Sous la vieille ville

ALLAN ERWAN BERGER    En attendant que tout le monde soit rentré et en état de lire du sérieux, voici pour les insomniaques, les solitaires, les geeks, les no-life et toutes celles et ceux qui ont encore de l’alcool festif dans le sang, une histoire de catacombes. Elle fera partie d’un recueil à paraître en 2014 ou 2015, quand je le jugerai correctement rempli. Donc je reprendrai mes élucubrations à propos de l’humanité jeudi prochain. Bonne année à tousses.

Berger : Ossements dans une galerie sous un cimetière. (CC BY-SA 3.0)

Esprit coincé dans un corps mâle ou femelle, tu es soumis au regard des autres et à toutes leurs attentes. Si tu es une fille, on exige que tu prennes soin de tes fesses, qui doivent être aussi appétissantes qu’une pêche ; si tu es un garçon, il te faudra poser tes couilles sur la table, et montrer que ce sont des pastèques. Mais les squelettes n’ont plus de sexe. Abandonnés au fond du silence, loin des regards, dans leur nuit humide les squelettes sont sans enjeu ; ce qui fait qu’ils sont vertigineusement francs. Aussi, lorsqu’on les rencontre dans l’ombre d’un souterrain, ces grands dénudés te sautent au cœur.

Ville haute

La carrière serpentait sous les rues et les maisons du centre ancien. Ses galeries, disposées la plupart du temps sur deux niveaux, dataient du Moyen-Âge. Le niveau supérieur, le plus proche des caves, était creusé dans le calcaire. La cathédrale sous laquelle nous nous tenions cette nuit-là tirait ainsi ses pierres de quelques vastes salles qui faisaient, sous la nef et ses cryptes, comme un second vaisseau. Quatre-vingt-seize piliers, alignés en quatre rangées, y montaient la garde. Ici aussi avait été rendu un culte : une figure dans la roche présentait un jeune homme souriant, les mains pleines de flammes.

Dans le niveau inférieur, creusé dans les sables, on pataugeait dans l’eau de la nappe phréatique, les pieds dans l’argile noire parsemée de dents de requins tombées des parois. Venus des maisons du vieux quartier, quelques longs tuyaux de bric et de broc amenaient jusqu’ici des reflux domestiques, en cascades malodorantes que la municipalité affectait d’ignorer. Pour passer d’un niveau à l’autre, il fallait emprunter des puits aux échelles en bois vieilles de soixante ans.

« On peut ainsi traverser toute la ville. Mais ce soir, je vous propose la visite d’une chambre secrète de marchand, au-delà du cimetière. Avez-vous pensé à rendre son trousseau de clés au bedeau ? » L’individu qui nous parlait, grand échalas au nez pensif, avait ses entrées et sorties dans toutes les caves et les églises du secteur. Oui, le trousseau avait été rendu. Plus tôt dans la journée, nous avions exploré tous les recoins de la cathédrale, depuis sa “forêt”, qui est la charpente étalée au-dessus de la fine peau tendue des voûtes – dont les clés percées offrent une vue terriblement indiscrète sur les fidèles alignés quarante mètres plus bas – jusqu’aux plate-formes sommitales des tours, auxquelles on accède par de grêles escaliers à vis qui tournicotent dans des cages à serins ouvertes à tous les vents, à tous les vides, à tous les vertiges. On monte là-haut en rampant, le regard vissé sur les nuages qui sont juste derrière la marche suivante ; on en redescend sur les fesses, et tandis qu’on tremble à l’idée que quelque chose se déchausse et tombe, on voit entre ses cuisses des gens, tout en bas, qui font fourmis sur le parvis minuscule. Le bedeau là-dedans avait virevolté tandis que nous avancions en crabe le long des corniches, au milieu des envols assourdissants des pigeons. Le terrien de base égaré en ces chemins pour chats n’y fait certes pas le fier. Pas de pastèques à exhiber, mais le vent à combattre aux angles extérieurs des tours.

