Sortie de l’état de nature

Chasse au lion à Ninive, 645-635 av. J.-C. Domaine public.

Sortie de l’état de nature

ALLAN ERWAN BERGER   J’étais en train de discuter avec l’ami Thibault et l’ami Etch quand il me prit soudain l’envie de devenir grandiose et lyrique. Puisqu’il était, dans notre conversation, question de solidarité, je ne pus m’empêcher de faire partager à mes compères une conclusion qui m’était venue après maintes cogitations : « C’est la solidarité qui nous a permis de sortir d’Afrique ! Sans la solidarité, qui fut la grande affaire des Humains, nous y serions encore ! »

Etch, qui porte en lui un sang africain beaucoup plus récent que le mien – qui date au mieux du temps des invasions maures –, se raidit et émit un « Quoi ? » assez sec, tout en ouvrant des yeux ronds, ce qui est toujours mauvais signe. J’insistai, inconscient de l’énorme boulette que j’étais en train de commettre. « Comment ? » articula Etch, dont les yeux devinrent carrés, ce qui m’inquiéta encore plus. Et je compris : j’étais en train d’insulter un continent tout entier ! Pour un gauchiste bien rouge comme il se doit, vert pomme et antiraciste par conviction autant que par nécessité, c’est le pompon suprême. Comment faire ?

Je repris depuis le début. « Imaginez que nous sommes, de tous les Vertébrés supérieurs, ceux qui ont été le plus dépourvus de tout : nous n’avons pas de crocs mais des quenottes, nous n’avons pas de griffes mais des ongles, nous ne possédons ni dards ni cornes ni carapace, ni venin, ni ailes, ni queue fouettante, ni fourrure ni vibrisses ni rien. Nos oreilles n’entendent que pouic, nos nez ne reniflent rien, et nos yeux sont tout à fait médiocres. Bref : perdus dans un océans de bêtes toutes plus monstrueuses les unes que les autres, nos ancêtres n’ont dû leur survie qu’à la solidarité, la seule arme qui fût à leur disposition pour échapper au triste destin d’être toujours la victime que le monde entier boulotte. »

La solidarité, caractère probablement inné mais aussi, chez nous, acquis au contact d’autres espèces qui la pratiquaient et que, grâce à notre puissant cerveau, nous étudiâmes, « …fut ce qui nous permit de conquérir l’Afrique, puis d’en sortir pour nous jeter sur le reste de la planète !

— Ah je comprends, me dit Etch. En fait, tu voulais dire que c’était la solidarité qui nous avait permis de sortir de l’état de nature ! La sortie d’Afrique n’en étant qu’une conséquence…

— Bien dit ! Exactement ! De l’état de nature ! Ouah ! » Comment pouvais-je n’y avoir jamais pensé ? C’est que je n’avais rien lu de Rousseau que son amusant Émile, et que je n’avais découvert Hobbes que cette année. Etch, qui avait plus de notions que moi sur ces deux penseurs, n’avait pas eu la moindre difficulté à mettre un mot sur un concept autour duquel je tournillais depuis des mois : la sortie de l’état de nature. On est un peu bouché, parfois.

La fabrication de l’Humanité

Nous ne pouvions pas naître à un meilleur endroit. Car il n’y a pas de berceau plus sauvage que l’Afrique, surdopée, foisonnante de vie, remplie de prédateurs infatigables et de petites proies surarmées. Le dessin de la pyramide alimentaire de ce continent fait apparaître toutes sortes de carnivores occupés à s’entre-assassiner, que redoutent et combattent d’abominables herbivores géants tels que rhinocéros, buffles, éléphants ou hippopotames. Viennent ensuite une foule d’espèces bien retorses, agiles, musclées, rapides, venimeuses, volantes, piquantes, mordantes et fourmillantes, jusqu’aux Singes, jusqu’aux Hominiens qui, pour leur malheur, ne firent pendant des ères entières peur qu’aux écureuils, aux coucous et aux musaraignes.

L’Afrique est le pire de tous les continents possibles pour qui a les capacités physiques d’un caniche. Alors, quand on part d’aussi bas dans un endroit aussi dingue, on ne peut s’en sortir qu’en devenant un monstre inédit. L’Afrique fut notre arène d’entraînement. Nous serions nés en Amérique du Sud, nous y serions encore, tellement ce continent est calme en comparaison de notre berceau.

Comment, pourquoi avons-nous fini par nous considérer partout comme chez nous ? Pourquoi n’avons-nous même plus peur des requins, que nous commençons à vouloir protéger ?

On pense que c’est à cause de certaines mutations dans les séquences régulatrices des gènes du développement de la tête – dans un gène, une séquence régulatrice gère la façon dont la séquence codante agit : un peu, beaucoup, lentement, rapidement ; c’est un adverbe.

Nous naissons et demeurons jeunes. Notre espèce est la seule de tous les Hominidés à conserver jusqu’à la mort des caractères juvéniles qui, tous, ont favorisé à la fois notre dépendance à l’égard de nos congénères, et notre survie grâce à une formidable capacité de comprendre, de théoriser, d’expérimenter et de conclure.

Quels sont nos caractères juvéniles ? Pas beaucoup de poils, peu de menton, peu d’arcades sourcilières. Nous marchons debout comme les bébés singes au lieu d’aller à quatre pattes comme les grandes personnes.

Un joli trait, et non des moindres, nous explique bien des choses : le vagin des femelles humaines est cambré vers l’avant, comme chez les petites filles des autres singes, au lieu d’être arqué vers la colonne vertébrale comme il est d’usage chez les guenons adultes. Ce qui fait que les humains s’accouplent par devant. Mais comme les mâles de cette espèce ont gardé, de leurs ancêtres, un goût prononcé pour les signes sexuels de l’ancien temps, époque où ils allaient à quatre pattes et ne voyaient des filles que leurs popotins, ils sont toujours très attirés par les fesses ; chez eux, un bon postérieur vaut mille promesses. Ainsi, en France, où l’on est volontiers traditionaliste, les histoires de sexe sont-elles appelées des histoires de cul.

