Syrie : le suicide moral des socialistes français selon Chokri Ben Fradj

 LE YETI :

Analyse impitoyable du comportement des socialistes français dans l’affaire syrienne par l’historien tunisien Chokri Ben Fradj sur le site Les-Crises.fr. Enfin “socialistes”, c’est vite dit, écrit-il en substance, puisque les héritiers de Jaurès ont depuis longtemps troqué ce terme par « un sentimentalisme moralisateur et béat » et un alignement total sur les thèses du camp néolibéral.

Constat certes flagrant depuis bien longtemps, mais que vient renforcer une attitude belliqueuse disproportionnée dans le drame syrien. La France, dit Ben Fradj, qui devrait se rappeler qu’elle exerça longtemps un mandat colonialiste sanglant sur le pays qu’elle prétend aujourd’hui sauver, a une vision étroite de la Syrie actuelle.

Un régime certes dur, non démocratique, mais pas plus sinon moins que certains autres pays de la région (Qatar, Arabie saoudite), avec des avancées non négligeables tant au niveau économique (autosuffisance alimentaire) que social (niveau d’éducation, santé, statut des femmes), sans même oublier le domaine des libertés religieuses garanties par l’État.

Lorsqu’en mars 2011 éclata le mouvement de contestation populaire syrien, le gouvernement français d’alors, soutenu par les dirigeants PS, aurait mieux fait d’offrir sans attendre sa médiation entre les parties, chose, prétend Ben Fradj, que Bachar el-Assad aurait probablement accepté alors.

Les outrances « honteuses » du ministre Fabius

Mais dans la lignée de Nicolas Sarkozy, François Hollande, « très mal conseillé par Laurent Fabius », fit le choix du pire :

« Il privilégia, en effet, la voie consistant à attiser le conflit en jetant délibérément et systématiquement, de l’huile sur le feu d’un brasier qu’il fera, depuis, tout pour entretenir comme si la Syrie et son peuple étaient, à ses yeux, un terrain d’expérimentation au profit d’un projet inavouable à savoir, et plus particulièrement, la tentative d’élimination du dernier régime arabe réellement hostile à Israël. »

Résultat de ce choix irresponsable, le régime français favorisa l’émergence parmi les forces rebelles de ses mouvances islamistes les plus extrémistes, « notamment le courant représenté par la branche syrienne des frères musulmans », dont les exactions meurtrières et la sauvagerie ne sont hélas plus à prouver.

Pire encore, avec la participation active d’une cour médiatique au sommet de la servilité, le gouvernement français en rajouta en diabolisant systématiquement le président syrien, allant même jusqu’à l’outrance la plus « honteuse » qui soit, selon Ben Fradj, par la voix de son ministre Fabius déclarant Bachar el-Assad  « indigne d’être sur terre ».

Le boycott troublant des composantes progressistes syriennes

À ces dérapages surprenants de la part d’un responsable politique, est venue se rajouter la potion amère du ridicule et de l’inconséquence. Comme ce soutien officiel en novembre 2012 à « un fantomatique gouvernement syrien en exil qui ne vit jamais le jour » et dont la plupart des membres, comme son chef éphémère Ismail Hitto, ne vivaient même pas en Syrie et travaillaient jusqu’alors au sein des multinationales américaines.

« Ce faisant (et ceci est lourd de signification et de conséquences), les dirigeants français furent amenés à boycotter radicalement (non pas par ignorance, mais en toute connaissance de cause) les composantes progressistes, laïques et libérales, pourtant présentes en France depuis longtemps autant qu’en Syrie. »

La conclusion de Chokri Ben Fradj devant ce naufrage de la raison, de l’intelligence et de la morale réunies est sans appel pour nos “socialistes”. Elle hésite entre l’accablement devant la bêtise, l’indignation face à l’ignorance feinte, la colère devant l’indignité et l’intéressement géostratégique si mal dissimulé, ayant de plus en plus à voir avec un « gangstérisme international ».

« Il est, à vrai dire, bien difficile, de trouver pareil exemple d’acharnement et pareille persévérance sur le terrain des errements et des dérives invraisemblables dans l’histoire de la politique étrangère et de la diplomatie françaises, depuis la fin du second conflit mondial. C’est, tout simplement consternant et totalement insensé. »

Et Chrokri Ben Fradj se terminer par cette alarme menaçante  :

« Les maîtres autoproclamés du monde doivent, pourtant, faire attention : à force de tirer sur la corde, celle-ci risque bien de se rompre et, alors, tout, absolument tout, deviendra possible. »

Une pensée sur “Syrie : le suicide moral des socialistes français selon Chokri Ben Fradj

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    15 octobre 2013 à 22 10 30 103010
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    Si on pouvait mesurer le pourcentage de haine qui coule dans les veines des maîtres autoproclamés, tous ceux qui attisent le feu et qui s’acharnent contre ceux qui ne pensent pas comme eux et ne s’agenouillent pas devant Israël, je crois que leurs veines brûleraient.

    Pour reprendre la mise en garde de Chrokri Ben Fradj : à force de tirer sur la corde, celle-ci risque de se rompre …

    Conséquences? Pas belles.

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