Revenus au sol, et aussitôt engouffrés dans un cellier souterrain garni de bonnes parois bien rassurantes, nous avions poussé de longs râles de soulagement. Notre bedeau, hilare, après nous avoir enfermés derrière une lourde porte en acier, nous avait chuchoté, à travers un guichet aménagé dans la muraille : « Écoutez bien, les enfants ! Vous descendez septante-cinq marches, vous tournez à gauche, à droite et puis encore à droite. Au second pilier vous verrez le dessin d’une diavole au-dessus d’une entrée de galerie. Votre guide viendra de par là. Adieu ! J’espère que vos photos seront belles ! Adieu ! »

Une diavole est par ici un petit diable. Après nous avoir trouvés, notre guide – employé aux Archives municipales dans la journée, arpenteur de catacombes la nuit venue – d’un air important nous désigna les lointains d’un vaste couloir encombré de tas de terre : « Après vous ! » Puis il changea d’avis, et passa devant tout le monde en rajustant son bonnet à pompon rouge – le pompon, dans les souterrains, frotte contre le plafond quand celui-ci est bas ; en s’agitant sous les aspérités, il vous avertit d’avoir à baisser la tête ; la couleur rouge sert quant à elle à le repérer plus rapidement lorsque, après qu’il ait bien raclé pendant des kilomètres, le petit pompon exténué s’arrache et tombe dans la boue.

Le vieux cimetière

Une demie heure plus tard, abandonnant les salles et les hauts couloirs dans lesquels nous avions jusqu’alors circulé, nous empruntâmes une rampe étroite qui grimpait dans un étage annexe où avait été exploitée jusqu’à la Révolution une roche beaucoup plus dure, au grain fin, que partout en pays de calcaire lutétien on nomme typiquement le “Banc Franc”. À l’époque où ces ateliers fonctionnaient, fournissant de la pierre pour les demeures bourgeoises et les parapets des ponts de la région, s’étendaient en surface des terrains vagues qui séparaient alors le bourg de ses fortifications. On y menait paître les moutons, on y faisait des manœuvres, on y enterrait la population.

Notre parcours souterrain faisait par ici une boucle, obligatoire pour contourner des maçonneries récentes, qui nous faisait passer sous l’ancien cimetière avant de nous ramener vers un très vieux secteur niché contre les murailles du nord, près de l’Ostium Flanderensis, qui ouvre sur la vaste plaine de Thiérache. C’était là que jadis s’alignaient les maisons des marchands, hautes, étroites et profondes, chacune surmontée d’un entrepôt aux parois ajourées pour laisser circuler l’air. On mettait ainsi les grains, les épices et les textiles sous les toits ; dessous venait l’habitation du marchand, sur un ou deux niveaux ; au rez-de-chaussée se trouvaient l’officine et ses bureaux ; au sous-sol s’entassaient d’autres marchandises nécessitant le frais de l’ombre. Dans un second sous-sol, auquel on accédait par une trappe cachée, il y avait systématiquement une salle, ornée de colonnettes, qui menait par divers escaliers jusqu’aux carrières, où l’on se réfugiait aux jours d’invasion.

Mais il y a eu parfois, entre cette dernière salle et le premier niveau des carrières, encore une pièce, creusée dans les marnes et les caillasses ; et cette pièce était jadis tellement secrète que, dans la maison, seul le maître avait connaissance de son emplacement et du chemin pour s’y rendre : la chambre secrète de marchand, très rare puisqu’on n’en compte que six pour toute la ville. On y trouve gravés des symboles, des insignes aujourd’hui incompréhensibles ; de riches stalles ornementées y sont creusées dans la roche, des restes de tables achèvent d’y pourrir, des traces de couleurs sur les parois attestent que ces lieux étaient jadis peints ; mais à quoi tout cela pouvait-il bien servir ?

À cet instant, notre guide s’arrêta et nous regarda : « Je vous préviens, maintenant il va nous falloir ramper dans quelque chose de singulier. » Il dirigea le faisceau de sa torche vers le fond : un enchevêtrement de branchages crayeux faisait terril à la base d’un ancien puits d’aérage, et obstruait presque entièrement la galerie. Seule une mince tranchée collée contre la paroi de gauche permettait de franchir l’obstacle. « Ce sont les morts du vieux cimetière. Regardez à vos pieds… » Le sol terreux, bien remué par d’innombrables passages, laissait entrevoir quelques gros nodules bruns qui n’étaient pas des silex. Je reconnus des têtes de fémurs. « Lorsque le secteur a été urbanisé vers 1860, les ouvriers ont vidé le terrain et tout entassé ici. » Ils avaient jeté les ossements dans ce puits dont on devinait l’ouverture au plafond. Personne, sous terre, ne s’était donné la peine de les ranger.