Mais le trait le plus étonnant, c’est notre tête, au développement de laquelle fut apparemment collé l’adverbe le plus éruptivement outrancier de tout le vocabulaire du Bon Dieu. Nous sommes tellement jeunes que, tout comme les juvéniles des autres singes, nous avons une tête disproportionnée ; mais la nôtre est si énorme qu’il faut que nos mères nous expulsent avant terme, ce qui fait que nous naissons encore à l’état de larves, incapables de rien faire sans aide, prématurés d’office. Cependant, c’est cette grosse tête qui nous aura sauvés des hyènes, des serpents et des lions.

La grosse tête :

Il y a, chez les Hominidés, une règle qui établit une relation directe entre la taille du cerveau et l’ampleur du système sensoriel-moteur. Gros muscles, gros cerveau ; petits muscles, petit cerveau. Vaste bidoche, vaste caboche.

On peut ainsi établir un graphique, avec en abscisse le poids de la bête, et en ordonnée son cubage cérébral. On obtient, depuis le gracile Pan paniscus jusqu’au massif Gorilla gorilla, une ligne relativement droite, qui indique assez clairement que tous les Hominidés respectent un même rapport cerveau/biceps. Cette ligne est un peu courbe, car la relation n’est pas tout à fait proportionnelle : le cerveau gonfle légèrement moins vite que la chair.

Et où sont les humains, dans ce beau graphique ? Ils sont terriblement loin, bien au-dessus, tout à fait dans les nuages. En outre, le long du temps, l’accroissement du volume s’accélère. Une vraie fusée :

  • Lucy : 300cm3, 1m10, il y a 2,5Ma, pointe le museau au-dessus de la ligne commune.
  • Ses enfants, chétifs Australopithèques, 45kg tout mouillés, ont un cerveau de 400 à 450cm3. Déjà, ils pulvérisent la norme. Le meilleur chimpanzé moderne ne leur arrive pas à la cheville. Mais voyez la suite :
  • 700.000 ans plus tard seulement, voici le roi de l’outillage, 1m30, 600cm3 ; habilis, qui aurait été ravi de recevoir une perceuse à piles pour son anniversaire.
  • Ensuite vient ou viendrait erectus : 55kg, mais 1000cm3 !
  • Et puis là, il y a 120.000 ans, Homo sapiens : 50-55kg, 1m60 à tout casser, et pourtant… 1400cm3… Un moteur de grosse cylindrée monté sur une trottinette. Mille quatre cent centimètres cubes ! Si nous avions respecté la règle commune, nous ne devrions même pas en avoir quatre cent.

Nous ne sommes plus dans le schéma normal des Singes. Notre cerveau a été dopé. Nous avons reçu la connaissance du temps, avec les terreurs insondables du futur opaque. Nous avons reçu tout pouvoir pour observer, imiter, améliorer : songez qu’un enfant chimpanzé met des années à découvrir comment casser des noix, alors qu’il a sa mère sous le nez pendant tout ce temps-là, qui lui prépare sa nourriture ; nos enfants ne mettraient pas deux heures.

La solidarité anime nombre de nos histoires

Combien d’exemples, encore plus édifiants que celui qui vient maintenant, ont pu nous impressionner au cours des âges, et nous mettre sur le chemin de la plus radicale des solidarités !

Kruger Park est une vaste réserve de vie sauvage qui se trouve dans l’est du Transvaal, à la frontière avec le Mozambique. Lions et buffles y vivent tranquillement, les uns mangeant les autres comme c’est la tradition depuis des centaines de milliers d’années. Mais un jour, il se passa quelque chose qui mit en émoi une bande de touristes en visite dans le parc sans penser à mal, et qui les transforma en rebelles furieusement gauchistes, prêts à bouffer du lion à la première occasion. Voici ce qui se passa.

Un troupeau de buffles longeait paisiblement la berge d’un lac quand le grand mâle de tête détecta une menace tapie dans les herbes devant lui. Il s’avança, suivi de quelques membres de son clan, en direction du danger. C’étaient des lions, rampant aplatis, jaunes sur l’herbe jaune, et qui n’avaient d’yeux que pour cette viande qui venait à eux. Le grand mâle demanda le passage ; les lions répondirent en se jetant sur le groupe, qui détala.

Les prédateurs eurent tôt fait de rattraper un jeune buffle, qu’ils plaquèrent au sol mais, dans les roulades de l’instant, le groupe dégringola sur la berge et dérapa dans la boue. Calmement, on entreprit de remonter la prise vers le sec. Tandis qu’une lionne étouffait le veau en lui enfermant le museau dans sa gueule grande ouverte, les autres travaillèrent à l’immobiliser. Ceci prit du temps. L’enfant faiblissait. Un crocodile flaira la bonne affaire et se jeta lui aussi sur la proie, dans l’idée de la joindre à son garde-manger. Il s’ensuivit une courte mais intense bataille au cours de laquelle le pauvre gamin, écartelé mais toujours vivant, fut disputé par le crocodile et par les félins. Tout ceci sous les yeux horrifiés des buffles et des humains. « Ne peut-on rien faire ? » dit une personne. « C’est trop tard » répondit-on. « Le gosse est foutu. » Chez les buffles, on devait tenir de semblables propos, et la mère se désolait.

Cependant, le crocodile n’avait pas, dans l’eau du lac, d’aussi beaux appuis que les fauves dont les griffes tenaient fermement plantées dans la terre. Après un dernier coup de queue destiné à enlever le morceau, voyant qu’il n’arriverait à rien, le crocodile se recula. Les lions avaient vaincu. Ils remontèrent l’enfant sur l’herbe, et recommencèrent à vouloir l’étouffer. À cet instant, l’humeur chez les buffles changea, et les humains, devinant que quelque chose pouvait basculer, se tinrent encore plus attentifs.

Résistance !

Le troupeau avança, pétant de trouille mais résolu, la queue en l’air, et se mit en arc de cercle devant les lions en capture. Ceux-ci se relevèrent mais, voyant que les buffles ne pouvaient aller au travers de leur conditionnement et qu’ils hésitaient, tournoyant, ondulant mais n’attaquant point, ils se rallongèrent autour de l’enfant.

