Tous surveillés : les arroseurs arrosés

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Extrait de la couverture Politis du 19 mars 2015

LE YETI :

Très intéressant dossier publié dans le dernier numéro de Politis, “Tous surveillés ?”, à propos de la mise sous écoute généralisée des internautes. Qu’il me soit cependant permis d’essayer d’y apporter un point de vue un peu moins “orwellien”.

Ce qui se joue actuellement sur la toile Internet et sur ses réseaux, c’est la lutte entre un vieux monde en pleine déconfiture et un “monde d’après” dont on peine encore à mesurer les futurs contours.

Un rapport de force bien moins déséquilibré qu’il n’y paraît

Que chaque camp essaie de s’en assurer le contrôle est, si j’ose dire, de bonne guerre. Mais en désigner d’avance le vainqueur me paraît bien prématuré, sinon même possiblement erroné.

La guerre qui oppose le vieux monde aux tenants encore éparpillés du “monde d’après” est avant tout une guerre de communication. Mais le rapport de force y est sans doute beaucoup moins déséquilibré qu’il n’y paraît.

Passons sur l’accumulation de données à des fins commerciales. Quoi qu’ils fassent en tripatouillant des milliers de données recueillies sur la toile, les grandes compagnies tentaculaires (Coca Cola, Mc Do, Monsanto, Amazon, sociétés pétrolières assommées par la baisse vertigineuse des prix du pétrole…) ne cessent de voir leur hégémonie grignotée sous les coups de boutoir de la crise, mais aussi par le comportement de plus en plus éthique et responsable des populations.

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Source : Terre sacrée

Quant à la manipulation et aux contrôles des consciences, il ne faut pas être grand observateur pour constater qu’aujourd’hui l’influence des médias mainstream est largement battue en brèche par les réseaux sociaux d’Internet. Il suffit pour s’en persuader de se remémorer le camouflet infligé par les nonistes aux ouistes médiatiques unanimes lors du référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne.

Pénurie de personnel chez les barbouzes

Recueillir des milliards de données sur des milliards d’individus peuplant la planète est une chose, être en état d’exploiter toutes ces données en est une autre. Les 21 650 fonctionnaires[1] qui œuvrent au sein du célèbre NSA (National Security Agency) doivent avoir des journées sacrément chargées pour s’y retrouver dans cet afflux monumental d’informations.

Raison pour laquelle ni eux, ni leurs collègues barbouzes des autres nations n’ont été en mesure d’anticiper des événements comme le 11 septembre 2001 ou les printemps arabes, ni d’arraisonner des électrons fous comme Mohammed Merah, les frères Kouachi ou Amedy Coulibaly, pourtant dûment fichés par leurs services.

Les lanceurs d’alerte comme Julian Assange ou Edward Snowden nous ont probablement permis d’en savoir beaucoup plus sur le NSA que celui-ci n’en sait sur chacun d’entre nous. Les hackers du monde entier s’en donnent à cœur joie à déglinguer le cœur même du vieux système. Et aucun régime totalitaire, qu’il fût chinois, russe ou américain, n’est parvenu à contrôler réellement les agissements de ses dissidents sur les réseaux virtuels.

En permettant aux passants ordinaires de diffuser massivement sur les réseaux sociaux les images des exactions brutales commises par les suppôts du vieux monde aux abois, le smartphone, placé sur écoute ou non, se révèle être une arme redoutable d’émancipation citoyenne en matière de partage d’informations.

Vidéo amateure d’un SDF assassiné par des policiers de Los Angeles

Pas de panique !

Plus elles sont déstabilisées, plus les élites tentent de se rassurer en s’auto-persuadant de leur maîtrise sur les faits et gestes de leurs ouailles et en essayant de museler les minorités agissantes qui contestent leur autorité. L’accumulation assez imbécile de données ingérables et inexploitables en donne un exemple aussi frappant qu’absurde. On se rappellera que l’empire soviétique commença à se lézarder quand les agents du KGB croulèrent sous la masse des dossiers qu’ils avaient entassés sur leurs concitoyens. À tout vouloir surveiller, on ne surveille plus rien.

L’épreuve des faits montre que les réseaux du Net rééquilibrent le rapport de force entre les minorités agissantes et les élites. Et ces dernières feraient bien de se souvenir que les majorités ne restent dociles que si un minimum de confort et de sécurité leur est garanti par leurs maîtres. Ce qui est loin d’être le cas en cette période troublée de crise. Des autorités qui n’ont plus que la contrainte, la force, des lois d’exceptions ou des mises sous surveillance policière pour s’imposer arrivent en phase finale de leur domination.

À ce point de notre réflexion, on se gardera pourtant de passer de l’hyperstress orwellien à une euphorie “révolutionnaire” qui n’a pas lieu d’être. D’abord parce que les minorités agissantes du Net sont loin d’être toutes de gauche, gentiment athées ou férues des Droits de l’homme et du citoyen. Ensuite parce que si nous constatons l’agonie désormais quasi irréversible du vieux monde, les contours du monde d’après demeurent encore bien trop flous, faute de personnalités et de troupes capables de les dessiner et de les imposer.

Reste que prendre conscience du véritable rapport des forces en présence permet de ne pas céder trop précipitamment à une paranoïa aussi démesurée que désespérante.

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