Trois autres trous dans le voisinage servaient ainsi d’ossuaires, qui dégueulaient leurs contenus dans les galeries de la carrière. « Donc, voici une étroiture creusée dans des squelettes. Allez-y un par un, et ne vous frottez pas trop aux ossements car la tranchée est fragile. On la restaure assez fréquemment, mais les tassements dans le puits finissent toujours par la faire plier, et je vous garantis que personne n’aime à rester coincé là-dedans quand ça s’éboule. Alors soyez attentifs. Qui veut commencer ? »

Ici comme à Paris, il y avait donc des catacombes où l’on avait entreposé les morts des cimetières de quartier voués à disparaître. Puis le rouleau compresseur de la spéculation foncière avait tout effacé sous les immeubles de rapport. Je me penchai vers l’entrée du boyau ; il y régnait une odeur étrange. C’est cette même odeur que j’ai retrouvée hier en ouvrant un carton plein d’allumettes, et qui m’a relancé dans ce souvenir : l’odeur pénétrante et inoubliable des ossements, l’odeur du phosphore qu’ils dégagent et qui, dans un milieu clos, finit par tout imprégner. Quand je mets le nez dans ce carton, je ferme les yeux et je vois les branchages du souterrain.

La trémie

Je rampais sur de très vieux os, que la décomposition ramollissait et colorait en marron foncé. D’autres, de couleur miel, avaient meilleure mine, mais c’est qu’ils ne trempaient pas encore dans la terre mouillée du sol ; assemblés en fagots, ils faisaient office de moellons dans la murette bricolée par les visiteurs qui avaient aménagé ces lieux étranges. Les ossements les plus blancs gisaient à l’entrée, sur la surface du cône d’épanchement ; ceux-là étaient d’autant plus clairs qu’une poussière calcaire jamais remuée les recouvrait, grain à grain, petite neige triste tombée du plafond, déposée par le temps lent.

Puis le passage, cessant de longer la paroi rocheuse, s’enfonça résolument au cœur de la trémie, et devint abominablement étroit. Creusé à même les os, étayé de tibias, voûté de côtes, c’était un endroit tellement hors de toute réalité commune qu’il faisait presque rire. La main gauche tendue devant moi, je tâtonnais, la tête chavirée, aveuglé par mon casque qui me retombait sur les yeux. L’autre main allongée contre la cuisse droite, je me tortillais dans ce conduit malcommode, progressant par contractions, comme une larve sans pattes. Mon épaule délogeait de temps à autre un os de la voûte fragile que je ne faisais qu’entrevoir du coin de l’œil ; en fait, ma vision extrêmement réduite ne pouvait que balayer les fagots d’os longs de la paroi de droite, derrière laquelle grouillait un inquiétant fouillis d’où l’esprit extrayait soudain le motif plus régulier d’un crâne dont les orbites, comme de sombres phares, faisaient signaux.

Les colonnes vertébrales, dont beaucoup étaient encore en bon état, ondulaient dans ce paysage immobile, comme des serpents pétrifiés en pleine course ; en les regardant je sentais, juste derrière la peau fragile de la logique, pousser la crainte imprécise de voir soudain toute cette danse figée autour de moi s’animer d’une vie folle et m’emporter. Les jeux de l’ombre sur les os rajoutaient encore à la menace en faisant bouger ce qui ne bougeait plus.

Puis je dus me couler entre les hanches d’un tronc démembré, et ramper sur ses vertèbres. Les os morts saisirent alors entre leurs griffes mes os vifs, frottant, pinçant, prélevant dans ma chair une obole de douleur et y ouvrant en retour la voie d’une intimité profonde, totale, avec les esprits qui jadis avaient habité ces restes au milieu desquels je rampais.

Je dus en outre me vider de tout mon air pour franchir, dans ce corps abandonné, cette étroiture dans l’étroiture : le bassin. C’est alors qu’il faut savoir se concentrer sur sa respiration, et calmement ralentir son cœur, sans quoi l’on étouffe en pleine panique. Chacun d’entre nous, en franchissant ce passage, fut donc seul comme devant le Sphinx.