Tout d’un coup, un mâle n’y tint plus, et chargea. Une des lionnes se recula, et se fit courser par le buffle enragé. Cela donna du courage aux autres qui, en moins de dix secondes, se montèrent le bourrichon et se densifièrent, en front haineux face aux fauves. Le mâle revint et faucha une autre lionne, qu’il envoya valdinguer sous les cris admiratifs des touristes qui, à cette heure, n’en perdaient plus une miette et avaient pris fait et cause pour les buffles. Secouée mais indemne, la lionne bousculée prit la fuite en remontant le troupeau qui, dès lors, se scinda : les uns pourchassant la fuyarde, les autres pressant encore plus les lions restés allongés autour et sur le jeune buffle qui, étalé par terre, ne bougeait plus d’un poil. Était-il seulement encore vivant ?

C’en fut trop. Des cris de guerre furent lancés, le front se mit en branle résolument, les derniers lions se relevèrent, se raccroupirent, se relevèrent, ne croyant pas à la fin de leur suprématie. Chez les buffles, les dernières peurs furent balayées, et la force évidente qu’une masse de barbaque en colère peut générer devint manifeste pour tous, jusqu’aux plus pétochards qui, dès lors, se lâchèrent, et avancèrent. Au même moment, le jeune se releva. Une lionne voulut le retenir mais une bonne menace collective la fit abandonner.

Les derniers lions, acculés contre la berge, ne surent plus quoi faire. À quatre mètres d’eux, une trentaine de buffles, appuyés par une multitude d’autres derrière, étaient en train de les pousser peu à peu vers l’eau, qui se trouve être le pays des crocodiles. Un des fauves se releva et s’enfuit sans demander son reste. Il fut rudement raccompagné. La dernière bête restante fila à son tour. Alors commença pour de bon une chasse aux lions, sous les cris enthousiastes des touristes en 4×4.

Les lions ne voulaient ni ne pouvaient croire à ce qui leur arrivait. Ils en revinrent même sur leurs pas, étonnés au-delà du possible par cette charge contre-nature qui renversait tous les usages, effaçait toutes les certitudes. Voulant regagner du territoire et de l’autorité, un des félins s’avança vers le mâle de l’avant, qui lui meuglait des insultes. Mais il flancha. Il parada trois pas puis fit un très digne quart-de-tour à droite avant de s’enfoncer dans les fourrés, à la recherche de ses congénères dispersés. Le jeune buffle, qui avait retrouvé son troupeau, fut entouré, choyé, léché, et tout le monde prit conscience qu’une leçon unique avait été donnée : un lion, ça ne se subit pas, ça se chasse. La vidéo de cet exploit fit le tour d’Internet.

Cette scène a dû se dérouler de nombreuses fois au cours des millénaires, et les Hominidés en vadrouille, à la queue leu-leu sur un sentier, estomaqués par le cran des buffles, durent en retenir qu’un autre monde était possible, et que la fraternité, qui est une solidarité de combat, pourrait leur en ouvrir les portes. Dès lors, ce ne fut plus qu’une question de temps avant que l’Afrique, berceau de l’Humanité, n’en devînt l’arène où l’espèce s’entraîna jusqu’à être partout chez elle, relativement tranquille, et juchée au sommet de la fameuse pyramide alimentaire.

L’intelligence nous aura conféré la possibilité de bien saisir l’absolue nécessité de développer la solidarité. La sélection naturelle fonctionna à plein pour nous purger des affreux : toujours dans nos histoires les méchants et ceux qui les suivent perdent, et dans l’Histoire aussi. Quand les temps mûrissent, que les grands monstres s’entretuent au milieu des carnages d’innocents, la solidarité devient l’unique planche de salut possible.

Au-delà des portes de l’Afrique

Et un jour, les portes de l’arène furent fracassées. Il en sortit un démon. Des animaux il avait pris le meilleur : griffes, crocs, lames, boucliers, poisons, apparences et illusions. Jusqu’aux peaux dont il se couvrait. Cette chimère terrifiante qui, en souriant aux bêtes, leur montrait les dents, revêtue de leurs cadavres, regarda par la porte, au-delà de la mer, et rêva au monde immense qui se déployait devant elle.

Nous savons, par l’étude des variétés de l’Herpès, qui est notre plus fidèle parasite, que l’être humain, sorti de l’état de nature, quitta l’Afrique dans le secteur de Djibouti, et qu’il aborda l’Arabie vers Aden, à la faveur, peut-être, d’un abaissement du niveau des mers dû à une lointaine glaciation. Traversant la péninsule, ce fier Moïse avant l’heure découvrit les jardins calmes étendus entre le Tigre et l’Euphrate. Il s’y installa, et de là rayonna.

À cette époque, l’humain était beaucoup plus variable qu’aujourd’hui, à tel point que même encore maintenant, quelques archéologues soutiennent qu’il y eut plusieurs espèces cohabitant. Mais les études récentes suggèrent qu’il s’agissait uniquement de Homo sapiens Linnæus 1758, les uns râblés et prognathes, les autres filiformes et au crâne en obus, tous discutant, depuis leur porche commun, à propos des magnifiques horizons du futur, que le soleil couchant rougissait de gloire et de mystère.

Il nous avait fallu des centaines de milliers d’années pour nous implanter en Afrique ; nous allions nous répandre dans le reste du monde, si vide en comparaison du Berceau, en un claquement de doigts. Aujourd’hui, nous faisons le tour du globe en quatre-vingt heures.

L’atavisme, qui sert à tout expliquer de ce qui paraît nébuleux dans les couches fossiles de nos comportements, nous pousse encore à l’agressivité envers nos anciennes sources d’effroi. Mais depuis longtemps maintenant nous avons vaincu, et de très antiques histoires nous incitent à tirer un trait sur notre passé sauvage, pour nous civiliser.

