Sécurité routière dans les communes dont ils ont la charge administrative au niveau départemental. Quant à Michèle Merli, ne l’accablons pas : elle peut tout au plus adresser des recommandations à ces hauts fonctionnaires, faute de disposer d’un pouvoir hiérarchique. Encore peut-elle soumettre une circulaire à la signature du patron de la préfectorale, Brice Hortefeux, mais il est à parier qu’en l’état actuel de ses préoccupations, la priorité du ministre ne soit pas à une telle futilité.

Une « futilité » qui, soyons-en sûrs, continuera, et cela dès cet été sur les lieux de vacances, de donner du travail aux garagistes locaux – tant mieux pour eux ! –, mais également aux services hospitaliers, et ça c’est inacceptable !

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