Après la trémie

« Ferme pas, Chérie, j’arrive ! » déclama le guide en se présentant, à son tour, aux hanches du squelette. Cette fanfaronnade, que la tradition commandait de réciter avec entrain, sonnait faux : on voyait là-dessous s’agiter un désir de refouler l’aveu possible d’une fragilité. C’était en fait laisser à cette dernière toute la place, et les coudées franches, car si nommer un démon l’affaiblit, refuser d’admettre sa force sur soi revient à lui donner les clefs du château, avec toute licence d’y galoper. De piètres blagues ne le repoussent pas.

De l’autre côté, allongé sur le sol jonché d’os éparpillés, dans l’impossibilité de seulement m’accroupir car ici le plafond était très bas, je regardais à travers la trémie fantastique darder les rayons des lampes de mes compagnons qui rampaient encore parmi les morts. Les lumières projetaient sur les parois des ombres beaucoup trop suggestives pour qu’on y reste insensible : des danses macabres désarticulées, des implorations décharnées, des rires inextinguibles. Puis le guide apparut, le visage sérieux, poussant devant lui une moraine de débris qu’il avait arrachés au passage pour l’élargir et le rendre, peu à peu, moins pénible.

« Devrons-nous revenir ici tout à l’heure ? demandai-je.

— Pas tout à fait. Nous sortirons par un puits du cimetière, que nous avons vidé il y a quelques années. Il donne aujourd’hui dans une cave dont je possède la clé.

— Qu’avez-vous fait des squelettes qu’il contenait ?

— On les a entassés dans la cave, tout simplement… Le proprio était d’accord. Du coup il fait visiter, parfois. Il s’est même fabriqué un trône en os, ce fou ! »

Vous voyez, sous les villes on navigue à travers tant de choses refoulées qu’on y devient d’une tolérance parfaite avec les excentricités des humains rencontrés ensuite en surface. Les paroles et les actes de tel esprit déraillant dans son monde retourné comme une chaussette, le dedans dehors, ressemblent tellement aux fariboles qui nous assaillent tandis que nous allons sous terre, qu’il n’est plus question d’avoir peur d’une phrase ou d’un regard. Nos gestes, du coup, en deviennent intuitivement plus exacts lorsque par hasard il convient de négocier quelque chose avec un éméché ou un perdu : nous devinons où il est, nous connaissons ce qu’il voit, nous pouvons parler avec ses mots.

La chambre secrète du marchand

Je ne vous dirai pas comment nous avons accédé à cet endroit, car c’est un secret, bien entendu. Son sol, en calcaire, sert de plafond à la carrière qui s’étend par-dessous. Nous avons soulevé une dalle, nous nous sommes hissés dans la salle obscure, nous avons posé nos sacs et sorti des lampes à pétrole, nous avons mis le feu aux manchons, et la lumière vive a jailli.

C’était comme si j’avais pénétré dans un tombeau d’Égypte ; non pas dans celui d’un roi, car la décoration y aurait été d’un caractère tout institutionnel, mais dans celui d’un noble. En effet jadis là-bas les nobles s’enterraient dans des pièces qui les racontaient, ou racontaient leurs passions : une semaine de chasse dans le delta, le buisson de la vigne féconde, des danseuses… Ici, la lumière éclaboussa un géant mal casqué, au front ceint d’un pansement qui lui couvrait les yeux. C’était le personnage principal d’un bas-relief. Le géant aveugle était armé d’un énorme marteau de guerre ; à son côté, un petit bonhomme fluet semblait lui donner des conseils.

« Lorsque Jean Coley le Hutois perdit la vue à la bataille contre ceux de Louvain, il continua à combattre, sous les indications de ses gens. Il maniait un terrible maillet avec lequel, si personne ne l’avait guidé, il aurait fait bien des dégâts dans ses propres troupes, en frappant sans rien voir. Ce fut là, du reste, son dernier engagement. » Notre guide nous amena devant un autre panneau : « Regardez-le qui mouline de sa grosse ferraille dans les armures des ennemis ! Ses écuyers se tiennent en retrait et lui crient quoi faire : maître, frappez à dextre ! maître, à senestre balayez tout ! Et Coley, hercule aveugle guidé par les deux voix, frappe et balaie dans la mêlée des ennemis… Et voyez sur ce panneau-ci : on voit qu’il a fait le vide, le gaillard ! Ce noble là-haut qui fait la tête en regardant Coley jouer du maillet, c’est le comte de Louvain, contre qui on se bat. » Coley devint célèbre. En son honneur on donna son surnom à un jeu fort pratiqué à l’époque, jeu où il s’agissait de savoir courir les yeux bandés, et c’est le fameux Colin-maillard d’aujourd’hui.