Civilisation :

2013_11_24_bLa civilisation est un processus qui institutionnalise la solidarité, et qui l’affine ; voyez Norbert Elias. L’exemple devant souvent venir d’en haut, ce sont nos vieux héros qui nous montrent le chemin. À commencer par Gilgameš, dont l’épopée est « antérieure de plusieurs siècles à l’Iliade et au Mahâbhârata », écrit Jean Bottéro dans la présentation de ce vieux récit qui contient même en son sein une histoire datant pile du Déluge. Gilgameš, jeune prince arrogant d’une puissante cité, fier connard invincible, va s’associer après de chauds combats à son opposé parfait, le sauvage Enkidu, élevé avec les gazelles, pur et innocent, naturel, indomptable et sage. L’un va déteindre sur l’autre : aventures de tavernes, aventures en montagnes. Au cours de multiples péripéties où ils affronteront monstres de la nature et sortilèges, les deux amis vont se civiliser, s’humaniser. Leur force se soumettra à la sagesse. À leur mort, les dieux placeront leurs noms dans les étoiles pour que chaque mortel en soit éclairé… Dans le bassin Égéen, c’est Héraclès qui tient le rôle, en débroussaillant les derniers restes de la sauvagerie brute du monde, pour y installer la droiture, le devoir, la règle et l’ordre. De sangliers en gorgones, le héros partout abattra la bête, jusqu’au plus profond du cœur de quelques rois brutaux. La civilisation est en marche.

Aujourd’hui, nous sommes arrivés aux confins de notre monde. Cependant, les peurs antiques nous taraudent toujours, alors qu’elles n’ont plus lieu d’être : notre puissance est sans limites connaissables. N’importe quel quidam en Europe mobilise plus d’énergie que Gilgameš le fit en toute sa vie de bambochard frénétique. La planète, notre nouvelle arène, est sur le point de s’effondrer sous nos coups. Nous n’en sortirons pas sans faire confiance à la nouvelle forme de solidarité à laquelle nous sommes acculés, sous peine d’extinction : la solidarité complète avec tout ce qui vit. Le Front de Gauche, en France, porte cette lumière – il n’est pas le seul, je tiens à le préciser immédiatement pour ne peiner personne, mais lui la porte avec panache, pétards et fumigènes, et il s’active, fouetté d’un indéniable sentiment d’urgence.

Il est donc normal que ce rassemblement de gauchistes se sente coupé de la population par de vastes abîmes d’incompréhension, car sa mission est double : apostolique évidemment, mais aussi prophétique. « C’est que nous manipulons souvent des idées encore peu pensées, mais heureusement déjà pensables » me dit en substance l’ami Yannick un soir. Des alliances de circonstance avec les Écologistes, qui sont les devanciers du Front de Gauche en matière d’environnement, sont donc dans l’ordre culturel des choses.

Je détaillerai dans quelques semaines le principal moteur de l’activité politique aujourd’hui dans le peuple engagé de gauche : l’esprit collaboratif, qui autorise des ajustements en temps presque réel, par le biais de boucles de rétroaction qui se passent petit à petit des processus anciens, trop marqués par la rigidité partidaire – comme ces derniers font plus souvent office de filtres que d’accélérateurs, ils sont amenés à perdre de leur importance.


Illustration latérale : Héros maîtrisant un lion, Khorsabad, 713-706 av. J.-C. Domaine public. L’interprétation est la suivante : dompter la force sauvage pour la faire sienne, plutôt que la détruire.

 

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Allan Erwan Berger

Le grand point est d'avoir l'oeil sur tout.

42 pensées sur “Sortie de l’état de nature

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    12 décembre 2013 à 9 09 53 125312
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    J’aime beaucoup le parallèle fait entre l’évolution de la civilisation et celles de Gilgamesh et d’Héraclès.

    Ce qui m’inquiète quelque peu, cependant, est que tous les deux sont devenus fous.

    André Lefebvre

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      12 décembre 2013 à 11 11 36 123612
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      Boah ! De toute façon nous finirons tous mal. Mais Héraclès n’est fou que sous les illusions téléguidées par l’incontournable Hera. Il s’en remettra et sera invité à Athènes, qui n’est pas tout à fait un trou perdu. Quant à Gilgamesh qui court dans les steppes à la manière d’Enkidu, revêtu de la peau d’un lion, cela ressemble fort à un hommage rendu à son ami décédé, sous le couvert d’une expiation qui a été non seulement acceptée mais aura une fin. Je crois.

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    12 décembre 2013 à 10 10 20 122012
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    « C’est que nous manipulons souvent des idées encore peu pensées, mais heureusement déjà pensables »

    Je seconde.

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    12 décembre 2013 à 10 10 26 122612
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    Bienvenue.

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      12 décembre 2013 à 11 11 23 122312
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      SECONDÉ

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        12 décembre 2013 à 11 11 53 125312
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        Bonjour messieuxdames. Je seconde aussi, hein, pour ne pas être en reste.

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    12 décembre 2013 à 11 11 14 121412
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    Très beau texte, bien tourné, toutefois peu au fait du combat environnemental français, en effet, écrire : « …les Écologistes, qui sont les devanciers du Front de Gauche en matière d’environnement,… » est une méconnaissance du fait que depuis 1972 le PCF s’est doté d’une commission « environnement » récemment rebaptisée « commission écologie » à voir sur http://www.pcf.fr/5642 et aussi d’une revue qui s’appelait « Avancées scientifiques et techniques » qui traitait aussi d’écologie, qui a cessé de paraître en 1995 et a recommencé à paraître en 2013 sous un nouveau titre « Progressistes » http://progressistes.pcf.fr/.
    Bien cordialement et encore merci pour ce joli petit billet.
    Ivan

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      12 décembre 2013 à 11 11 43 124312
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      Bigre ! Pourquoi cela n’est-il jamais apparu au radar des médias ?
      je suis en train de consulter « Communisme et Écologie, une longue histoire » (http://projet.pcf.fr/8241).

