Tout le monde a le droit de manger

Recherche menée par Robert Gil

mariageLes Nations Unies nous disent que pour mettre un terme à la faim nous devons favoriser la croissance. Comme on le souligne dans son rapport sur « L’état d’insécurité alimentaire dans le monde en 2012 » : « Les pauvres doivent participer au processus de croissance et à ses bénéfices. La croissance doit être atteinte avec la participation des pauvres et s’étendre à ces derniers ». Et d’ajouter : « La croissance agricole est particulièrement efficace pour réduire la faim et la malnutrition ».

Mais là n’est pas le problème. Il ne s’agit pas de redémarrer à nouveau la machine de la croissance économique, comme s’il s’agissait d’une formule magique. Ce dont nous avons besoin c’est de redistribution et de justice. Tout particulièrement dans les politiques agricoles et alimentaires, où des tonnes de nourriture finissent tous les jours dans les poubelles alors que 870 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim. Il ne nous faut pas « plus de richesses concentrées dans une poignée de mains », mais plus de démocratie.

D’après l’organisation GRAIN, depuis les années 1960, la production alimentaire a été multipliée par trois, tandis que la population mondiale n’a fait que doubler. Il existe une quantité phénoménale de nourriture, bien plus grande qu’à n’importe quelle autre période de l’histoire, mais si on n’a pas d’argent pour l’acheter, si on n’a pas d’accès à la terre, à l’eau, aux semences pour la produire, alors on ne mange pas.

Il ne s’agit donc pas de produire plus d’aliments mais bien de répartir ceux qui existent déjà. C’est l’ensemble du modèle agro-alimentaire, au service d’une poignée d’intérêts privés, qui est en cause.

Les médias et les institutions internationales nous disent que la faim est le fruit de phénomènes météorologiques et de conflits armés. Pas seulement et pas principalement. Les causes de la faim sont politiques et ont à voir avec ceux qui contrôlent les politiques agricoles et alimentaires, avec ceux qui en tirent profit et dans les mains desquels se trouvent les moyens de production alimentaires.

Ce n’est qu’ainsi qu’on peut expliquer que des pays comme Haïti qui, dans les années 1970, produisait suffisamment de riz pour alimenter sa population, est aujourd’hui l’un des pays les plus frappés par la faim.

Depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, les politiques de libéralisation commerciale et d’invasion de ses marchés par des produits subventionnés de multinationales du Nord, vendus en dessous de leurs prix de production, ont détruit ses systèmes agricoles, supprimé sa souveraineté alimentaire et l’ont transformé en pays dépendant de l’achat de nourriture à des entreprises étrangères. Ce n’est pas le hasard qui a conduit, comme tant d’autres pays, Haïti à la faim, mais bien la politique.

Dans le contexte actuel de crise profonde du système, les biens communs se transforment en une nouvelle source de profit pour le capital.

On intensifie l’accaparement des terres, la privatisation de l’eau, la spéculation avec la nourriture. En d’autres mots, ce que le géographe David Harvey appelle l’« accumulation par dépossession ». Ou comment devenir riche en privatisant ce qui appartient à la majorité.

Et ces processus ne font rien d’autre qu’aggraver les causes de la faim, en laissant des multitudes de gens sans droit à manger.

D’après un article d’Esther VIVAS

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