Que faisait ce géant si bas sous terre ? Qu’était-il chargé d’exprimer le long de ces murs secrets ? Était-il ici l’ancêtre dont se réclamait le marchand ? Jean Coley avait été anobli ; belle occasion, pour toutes les filles qu’il avait pu trousser, de revendiquer alors pour leurs enfants sans grade un père au nom éclatant, auquel la descendance pourrait rêver sans rien devoir à personne.

Jean Coley, dit “Colin”, était à l’honneur sur les quatre parois de la salle, en quatre paires de bas-reliefs qu’encadraient des pilastres d’angle. Ceux-ci s’en allaient tout là-haut soutenir les deux berceaux croisés d’une voûte.

Les deux premiers de ces tableaux, celui où Coley recevait la blessure et celui où il s’impatientait tandis qu’on le soignait, faisaient la décoration du tablier d’une cheminée monumentale, dont le conduit, toujours ouvert, allait se perdre sur les toits de la maison, au milieu des autres souches. Une vague lueur d’aube descendait par ce trou, et s’écoulait sur le sol jusqu’à une massive table en forme de sarcophage, sans pieds, ornée aux angles de figures léonines très abîmées. D’innombrables traces de bougies la souillaient.

Deux bancs de pierre flanquaient ce meuble increvable. Notre guide s’installa et nous invita à déballer le pique-nique. Lui-même commença par sortir une bouteille.

Les trois crânes

Ils étaient alignés au fond de l’âtre, et nous regardaient festoyer. Sans rien dire, le guide était allé mettre de petites bougies plates dans leurs caboches, et les orifices diffusaient maintenant une lumière chaude. Deux autres bougies placées de part et d’autre du trio macabre éclairaient un singulier assemblage : quelqu’un, nul ne sait plus qui, avait modelé à la glaise des petits bras et de petites mains, de façon à former avec les crânes une imitation des Trois petits singes, dont l’un se bouche les oreilles, le suivant la bouche, et le dernier, en vrai Colin, les yeux.

« À qui n’entend rien, ne dit rien et ne voit rien, il n’arrivera rien du tout : telle est la sagesse que, selon toute apparence, le plaisant inconnu a voulu transmettre. Vous autres, qui arpentez cette nuit des lieux sans existence déclarée, cela vous indiquera peut-être qu’il faut se taire sur ce que vous aurez vu ici. Mais si vous deviez en dire malgré tout quelque chose, tenez secret, je vous prie, au moins le nom de notre ville. »

Dans les conduits qui serpentent sous les vieilles rues des cités anciennes s’entassent tant de faits inexprimables, tant de sujets qu’il ne convient pas de mettre en phrases dans les lieux éclairés par le jour ! Dans le silence des galeries cavalcadent d’étranges carnavals, qu’on ne peut toucher, dont les langues ne sont pas enregistrées dans les livres bienséants, mais qui pourtant vous modèlent avec puissance. Acceptez-les comme on accepte le vent qui passe, ou tirez-vous au café brailler devant la télévision.


Toutes les images sont de Berger, et sont publiées sous licence creativeCommons
CC BY-SA 3.0

 

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Allan Erwan Berger

Le grand point est d'avoir l'oeil sur tout.

Une pensée sur “Sous la vieille ville

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    2 janvier 2014 à 20 08 34 01341
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    Je salue une texte intéressant, envoûtant même, et tout le talent de son auteur. Ca se prend comme un cadeau et ça ne se discute évidemment pas. Ce sera un tour de force pour ce site de réussir à faire se côtoyer des textes dont la haute qualité littéraire sera la première raison d’être et ceux dont le message politique ou social restera sans doute essentiellement en mode polémique. Un grand défi de concilier ces cientèles. Mes meilleurs voeux vous accompagne.

    Pierre JC

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