      Extrait :
      « L’écart est évident entre ce que ce parti a fait et la perception qu’en ont les gens et les communistes eux-mêmes. Chaque fois qu’on organise un débat sur l’écologie, nombreux sont ceux qui « découvrent » notre activité. »

      Bon bon bon. Voilà de quoi fouiller, donc. Merci de ce rappel. Pour ce qui est de l’antériorité, les camarades cocos sont donc de sérieux concurrents. Autre extrait :
      « Des insuffisances nous en avons ; mais les textes et les luttes de notre parti témoignent que la caricature qui consiste à nous présenter comme « productiviste » et « anti écologique » n’a qu’un but : sortir les batailles environnementales du combat de classe. »

      Peut-on savoir à partir de quand René Dumont s’est lancé dans l’écologie politique ? C’est à peu près à cette époque que l’on a découvert, à la télé, les Écolos ; grâce à cet écrivain au pull rouge. De leur côté, les Communistes sont, depuis, effectivement apparus comme des productivistes, c’est dingue ça.

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    12 décembre 2013 à 12 12 55 125512
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    Probablement, le solidarité n’est pas une sortie de l’état de nature, je subodore qu’elle est née de la faculté de l’odorat qui est la chimie qui sait réunir le groupe et le souder. Même si ça sent mauvais, et souvent parce que ça pue…

    Ce qui pose un vrai problème, quand sortirons-nous de l’état de nature ?

    J’aimerais avoir le programme et les horaires pour ne pas rater le train… 😀

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      12 décembre 2013 à 13 01 09 120912
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      Étata de nature : mais… à supposer que nous y soyons encore, je dirais alors que globalement nous en sortons de plus en plus, puisque nous communiquons plus souvent via des réseaux que simplement à l’ancienne, en direct de corps à corps.

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        12 décembre 2013 à 13 01 17 121712
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        La différence théorique réside entre le naturel et l’artificiel.

        Ce qui vient de la nature opposé à ce qui vient de l’art.

        Mais je crains, et c’est un avis tout personnel, que ce soit une invention de la logique ou de la raison qui a cette habitude très narcissique de se contempler elle-même comme si elle était extraite du tout, ou suprasensible.

        Quand en réalité; la raison est tout autant instrumentalisée que le premier gourdin venu du Néanderthal Suisse ou Sud-Moluquois, même Francilien. 😀

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          12 décembre 2013 à 13 01 26 122612
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          Les animaux aussi communiquent par le biais de réseaux non moléculaires, lire le roman « Demian » de Hermann Hesse, quand il parle de ces papillons qui sentent des femelles à des centaines de kilomètres et sans aucun échange de molécules. Et ils sont l’état de nature. Les réseaux internet ne sont pas plus sophistiqués, ils sont une variante.

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    12 décembre 2013 à 18 06 40 124012
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    @Allan Erwan Berger

    Bienvenue sur notre site, Allan, et félicitations pour votre article. Votre humour est vraiment rafraîchissant.

    Je serais curieuse de connaître les dimensions de l’ancêtre de Lucy, «Ardi», une femelle Ardipithecus ramidus, qui date de 4,4 millions d’années.

    «La civilisation est un processus qui institutionnalise la solidarité, et qui l’affine ; voyez Norbert Elias» : jusqu’à maintenant cette solidarité a répondu à la nécessité de survivre; un pas de plus, et cette solidarité viserait le bien de l’ensemble!

    Carolle Anne Dessureault

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    12 décembre 2013 à 22 10 06 120612
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    J’ai le regret de vous dire qu’Élias était aveugle d’esprit :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Norbert_Elias
    Idées
    Ils portent sur l’histoire de l’autocontrôle de la violence et l’intériorisation des émotions (dans des domaines aussi divers que les manières de table, le sport, la musique, les rapports entre les sexes ou la mort) ainsi que sur les conséquences d’une redéfinition des relations d’interdépendance (dans le rapport au temps, au groupe de référence ou à la situation) qui ouvre à une véritable « révolution copernicienne » en sociologie.

    « Sur le processus de civilisation.
    Ce livre publié en 1939, est paru, dans sa traduction française, en deux volumes : La civilisation des mœurs (1973), et La dynamique de l’occident (1977). Elias y analyse la civilisation occidentale comme le produit d’un processus séculaire de maîtrise des instincts, d’apprivoisement des désirs et de domestication des pulsions humaines les plus profondes. Il considère que l’organisation sociale des cours royales a joué un rôle majeur dans cette lente évolution. »
    ——————————————————————–
    Un vrai représentant de ce qui a formé les Allemands en robots pour la gloire d’Hitler : »processus qui institutionnalise la solidarité, et qui l’affine. »

    Les Allemands des années d’entre les deux guerres étaient tous dans l’état de nature, Élias aussi.

    Voici la preuve en 324 pages, pour un technicien comme vous, facile à télécharger gratuitement. Attention aux bulles qui remonteront de votre marais, pas péjoratif.

    http://www.fichier-pdf.fr/2013/10/08/c-est-pour-ton-bien-alice-miller/

    Salutations.

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      13 décembre 2013 à 11 11 14 121412
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      @ Monsieur Berger,
      J’ajoute :
      « Un courtisan ne peut avoir ni loi, ni volonté de dire et penser que favorablement d’un maître qui parmi tant de milliers d’autres sujets, l’a choisi pour le nourrir et élever à sa main. Cette faveur et utilité corrompent non sans quelque raison sa franchise, et l’éblouissent…
      …Et en toute monarchie, tout gentilhomme doit être dressé à la façon d’un courtisan. »
      Les Essais, Montaigne, livre 1er, chp. XXVI

      @ Jolie Carolle Anne,
      Vous nous aviez présenté Monsieur Berger comme un homme de gauche ? C’est vrai que les Normands ont tenté bien fort de civiliser la Grande Bretagne il y a des siècles, mais le placage n’a pas tenu!

      Tout cela dans la bonne humeur.

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    13 décembre 2013 à 12 12 48 124812
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    @ J-F Belliard : excellent ! C’est de la confrontation des pensées qu’émergent des processus d’affinage. En l’occurrence, vous m’obligez à revenir sur Elias, « aveugle d’esprit », et sur la notion d’état « de nature », que je m’aperçois soudain avoir manipulée sans la définir.

