Tout est sous contrôle… de la machine

Metropolis, Fritz Lang/>

DEMIAN WEST
   

Aujourd’hui, tout le monde veut et tout le monde doit éviter la question qui fait peur. Tous les médias parlent de tout et de rien. Et même, ils parlent de cette question terrifiante, mais sans jamais la dire explicitement. Les mots qui sauraient la nommer sont craints presque autant que le tout de la question même. Car tous sont prêts au pire déni malhonnête et de la pire mauvaise foi, si quiconque un peu naïf venait à la nommer et ouvrir cette boîte sur laquelle tous les pouvoirs communicants sont assis, pour qu’elle ne s’ouvre jamais.

Certains s’amuseraient à l’énoncer ainsi, mais avec des mots un peu lâches du dandy qui ne s’intéresse à rien sinon à sa propre personne et aux derniers potins de l’internet : Sommes-nous encore assez bêtes pour être tombés à nouveau et en masses dans des mécaniques auxquelles nous ne pouvons plus échapper, et tout vers le précipice droit devant ?

Certes, chaque semaine, les infos nous affirment qu’on y travaille ! qu’on ne saurait plus jamais mettre le premier pied dans ce piège si téléphoné, que l’histoire nous a servi pour nous former à nos propres faiblesses et addictions. Des têtes des Etats et des ministres gris, si informés qu’ils font partie de toutes les sectes du pouvoir, nous annoncent des sophistications de plans sur plans, qu’ils accumulent pour construire la machine destinée à nous écarter de la vraie terrible machine innommable. On joue aux machines et au mécano des sauvetages, dont on apprécie surtout les esquisses esthétisantes dans les journaux et à la télé, qui sonnent le café matinal et le crépuscule selon leur seule fonction de thriller biologique fixe et ferme.

Plus jamais de spirale comme en 14 ! Désormais, on connaît les mécanismes qui entraînent des réactions en chaînes que nul ne saurait plus contrôler, et surtout pas le citoyen de base qui ne contrôle même pas sa descendance. On ne tombera plus jamais dans les situations, qui empêchent toute maîtrise et toute prescience de l’avenir. Tout est sous contrôle ! Mieux encore, on se permet des improvisations virtuoses. Tellement il reste de la marge pour effectuer les actions qu’il faut. Finalement, toutes les semaines, le monde ou l’Europe est au bord du gouffre. Et, chaque fois, tout est sauvé par un dispositif greffé ou ajouté à la mécanique conçue par toutes les élites rassemblées.

Il est vrai, qu’on a eu chaud à reprises, mais ce n’était qu’une illusion d’optique relayée par les images médiatiques, qui mentent toujours. Les images c’est mal ! Tout était prévu ! Il a suffi de sortir tel plan de l’armoire à plans, pour éviter le pire. L’argent est infini, les milliards roulent et il n’en manque jamais. On est si cool, qu’on attend l’excès du problème à son pic pour intervenir dans la discrétion des tous-puissants. Pas besoin de prévention excessive. On a tout, nous sommes le monde, et on a les clés de l’entrepôt à plans. Là, même Einstein mort y est encore en action à plein temps !

Bien sûr, c’est pas pareil quand un cyclone rase une région de votants défavorisés. On s’en fiche, ils n’ont pas accès aux médias !

Il y a bien des historiens qui nous ont dit, que la terrifiante machine se met en place quand on n’est plus libre de choisir ses réactions. Quand une spirale de réactions commande, et que nul ne peut plus transgresser la chaîne, et donc libérer les rongeurs pris dans la roue. Nous n’en sommes pas encore là, même si la machine nous impose, d’ores et déjà, les solutions et nos décisions. Et la logique et les mathématiques nous ont étrennés à ça.

Pourtant il est cette vacance des élites, avant la crise ou avant le moment de décider. N’est-elle pas perçue comme une inertie, toutefois improbable en si haut lieu de responsabilité. Pis encore, cette vacance ne pourrait-elle signifier une forme de la panique, laquelle semble plus vraisemblable. Il est vrai que penser à ces problèmes, dictés par la terrifiante machine, empêche certainement de vivre et de bosser normalement dans tout parlement consacré à la discussion réfléchie et donc sereine. S’agirait-il d’un réel problème et non d’une banale mésaise ? Ne ferait-on plus de la politique ? Lorsque chaque jour, on négocie avec la machine terrifiante ; ce qui use certainement.

Le chacun pour soi devrait mieux confirmer la fuite qu’on sent déjà, et donner les vrais signes que la terrifiante machine est bien construite et depuis longtemps. Tout se précise, comme si nous avions construit la terrible machine, tout en construisant, dans le même temps, la machine même destinée à nous préserver de la machine. D’une certaine façon, les machines sont identiques et elles finissent toujours par broyer leurs créateurs ou plutôt leurs bricoleurs. Dans les meilleurs cas, elles finissent par échapper à leurs créateurs. Et nous avons créé beaucoup de telles machines : l’Europe, l’Euro, l’aristocratie des représentants du Peuple dans les démocraties, la consommation des dernières ressources vitales, le couple pétrole-voiture, la politique au service du Marché, les négociations en tous genres et les médias en guise d’horloges biologiques.

Il est vrai, que ceux-là-mêmes, qui nous affirment que nous ne serons plus jamais pris dans les mâchoires de la terrifiante machine, sont les mêmes qui paraissent ne pas avoir vu les problèmes se monter en feuilleton indélébile à la Une. Et ce sont les mêmes connaissants, qui lancent régulièrement des plans bricolés le jour d’avant, pour résoudre la énième crise. On a déjà vu de plus excellents guides vers l’avenir politique, mais ces introuvables ont appris la prudence et ils se taisent certainement.

A la fin, tout devrait nous échapper, et nous serions à nouveau postés à devoir tuer notre prochain d’en face. Pour la Patrie, et pour sauvegarder notre niveau de vie de nouveaux dieux immortels, qui vivons dans un luxe plus étalé que le confortable Louis XIV lui-même. Nous serions à nouveau condamnés à la guerre, et pour la bonne cause, la nôtre. Puis, nous devrions soit mourir soit survivre, pour finalement démonter la machine pour un temps. Ce qui donnerait enfin du boulot aux désoeuvrés de l’entre-guerres. C’est ainsi que nous montons et démontons notre méga guillotine en kit, qui, désormais, dicte seule nos civilisations en ruines.

Mais, la vérité dirait que rien de tout ceci n’arrivera plus. Et que ce sont là des jeux de concepts, pour alimenter la machine bavarde. Qu’il ne s’agit que de concepts hasardeux et légers, lesquels ne sauraient maîtriser tous les éléments formant le réel plus complexe. Certes, mais personne ne sait, quand tous ont peur.

Demy West


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