Solitude au Panthéon

OLIVIER CABANEL :

Il ne s’agit pas de cet état dans lequel un profond isolement peut nous plonger, mais d’une femme remarquable et méconnue, qui non seulement fut l’étendard d’une nation, mais qui est aussi à l’origine de la défaite d’un petit empereur corse, méritant ainsi à plus d’un titre d’entrer au Panthéon.

Pour l’instant, cette nomination n’est pas à l’ordre du jour, et pourtant, l’antillaise Solitude, guerrière silex et mère insoumise, le mériterait largement. lien

D’abord parce que les femmes sont rares au Panthéon : elles sont seulement 2 pour 71 hommes : Marie Curie, et Sophie Berthelot, épouse de Marcellin Berthelot le politique chimiste, à qui les mauvaises langues prétendent qu’on lui doit cette nomination.

Alors les féministes, toutes jupes au vent, se sont mobilisées, non pas seulement pour la nomination de Solitude, mais aussi pour celle de Louise Michel, la célèbre égérie de la Commune, et d’Olympe de Gouges la girondine, qui avait plaidé pour l’abolition de l’esclavage, et qui sera guillotinée le 3 novembre 1793 à l’âge de 45 ans.

Pourtant, malgré une pétition lancées par le mouvement féministe, François Hollande a porté son choix vers 2 autres femmes : Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle, qui n’a surtout eu comme mérite que d’être l’épouse de « mon Général »…sauf qu’au lieu de rééquilibrer le nombre d’hommes et de femmes, il a en même temps nommé aussi 2 hommes, portant le score à 4 femmes pour 73 hommes…rien de nouveau sous le soleil. lien

Mais revenons à Solitude.

Née en 1772 d’un viol commis par un colon, elle a quitté ce bas monde à 30 ans, et sera pendue, pour avoir résisté, armes à la main, en compagnie de Toussaint Louverture, face au général napoléonien Richepance, qui aura la cruauté d’attendre qu’elle donne naissance à son enfant pour la mettre à mort.

Dame, il s’agissait de ne pas gâcher la marchandise, et ce bambin ferait 2 bras de plus comme esclave dans les plantations. lien

Il faut en effet rappeler que Napoléon a ajouté comme page noire de sa carrière le fait d’avoir rétabli l’esclavage en Guadeloupe, le 28 mai 1802.

Son épouse, Joséphine de Beauharnais, était une fille de colons martiniquais et il ne voulait pas aller contre leurs intérêts.

Les citoyens noirs qui étaient libres sont redevenus esclaves du jour au lendemain, et ceux qui sont entrés en résistance ont fait l’objet d’une traque cruelle : lorsqu’ils étaient pris, ils étaient pendus, ou brûlés vifs en place publique.

L’histoire de l’esclavage remonte à 1455 quand le pape Nicolas V autorisa un roi à réduire tous les ennemis du Christ en servitude perpétuelle, suivi plus tard, en 1642 par Louis XIII qui autorisa l’esclavage, avec l’obligation de convertir les esclaves au christianisme.

Son successeur, Louis XIV, versait à la Compagnie du Sénégal des primes pour chaque esclave introduit en Martinique et dès 1716 le commerce négrier fut organisé à grande échelle, avec près de 70 convois annuels avec un pic de 100 voyages en 1785. lien

Au moment de la Révolution française, on avait pu compter jusqu’à 700 000 esclaves aux Antilles.

L’esclavage a provoqué tant de drames qu’il serait vain de tenter d’en faire la liste.

L’historien Arnaud Clermidy a tenté de faire toute la lumière en consultant les archives concernant plus de 80 dossiers de procès qui impliquaient des femmes esclaves, constatant que « quand les femmes arrivent devant le tribunal, c’est à l’état de cadavre ». lien

Mais il y a un évènement que, une fois de plus, Napoléon a tenté de faire disparaitre de son histoire, c’est sa cuisante défaite au Antilles, lorsqu’il envoya son beau frère, le général Leclerc, combattre Toussaint Louverture, le chef des rebelles Haïtiens.

En 1791, les esclaves s’étaient révoltés à St Domingue, la plus riche des colonies françaises, et malgré la puissance des armées napoléoniennes, elles furent défaites, provoquant en 1804 la 1ère République noire de l’histoire, Haïti, ainsi que le raconte Philippe Girard, historien et guadeloupéen, dans son livre : « ces esclaves qui ont vaincu Napoléon » (éditions Les Perséides-2013). lien

Cette guerre terrible voulue par le sanguinaire Napoléon provoqua la mort de 60 000 soldats, même si à l’époque, le général Pamphile de Lacroix, sous les ordres de Leclerc, tenta de réécrire l’histoire, en faisant croire que Louverture aurait admiré Napoléon. lien

Mais revenons à Solitude.

Elle avait 22 ans lorsque, ayant rejoint une communauté marronne de Guadeloupe, elle connu l’abolition de l’esclavage, et lors de la décision napoléonienne de le restaurer, elle alla combattre aux cotés de Louis Delgrés, et elle survécu à la défaite du 8 mai 1802. lien

Quant à Louis Delgrès, ce militaire de carrière qui s’était maintes fois fait remarquer pour ses faits de guerre dans la lutte qui opposaient Français républicains aux Anglais loyalistes, avait été nommé colonel de l’armée française en 1802, chargé de défendre les colonies françaises, face aux appétits internationaux.

