Survie de l’espèce : le Grand Tournant selon Paul Jorion

En français, le "crépuscule" désigne autant la tombée des ténèbres que la levée du soleil
En français, le “crépuscule” désigne autant la tombée des ténèbres que la levée du soleil

LE YETI :

Seules les autruches persistent à nier que notre civilisation arrive aujourd’hui à un Grand Tournant. Mais, se demande Paul Jorion, l’humanité saura-t-elle relever ce Grand Défi ?

Le constat est que l’humanité est plutôt mal engagée pour relever le grand défi du Grand Tournant. D’abord, dit Paul Jorion, « parce que la complexité des systèmes que nous avons mis au point les a rendus extrêmement fragiles » (Paul Jorion cite en exemple les dérives du système financier) et que l’idéologie néolibérale — « le fascisme en col blanc » — a mis suffisamment de “cliquets” pour empêcher tout retour en arrière (l’Union européenne, par exemple).

Parce qu’enfin, dans notre incommensurable folie, nous nous sommes mis en tête de nous remplacer nous-mêmes par des machines, précipitant notre fin comme nous avons précipité la disparition de la moitié des animaux sauvages en 40 ans.

Face au gigantisme délirant du système, la Nature tend à réagir par répulsion, en le morcelant et, soyons clair, en remettant l’arrogant petit être humain à sa place.

Nous sommes, dit Paul Jorion, « dans une situation de type de “disparition de l’empire romain” ». Mais les temps ont changé, l’époque est devenue nucléaire, ce qui la rend autrement plus dangereuse. Deux parlementaires ne viennent-ils pas de déclarer dans un rapport que la fermeture d’une centrale à bout de souffle comme Fessenheim est impossible parce que « trop coûteuse » ? Un “cliquet” de plus.

Prédiction crépusculaire ou provocation salutaire ?

Encadre_Grand_Tournant.pngEn insinuant que « nous serons probablement absents de la phase II » du grand défi, le titre de la chronique-vidéo de Paul Jorion « fout les boules », pour reprendre les termes d’un commentateur. Deux raisons laissent pourtant à penser qu’il s’agit probablement plus d’une provocation salutaire de l’auteur que d’une prédiction crépusculaire :

  • qui a fréquenté un peu Paul Jorion sait qu’il est plutôt allergique au fatalisme facile, que tous ses travaux montrent au contraire sa frénésie de proposer des solutions ;
  • l’instinct de survie de l’espèce INTERDIT de toute façon à tout être humain de céder à ce genre de résignation (tant qu’il n’est pas encore mort ou suicidé).

Mais peut-être Paul Jorion connaît-il la parabole de Noé telle que la raconta en son temps le philosophe autrichien Günther Anders (cf. encadré) ?

Le “terrorisme” de survie

Dans cette bien périlleuse situation, que reste-t-il à l’humanité comme échappatoire à sa disparition ?

Dans son billet, à l’appui de sa démonstration, Paul Jorion donne une autre nouvelle d’importance : les manifestations de masse à Hong Kong en faveur de la démocratie et la réaction des autorités chinoises. (Mais l’on pourrait tout autant parler d’un pays européen comme l’Espagne entendant interdire à une partie de sa population — catalane — de se déterminer par référendum.) Les manifestants, assène un dirigeant chinois, ne sont qu’un ramassis d’« extrémistes politiques ».

Dans son agonie, le système désignera toujours comme “terroriste” quiconque voudra mettre fin à l’acharnement thérapeutique par lequel il survit. Et amalgamera toute révolte à son encontre au terrorisme mortifère de dingues islamistes qu’il a lui-même contribué, par son inconséquence et sa sournoiserie, à mettre en piste.

Pourtant, qui aujourd’hui niera que la survie de l’espèce passera par la disparition d’un système devenu fou ? Qui pense encore que le salut tient à une réforme de la machine infernale, à une régulation de banques mafieuses, à la reprise miraculeuse d’une croissance dévastatrice, au retour inespéré à un plein-emploi disparu depuis plus de trente ans ?…

Allons-nous donc, pour le salut de l’espèce, être contraints de devenir les “terroristes” de survie face à un système néolibéral morbide et suicidaire ? Poser la question, c’est y répondre.

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