    Premièrement Elias : je ne sais pas s’il est aveugle, car j’en ai moins lu que vous de lui apparemment, cependant je veux bien retenir son idée que la civilisation est un processus. Or, comme tout processus conduit par des humains, il est tâtonnant, et puisque vous me citez l’abominable éducation dénoncée par Alice Miller (que je suis en train de lire et les cheveux m’en tombent), dont il ne faudrait pas s’étonner qu’elle ait produit des Hitler, je réponds qu’elle a produit aussi, au bout du compte, des Miller qui lui font la peau, et c’est tant mieux. De même Montaigne est-il devenu quelqu’un de précieux pour ses contemporains comme pour nous, malgré une éducation des plus étranges non seulement selon nos critères actuels d’humains blancs européens ou québéquois, mais aussi selon les critères de l’époque et du pays. Retenons ainsi que, globalement, le dix-neuvième siècle en Europe et en Allemagne en particulier a produit, au cours d’un processus de civilisation particulièrement tordu, des générations de givrés, de timbrés, de frappadingues qui ont donné à Freud l’occasion de faire connaître la psychanalyse, et à nous de bien ricaner des naiveté du grand homme. Cependant, que je sache, les civilisations en action sur cette planète nous empêchent globalement de nous jeter à la gorge de nos voisins de palier ou d’autobus. Donc, dans ma petite ignorance, je préfère pour l’instant conserver la notion de processus selon Elias, et ne pas tout jeter d’iceluy malgré le portrait que vous en dressez (de même que je ne garde pas tout de Locke, juste quelques chapitres etc).

    Et maintenant, l’état de nature, dans lequel crapoteraient les Allemands de l’entre deux guerres. J’ai un peu sursauté en vous lisant, car je croyais bêtement que nous en étions tous sortis depuis quelques centaines de milliers d’années. Et je vois bien que je n’ai jamais ne serait-ce que caractérisé (je ne dis pas « défini ») cet intéressant état, ce qui ne m’a pas empêché hardiment de le brandir bien haut dans ce billet. C’est l’amour, que voulez-vous.

    Donc je lis Alice Miller, je lis ce qu’on dit d’Elias, et ce soir je descendrai (à jeun) dans les cavernes de Ch’thuurg-l’Impénitent pour consulter l’oracle laissé là-dedans par les Grands Anciens.

    Or, voyez dans quelle confusion je me trouve ! En effet, quelques esprits chtoniens qui rampent derrière les parois me chuchotèrent, pendant ma dernière sieste, que cet état pourrait être celui d’une espèce qui ne s’est pas encore affranchie de son biotope d’origine. Je leur répondis, avec toute la politesse requise lorsqu’on s’adresse à des abominations millénaires, que dans ces conditions les lions, les fourmis, les cloportes ou les moustiques, pour ne rien dire des sauterelles, sont tous et toutes sorti(e)s dudit état bien avant nous. Ah, et j’oubiais les guêpes qui, même lorsqu’elles sont du genre commun et qu’elles préfèrent les bocages et les bords de ruisseaux, n’hésitent pas à grimper jusqu’aux plus hautes arêtes des montagnes pour y emmerder le varapeur en train de déguster un sandwich bien mérité.

    Par conséquent, qu’est-ce que c’est que ce terrible état de nature dont il me semblait que nous étions sortis ? Vous affirmez que les Allemands pré-nazis y barbotaient encore, tout comme monsieur Robinson Crusoe qui régressait dans sa souille dans le roman de Michel Tournier de 67, peut-être avec des visées convergentes. Je vois que si nous en restons à la tentative de caractérisation chuchotée par les rampants qui bavent dans les murs de mon manoir, alors soit personne n’en est sorti, soit c’est presque tout le monde. Si nous décidons de le caractériser par la conquête du temps long (planification, investissement, contrôle) sur le temps court imposé par la nature (rythmes diurnes et saisonniers, floraisons, fructifications, mises bas, réactivité), alors toutes les espèces qui pratiquent l’élevage et l’agriculture sont sorties de l’état de nature. Moi ça ne me dérange pas mais je remarque alors que les humains étaient sortis d’Afrique bien avant de faire de l’agriculture. Et qu’en est-il de mon bel édifice, dans ces conditions ? Je vais passer pour un couillon. Que vais-je dire à Etch qui croit m’avoir cloué le bec avec sa réponse ?

    Il se pourrait bien, finalement, que l’état de nature soit un fantôme. Qu’en pensez-vous, toutes et tous qui passez par ici ? Quelle question devrai-je poser à l’oracle ? Quels mots devrai-je employer ?

    En tout cas, monsieur Belliard, je vous retiens. Grrr ! Si les monstres sous l’autel, avant de me suçoter le moral, me demandent cette nuit qui m’a mis ces idées dans la tête, je donnerai votre nom, et vous vous débrouillerez avec leurs émissaires.

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      13 décembre 2013 à 13 01 00 120012
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      Si l’état de nature est un fantôme, c’est qu’il n’est qu’un seul état, le nôtre depuis les origines incluant toutes formes de vies concurrentes et alliées, selon les moments, faut pas rêver.
      C’est donc que l’état de nature est le seul qui soit et qu’il s’est développé jusqu’à se nier lui-même. C’est exactement ce qui est arrivé, comme un péquenot s’endimanche pour sortir en ville et qu’il se fait passer pour un marquis d’avant-hier, et que personne ne le croit mais tous feignent de ne pas le savoir. C’est la culture !

      Ou l’état de nature qui veut se gommer pour dégommer l’autre.

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        13 décembre 2013 à 13 01 13 121312
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        Précisez, Demian, je vous prie. Vous nous sortez d’un seul coup le mot « culture », dont les apparences sont si séduisantes qu’on aurait très envie de s’en servir pour tout débrouiller. Je remarque toutefois que la culture n’est pas un objet propre à l’espèce humaine, puisque bien des tribus de macaques témoignent qu’ils en ont de très particulières, et bien marquées, inratables en somme : certains groupes lavant leurs fruits dans l’eau des ruisseaux, tandis que d’autres, qui vivent dans la vallée voisine, ne jurent que par l’eau de mer, et tiennent l’eau douce pour une abomination en matière de préparation des aliments.

