Tennis : des Français indignes de leur nationalité

Le 28 mai 2010, je publiais sur AgoraVox et Cent-Papiers un article intitulé « L’incroyable cynisme de Tsonga ». En cause dans ce billet l’insupportable arrogance du joueur et son scandaleux statut d’exilé fiscal. Un an après, rien n’a changé sur ce dernier point : Tsonga est toujours résident suisse comme le sont presque tous les tennismen français. Une réalité vécue comme une insulte, un crachat au visage par tous les démunis, par tous ceux qui, dans les classes populaires, galèrent au quotidien quand d’autres se gobergent sans vergogne…

Seuls les naïfs peuvent croire que les joueurs de tennis français ont choisi la Suisse comme lieu de résidence officiel pour répondre à un irrésistible appel venu, dans une sonnerie de cor des Alpes portée par le foehn, vanter à leurs oreilles les charmes quotidiens de cette confédération aux quatre langues. Certes, les chocolats y sont excellents, les fromages savoureux, les vins gouleyants, la gastronomie réputée et l’horlogerie irréprochable. Tout cela sur fond de montagnes impeccablement dessinées, de glaciers immaculés, de lacs idylliques et de pelouses alpines parsemées de gentianes, d’ancolies et d’orchidées.

Mais de tout cela nos joueurs de tennis n’ont que faire : seuls comptent leurs intérêts financiers et la possibilité de bénéficier de la très douce fiscalité helvétique*. Et tant pis si, en agissant ainsi, ces individus méprisables se soustraient à leurs devoirs de solidarité envers le pays qui les a formés, tant pis s’ils font symboliquement un bras d’honneur à leurs compatriotes, et notamment aux moins chanceux d’entre eux : ceux que les hasards de la vie ont jetés dans la maladie et le handicap, ceux qui vivent dans des logements indignes, ceux dont les offensives libérales ont contribué à accélérer la paupérisation, ceux qui n’ont rien alors qu’eux ont presque tout. Salauds de pauvres !

Depuis quelques jours, ces Français indignes sont présents dans la capitale et s’entraînent avec détermination. Pas question pour eux de rater l’édition 2011 du tournoi de Roland Garros (22 mai au 5 juin), l’occasion pour eux de briller devant « leur » public du court central, essentiellement constitué de pipoles et de bobos friqués, venus là tout autant pour voir que pour être vus ; l’occasion, si tout se passe bien, d’encaisser un prix conséquent qui prendra le chemin des banques suisses, comme tous les gains publicitaires dérivés engrangés grâce aux résultats acquis sur le circuit international. Des gains dont le fisc français ne verra évidemment pas le plus petit centime, ces gens-là, habitués à utiliser les infrastructures routières et aéroportuaires, n’ayant pour autant pas la moindre intention de leur consacrer la moindre part de leurs gains, aussi dérisoire soit-elle.

Interdits de Coupe Davis

Des joueurs qui, en quête de gloire et d’un trophée prestigieux, croisent par ailleurs les doigts pour faire partie de l’équipe de Coupe Davis, autrement dit de l’équipe de France, clamant alors leur amour de la nation et leur attachement indéfectible aux valeurs du pays. Des joueurs qui, lorsqu’ils sont sélectionnés, chantent la Marseillaise la main sur le cœur et proclament devant micros et caméras leur fierté de porter le maillot frappé du coq. Des joueurs qui, en ces occasions, nous renvoient l’image écœurante de mercenaires cyniques et hypocrites dont le patriotisme affiché exclut toute contribution fiscale, toute solidarité avec ce qui fait la France et sa population, alors qu’ils ont, des années durant, bénéficié gratuitement des structures fédérales, encadrement technique et médical compris. Ces gens-là se conduisent comme de parfaits salauds !

Faut-il, comme le réclame régulièrement un nombre croissant de Français, choqués par ce comportement, les déchoir de leur nationalité ? Il appartient au législateur, et à lui seul, de le dire. Mais à défaut d’une mesure aussi radicale, il en est une qui devrait, de manière évidente, s’imposer aux dirigeants de la Fédération française de tennis (FFT) : interdire désormais toute sélection d’un exilé fiscal en équipe de France. Sauf erreur ou changement récent de résidence, seraient ainsi exclus de la Coupe Davis ou de la Fed Cup (son équivalent féminin) : Marion Bartoli, Julien Benneteau, Arnaud Bœtsch, Arnaud Clément, Julien Escudé, Richard Gasquet, Paul-Henri Mathieu, Gaël Monfils, Florent Serra, Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga, et sans doute quelques autres…

En ces temps de déliquescence de la morale et de l’éthique, il en va de l’exemplarité des élites – fussent-elles sportives – et de leur capacité à servir de modèle aux plus jeunes, et notamment à tous les gamins de France auxquels des éducateurs dévoués et souvent bénévoles essaient, dans les clubs d’inculquer d’intangibles valeurs sportives et citoyennes. Á cet égard, quelques joueurs, mais surtout des joueuses, se tiennent fort heureusement à l’écart de la forfaiture majoritaire : Alizé Cornet, Marc Gicquel, Michaël Llodra, Nicolas Mahut, Pauline Parmentier, Pauline Pin, Virginie Razzano, Aravane Rezaï et sans doute quelques autres là aussi… Ce sont eux, et eux seuls, qui devraient avoir l’honneur d’être sélectionnés pour défendre les couleurs de la France. Et tant pis s’ils ne brillent pas du même éclat que les exilés fiscaux.

En tennis, comme en sport de manière générale, l’important pour une nation ne devrait en effet jamais être de gagner à n’importe quel prix, mais de participer avec une sélection d’athlètes moralement irréprochables, de garçons et de filles dignes des couleurs qu’ils portent et conscients de l’exemple qu’ils donnent aux jeunes citoyens en devenir. Ce n’est, à l’évidence, pas le cas des exilés helvétiques, au pire gangrénés par la cupidité, au mieux conseillés par des agents sans scrupules ou des fiscalistes totalement étrangers à toute notion de morale. Aussi talentueux soient ces joueurs sur les courts, et certains parmi eux possèdent un formidable potentiel, ils ne sont finalement que de tous petits personnages, mesquins et minables. Et cela, c’est un formidable gâchis humain !

Fergus

* Pour obtenir le statut de résident suisse et s’exonérer du fisc français, il faut pouvoir justifier de 180 jours de présence sur le territoire helvétique. En principe du moins, car les joueurs de tennis peuvent aisément contourner cette obligation en… incluant leurs tournées sur le circuit pro dans leur temps de résidence suisse !

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