Un Indien dans la ville

OLIVIER CABANEL

Qui ne connait le chef Cacique Raoni, qui se bat depuis des lustres pour sauvegarder le lieu de vie de son peuple menacé par l’avance d’un « progrès » qui se voudrait inexorable ?

Il vient de réussir un joli coup de force.

Obliger le gouvernement brésilien à prendre conscience du problème.

L’Amazonie, c’est une forêt qui couvre 5,5 millions de km², c’est-à-dire quasiment 10 fois la France, et qui à perdu depuis 1970 près de 18% de sa surface…alors que chacun sait que la forêt amazonienne représente plus de la moitié des forêts tropicales du monde. lien

Quant au bassin hydrographique du fleuve l’Amazone, il occupe le 1/20ème de la surface terrestre, la moitié du Brésil, et représente le 1/5ème du total d’eau douce de la planète. lien

La partie principale du territoire indigène des Kayapô, le parc National de Xingu, est protégé, mais pas encore la terre Indigène Kapot Nhinore, dans laquelle vit Raoni et son peuple, qui représente moins de0,5% de la population brésilienne.

Or un vieux projet est ressorti des tiroirs du gouvernement brésilien, celui du barrage géant de Belo Monte, et les travaux ont commencé sans la moindre consultation préalable du peuple qui occupe ce territoire, comme le prévoit la convention 169 de l’OIT (organisation internationale du Travail).

Ce barrage fait partie d’une série de méga barrages planifiés en 1980 dans le cadre du « programme de croissance accélérée du Brésil » et couterait près de 11 milliards de dollars.

Il menace non seulement les Kayapo, mais aussi les Arara, les Juruna, les Araweté, les Xikrin, lesAsurini et les Parakanã.

Si ce barrage va à son terme, au-delà de la perte inévitable de territoires, (9 millions d’hectares affectés) de disparition d’espèces, il provoquera fatalement des conflits avec les 200 000 ouvriers nécessaires à la construction, et de colons, qui viendront dans cette région, mais introduira aussi des maladies mettant en danger la vie des indiens, et aucune mesure compensatoire ne pourra remplacer leur terre ancestrale. lien

James Cameron, le célèbre réalisateur d’Avatar, avait rencontré en mars 2010 les caciques des différentes ethnies indiennes menacées, et avait écrit au président Lula, lui demandant d’abandonner ce néfaste projet de barrage. lien

Déjà en 2009, suite à la menace des indiens du Xingu d’entrer en guerre, l’ex président Lula avait transigé, d’autant que la CIDH (commission inter-américaine des droits de l’homme) avait condamné le projet, et que la FUNAI (département des affaires indigènes) avait reconnu l’impact négatif du barrage…tout en autorisant sa construction. lien

Le projet semblait donc enterré, ou du moins était en sommeil, jusqu’au 1 juin 2011, jour ou la nouvelle présidente Dilma Roussef a pris la décision de le relancer. lien

La pétition recueillant 500 000 signatures contre le barrage n’a rien changé…pas plus que les recommandations émises par Amnesty Internationallien

La contestation faite par la CIDH n’a eu d’autre résultat que de priver cet organisme des 800 000 dollarsde subvention annuelle qu’il recevait.

Alors Raoni se bat comme un beau diable.

Le 29 novembre 2012, il se rend à l’Elysée, afin d’y rencontrer le président de la République, lequel assure soutenir sa juste lutte, et de lui remettre un courrier destiné à Dilma Roussef, la populaire présidente brésilienne (76% d’opinion favorable en aout 2012).

Ce courrier n’est rien d’autre que « la déclaration des peuples indigènes », adoptée en juin 2012 lors du campement « Terre Libre » pendant la Conférence de Rio+20.

Hollande a donc transmis ce courrier à la présidente brésilienne en visite en France les 11 et 12 décembre 2012, ce qui n’a pas eu l’air de l’émouvoir…

Le 10 décembre, l’infatigable chef indien se rendait à Genève, afin de demander l’aide de l’ONU…puis il était à Strasbourg afin de solliciter l’appui du Parlement Européenlien

Ce qui n’a pas arrêté manifestement la décision de construire le barrage.

Alors Raoni, excédé a réussi un joli coup de force.

C’était à Brasilia, le 16 avril dernier.

Se saisissant d’une date dédiée aux Indiens, le 19 avril avait été décrété « journée nationale de l’Indien  », 600 représentants du peuple indigène s’étaient réunis à Brasilia

L’Abri Indigena (avril indigène) se tenait à Brasiliadu 15 au 19 avril, et Raoni, accompagné de 300 indiens ont envahi la chambre des députés brésiliens en plein milieu du débat parlementaire afin d’obliger le parlement à écouter les justes revendications du peuple indien, menacé de toute part par la déforestation, la construction d’un barrage géant, et l’envahissement constant de ce qui est considéré, peut-être à tort, comme la « civilisation ». lien

A la suite de l’intrusion des Indiens, bâtons, tambours et lances à la main, en plein milieu des débats de l’assemblée, les députés paniqués ont reflué, se mettant à l’abri sur l’estrade. vidéo

Quant à la Présidente Roussef, dont le palais avait été assailli le jour de son rendez vous avec le chef cacique, elle a profité du prétexte pour s’envoler vers le Venezuela.

Le boycott des J.O. de Rio 2016 a été lancé en riposte à l’attitude incompréhensible de la présidente Brésilienne. lien

Après le printemps arabe, le printemps indien ?

Comme dit mon vieil ami africain : « il vaut mieux un monde en partage qu’un partage du monde ».

L’image illustrant l’article vient de « bahiatodahora.com »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

La pétition officielle contre le barrage est sur ce lien

Site de Raoni sur ce lien

À visiter le blog Survival

A voir un film : « la maison et la forêt  » de Volkmar Ziegler

Un extrait du documentaire Battle for the Xingu est sur ce lien

Les derniers hommes libres de la forêt amazonienne.vidéo

Une pensée sur “Un Indien dans la ville

  • avatar
    13 mai 2013 à 0 12 52 05525
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    La croissance économique à tout-prix a été choisie au détriment du respect de la vie par la présidente Roussef. C’est tout-à-fait normal dans la pensée capitaliste, désacralisation et destruction de la vie pour la croissance du marché car seul le marché compte. La vie qui ne peut être marchandisée doit être détruite car elle n’a aucune valeur.Quelle folie que la pensée marchande!

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