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          13 décembre 2013 à 13 01 23 122312
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          La culture c’est quand un macaque traite le macaque d’en face de macaque. On ne saurait être plus clair et exhaustif. 😀

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            13 décembre 2013 à 13 01 26 122612
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            Si une banane pouvait traiter une banane de son voisinage de banane, elle serait cultivée. 😀

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      13 décembre 2013 à 14 02 12 121212
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      @Allan Erwan Berger
      Pour la nuit prochaine ce sera bien fait pour vous, car la nuit dernière ceux de votre texte m’ont hanté. J’en veux pour preuve l’ajout de ce matin que les mots de Montaigne traduisent civilement ma pensée.

      Je pense que l’état de nature des humains n’est pas encore atteint, sauf de rares exceptions, les buffles sont un exemple à imiter. Alice Miller s’est réalisée douloureusement envers et contre TOUS.

      « Seul les poissons morts suivent le courant. »

      Des plus compétents que moi sur ce site pourront le confirmer, votre style est très plaisant.

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    13 décembre 2013 à 14 02 26 122612
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     ». Cependant, que je sache, les civilisations en action sur cette planète nous empêchent globalement de nous jeter à la gorge de nos voisins de palier ou d’autobus. »

    Y’aurait plusieurs thèmes a développer autour de cette phrases, en apparence simple. Ces civilisations en action, comme vous dites, sont souvent occupées a ce sauter a la gorge l’une et l’autre, pour ne pas dire tout le temps.

    Provoquez une panne d’électricité généralisée et vous verrez des gens tout a fait ‘civilisés’ se transformez en autre chose.

    Creez une raretée de denrées et vous constaterez que ceux qui sont restés civilisés lors de la panne, vont eux aussi se transformer en autre chose.

    Ce serait donc l’organisation autour de la satisfaction des besoins primaires de chacun que s’organise les dites civilisations et l’état de nature dont il est question, restera toujours enfouie au plus profond, comme gardé en cage par les lois et les conséquences désagréables que les enfreindres risque de provoquer.

    Cette phrase du début de mon commentaire, pourrait aussi nous amener a une réflexion sur les classes qui constitu ces société et même en être le principal déterminant en fonction de `la capacité d’une catégorie de personne d’organiser sa survie et donc de restreindre son besoin pressant, de se procurer l’essentiel a sa survie en fesant appel a ses instinc animal.
    Bref une simple phrase, en apparence, seulement.

    – »« Imaginez que nous sommes, de tous les Vertébrés supérieurs, ceux qui ont été le plus dépourvus de tout : nous n’avons pas de crocs mais des quenottes, nous n’avons pas de griffes mais des ongles, nous ne possédons ni dards ni cornes ni carapace, ni venin, ni ailes, ni queue fouettante, ni fourrure ni vibrisses ni rien. »

    Ces que nous avions des muscles de fer et des nerfs d’aciers, nous chassions en meutes, par nécessitées et surement que le plus fort se servait en premier, d’où la hierarchie.

    Je crois que l’homme ‘ sort de sa nature’…le jour ou il meurt !

    bonne journée

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      13 décembre 2013 à 15 03 20 122012
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      « Provoquez une panne d’électricité généralisée et vous verrez des gens tout a fait ‘civilisés’ se transformez en autre chose.

      « Creez une raretée de denrées et vous constaterez que ceux qui sont restés civilisés lors de la panne, vont eux aussi se transformer en autre chose. »

      Sans panne et sans rareté de denrées nous vivons sous « en autre chose » alors?

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        14 décembre 2013 à 2 02 08 120812
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        Même en y mettant 2hrs, je ne saurais vous répondre mieux et de facon aussi explicite que D.G , juste en dessous .

        Bonne journée

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    13 décembre 2013 à 14 02 50 125012
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    Un texte qui ouvre de gigantesques perspectives. Merci M. Berger

    Lorsque la loi ne s’autorise que par la force, quelle différence entre l’État de nature et la soumission à cette loi?

    Le principal problème de l’état de nature, pour Locke, provient de la propriété privée.

    C’est pourquoi, dans toutes ces théories de fonctionnement de la Cité, on discute rarement de la « notion de propriété » autant de gauche que de droite. Étonnant non?
    On reproduira les mêmes paradigmes voulus par les cupides, avides de pouvoir et de jeux, la même merde qu’on nous fera avaler cette fois avec une cuillère d’argent i.e. mieux présentée en une réthorique des sentiments(et la cuillère n’appartiendra qu’aux mêmes), tant et aussi longtemps que cette notion de droit ne sera pas réformée.

    La mondialisation libérale a généré une société profondément inégalitaire et communautariste que les formules creuses du « vivre-ensemble » ne parviennent plus à cacher.

    Nous sommes en pleine crise des valeurs.
    Quand la valeur sociale de « sécurité » économique subordonne celle de la valeur des valeurs qu’est la « Vie », c’est que nous sommes en pleine décadence. Toute forme de « solidarité », une autre valeur sociale, est présentement sous le courroux de sa destruction au profit d’une seule; la « loi » d’un infime minorité et imposée par la force. La lutte de chacun pour sa survie met incessamment en danger la vie de tous.

    DG

    p.s intéressant commentaire de peephole sur les besoin primaires et le fondement des « valeurs vitales ».

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      13 décembre 2013 à 15 03 49 124912
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      Ce matin, je me promenais et j’ai entendu, provenant d’une source indéterminée mais tranchante comme le marteau pilon du grand Voreux, une chanson métal d’un mec très énervé qui crachait toutes ses glandes pulmonaires jusqu’au falzar dans ces termes : « La propriété c’est du vol ! »
      Là je me suis senti inquiété tout d’un coup, et je me suis dit « …et alors si j’ai envie de voler ce qui m’appartient, de quel droit ce type voudrait me le reprocher ? » et là j’ai compris le piège des Sargasses. Puisqu’il était chanteur et diffusé par les radios libres puisque sans images, c’est qu’il en faisait l’apologie de la propriété et pas la dénonciation coutumière.

      Et je me suis dit que je vivais dans une époque formidable, et que si je rencontrais Locke je serais un neuf Leibniz moi-même, et tous emperruqués comme Lagerfeld, parce que je nageais dans le meilleur des mondes possibles, celui où la démocratie repose sur le seul vol autorisé : la propriété privée mais pas de voix ! 😀

      Et puis après Aldous Huxley on a le droit de tout dire sans paraître de la scifi.