Il désertera l’armée et organisera la résistance contre la volonté napoléonienne et sur l’air de « la mort plutôt que l’esclavage », lui et ses compagnons se feront sauter ayant installé des barils de poudre autour d’eux, provocant la mort de nombreux soldats français lors de l’assaut final de mai 1802. lien

Il faudra attendre 1848 pour que l’abolition de l’esclavage soit de nouveau décidée. lien

Mais revenons au Panthéon.

Quand on fait le tour des hôtes du Panthéon, dont certains n’ont d’autre gloire que d’avoir été promus pour d’obscures raisons, il serait peut être temps de faire entrer dans ce lieu, des femmes et des hommes qui le méritent vraiment.

En effet si Jaurès, Hugo, ou Zola sont tout à fait légitimes, quid de Napoléon, dont les guerres de conquête ont provoqué la mort de millions de personnes : entre 3,5 et 6,5 millions selon différentes estimations… lien

Bien sur, Napoléon n’est pas au Panthéon, mais aux Invalides, considéré comme le Panthéon des gloires. lien

On sait aujourd’hui grâce aux révélations du grand historien Henri Guillemin, que Bonaparte détestait les français, pour preuve les nombreuses lettres dans lesquelles il les trainait dans la boue, et on sait aussi qu’il avait travesti d’évidentes défaites en victoires, ce qui lui était facile, vu qu’il dictait lui-même sa vérité aux historiens à ses ordres. lien

Dans une lettre, il écrit : « féroces et lâches, les français joignent au vice des Romains, ceux des Gaulois  ». lien (17’14’’)

Pour comprendre cette haine des français qu’il avait, il faut se souvenir que lors de l’achat de la Corse par la France, celle-ci avait envoyé 100 000 soldats sur le sol corse, provoquant la résistance des habitants, et il faut ajouter que le père de Bonaparte, Carlo, était, dans un premier temps entré en résistance, pour finalement trahir son camp et devenir l’ami du gouverneur français.

Plus tard, la mère de Napoléon eut comme amant le Général Marboeuf, situation dont le mari trompé tirera parti, espérant que ce dernier assurerait l’avenir des enfants.

Ce qui fut fait, puisque Marboeuf payera les études militaires du futur Napoléon, lequel par son teint jaunâtre, sa petite taille, et son français approximatif, était largement méprisé par ses « camarades » de classe.

D’ailleurs Napoléon lui-même dira, lors de la campagne d’Egypte que son père n’était pas celui que l’on croyait, mais qu’il s’agirait d’un général…le comte de Marboeuf. lien

Napoléon gardera longtemps cette haine des français ainsi qu’un profond mépris pour les soldats qu’il envoyait à la boucherie (lien) alors que ceux-ci le considéraient comme un Dieu. lien

Comme le raconte Henri Guillemin, Napoléon avait dit à Metternich : «  un homme comme moi se fout de la vie d’un million de c…s », et à Talleyrand, il affirmait : « j’ai 300 000 hommes de rente par an  » sous entendant « je peux en faire tuer 300 000… ». lien

Ajoutons pour la bonne bouche, s’il faut en croire Claude Ribbe, auteur de « le crime de Napoléon  » (2005) qu’il avait mené une croisade contre les Juifs, qu’il avait voulu l’extermination des Noirs, massacré des Arabes, des Turcs, et organisé la déportation de Tziganes. lien

Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que Napoléon était un raciste convaincu, déclarant à propos des Juifs : « ce sont des chenilles, des sauterelles qui ravagent la France ».

Ce n’est donc pas sans raison qu’en 1940, Hitler contemplait avec admiration son inspirateur aux Invalides. photo

Après la découverte d’indignités établies, ils ont été quelques-uns à avoir quitté le Panthéon, tel Louis Michel Lepeletier de St Fargeau dont Jean d’Ormesson est un descendant.

Louis Michel Lepeletier de St Fargeau était pour l’abolition de la peine de mort, mais avait pourtant voté la mort de Louis XVIlien

Aujourd’hui Solitude attend toujours son Panthéon, et Napoléon continue d’être l’une des personnalités les plus aimée des français, (lien) peut-être parce qu’il dictait à ses historiens l’histoire qu’il voulait sienne.

Churchill disait : « l’histoire me sera favorable, car j’ai l’intention de l’écrire » (lien) et mon vieil ami africain d’ajouter : « Tant que les lions n’auront pas leur historien, les histoires seront toujours à la gloire du chasseur »

L’image illustrant l’article vient de « outre-mer.la1ere.fr »

Merci aux internautes de leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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A découvrir plusieurs livres ou articles :

Bernard Coppens « les mensonges de Napoléon  »(éditions Jourdan)

Jean François Kahn : Bonaparte, un habile manipulateur de l’histoire

Max Gallo : « avec le mémorial, Napoléon s’empare de l’avenir  ».

Philippe de Callatay, expert en histoire napoléonienne : « Napoléon était un menteur et un dissimulateur  ».

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