      • avatar
        13 décembre 2013 à 16 04 05 120512
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        Hors sujet,

        Saviez-vous qu’Alice Miller avait pu consulter le journal de la mère de Herman Hesse, l’auteur de DEMIAN ?

        Le petit Herman était si frondeur que se parents songeaient à le confier à une école de réforme…

        Et bien d’autres chose, sur Éve par exemple.

        Croyez-vous à la réincarnation « Demian » ?

        Salutations.

        • avatar
          13 décembre 2013 à 16 04 28 122812
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          Intéressantes informations. Merci.

          La réincarnation est une possibilité comme toutes les autres. En plus, elle est plaisante et agréable.

          Mais, ça fiche la trouille de revenir dans le monde du futur sur ce grand pied de ruine qu’est devenu notre civilisation perdue. (vous savez ces titres ronflants des éditions populaires des seventies « les civilisations perdues » et qu’elles faisaient rêver…)

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            13 décembre 2013 à 16 04 34 123412
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            Pour répondre plus directement, la réincarnation est certaine, puisque les possibilités de recomposition de toutes les molécules d’une personne, après sa disparition et au cours des éons qui suivent sa mort, sont quasi certaines en un autre lieu et un autre temps, voire plusieurs. Avec ou sans théorie des quantas, c’est tout dire des possibilités infinies…

            Comme disait Shakespeare dans « Hamlet » : « Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horatio, qu’il n’en est rêvé dans votre philosophie. »

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            13 décembre 2013 à 17 05 31 123112
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            Ça c’est intéressant.

            Et si le fait pour un artiste de créer un personnage de roman créait effectivement une âme qui viendrait jouer la vie du personnage du roman ?

            L’hémisphère droit en premier, OK

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      13 décembre 2013 à 20 08 21 122112
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      @Demian 🙂

      La voix des mouettes sur le pont publique d’Alma qui a fait fuir le grenadier le chasseur et l’artilleur. Le zouave, lui, supporte encore l’intimité violée de sa propriété qu’il croit toujours privée face à la flamme de la liberté.

      DG

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    13 décembre 2013 à 15 03 32 123212
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    Bon… va falloir digérer tout ça. Prochain round jeudi 19.
    Là, j’ai le cerveau quin picote !

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      13 décembre 2013 à 15 03 57 125712
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      Et moi je vais arpenter votre immense « bergerie ».

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        13 décembre 2013 à 16 04 35 123512
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        Heu… ce ne sont que des balbutiements, pour la plupart. Des bêlements, dont je commence à penser qu’il me faudra les exposer ici dans un ordre bien précis, introduits par les résultats des gamberges réalisées in septiflui utero (latin de cuisine). Bon sang, vous autres les commentateurs de ce faisceau de blogues, vous êtes des teignes ! Moi qui m’ennuyais du niveau sur Mediapart ou Arrêt sur Images, j’ai l’impression d’avoir intégré une classe prépa. Hâ, ça décrasse ! Comment, d’un cervelas, faire un cerveau.

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        14 décembre 2013 à 10 10 26 122612
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        Tiens, je ne connaissais pas cette séquence. J’en ai raconté une autre… Faut croire que les buffles sont des grosses teignes.

        • avatar
          14 décembre 2013 à 10 10 47 124712
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          Darwin n’a jamais dit que l’homme descendait du singe, c’est l’opinion victorienne choquée qui en a fait cette interprétation grandiloquente et caricaturale, Darwin a dit que l’homme et le singe avaient un ancêtre commun, ce qui ne veut pas forcément dire la même chose. Là c’est le buffle qui l’a encore rappelé dans ses termes cornus et même magistraux. Et c’est fou comme on plaint vite un lion qui est balayé comme un fétu de paille…

          Montaigne disait que les animaux n’ont pas de parole, parce qu’ils n’ont pas besoin de parler, puisqu’ils communiquent par des biais qui leurs conviennent assez. S’ils avaient des problèmes de communication, ça se saurait quand même…

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            14 décembre 2013 à 11 11 03 120312
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            D’un point de vue philosophiquement fondateur, le seul acte qui serait une sortie de l’état de nature, c’est lorsque l’homme pense puis déclare qu’il n’est pas de la nature.

            Ca ! aucun autre animal ne l’a fait et ne peut le faire. Donc, le seul fait de pouvoir présupposer qu’il y a nature et non-nature est une spécificité humaine et exprimée. Elle est la raison de tout l’art, de toute la science etc. Elle a pour origine naturelle, ce sens de l’altérité dans l’animal qui sent l’autre : la nature et le prédateur comme un danger.

            Cette sortie de la nature est donc un acte comme un manifeste créateur de ce qu’il exprime sur l’instant. C’est une création qui ne préexistait pas. Hormis sur d’autres planètes où d’autres consciences ou formes réflexives inconnues ont probablement exprimé le même bond tout au long des éons de l’univers multiverse.

  • Ping :Humanité et solidarité | Les 7 du Québec

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    21 décembre 2013 à 10 10 15 121512
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    Le 20 décembre 2013 à 14 h 27 min, Le Gaïagénaire a dit :
    La femme-objet, la femme-soumise, mais voyons Serge, ce n’est qu’une apparence. C’est la nature qui confond le mâle pour la reproduction.

    La reproduction c’est la finalité, les modes, les religions, les personnalités, les lois ce sont des détails pour la reproduction. Tout est traquenard, subterfuge, arnaque dans un seul et unique but : la reproduction.

    Mais la reproduction de quoi ?

    La reproduction de l’ADN mitochondrial de souche matriarcale. Chaque cellule vivante est parasitée par la mitochondrie. Et l’énergie de chaque cellule dépend de la mitochondrie. Cet ADN connait tout : passé, présent et avenir.

    Les êtres vivants sont des véhicules pour ce passager.

    La seule façon de se soustraire ou de se libérer de cet « état de nature » c’est de briser la chaîne infernale en bloquant par tous les moyens possibles l’esclavage de la reproduction.

    Voili voilou

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