Un nucléaire pourtant si sûr… (2)

 

OLIVIER CABANEL :

 

Jusqu’il y a peu, il était régulièrement affirmé chez les lobbyistes nucléaires que les accidents que l’on connait étaient soit, comme à Tchernobyl, dus à une technologie défaillante, ou à Fukushima, la faute au « mauvais temps »…et pourtant en France, tout n’est pas si rose.

Le 27 octobre 2014, l’ASN (autorité de sûreté nucléaire) se fendait d’un courrier révélateur, suite à l’inspection d’un site nucléaire, qui n’est pas de nature à rassurer le citoyen lambda qui séjourne à proximité d’une centrale nucléaire.

extrait : « Un exercice simulé de mise en œuvre de la baie mobile dite « U5 » sur le réacteur n°4 a été réalisé.

Le scénario consistait à transporter la baie mobile U5 de son lieu de stockage vers son lieu d’utilisation (à 15 mètres de là. ndlr) puis à la connecter avec pour postulat une indisponibilité du monte charge repéré L511 et de l’ascenseur repéré L512.

Lors de l’exercice il s’est avéré que le matériel nécessaire à l’acheminement de la baie en salle de commande n’était pas présent dans le local « sexten ».

De plus le matériel amené par les renforts n’était pas adapté à la manutention de la baie mobile U5.

De ce fait, l’opération d’acheminement de la baie mobile U5 s’est avérée beaucoup plus longue que ce qui était prévu.

Enfin, lors du raccordement de la baie mobile U5 en salle de commande, la connectique d’alimentation en électricité ne fonctionnait pas.

Le bon fonctionnement de la baie n’a donc pas pu être testé.

Les inspecteur considèrent que l’exercice de déploiement de la baie mobile U5 a mis en évidence des lacunes d’organisation auxquelles il convient de remédier dans les plus brefs délais  ».

Au-delà des mots convenus et techniques utilisés, il n’est pas difficile de résumer la situation par une expression un peu triviale, mais tellement plus parlante : « c’est le bordel ».

Ce n’est bien sur qu’une péripétie, mais quand ce genre de situation se passe au sein de l’une des industries les plus dangereuses connues dans le monde, il y a de quoi s’inquiéter.

D’autant que ce n’est pas la première fois que les autorités de sûreté nucléaire s’inquiètent.

Encore récemment, Greenpeace démontrait le peu de sécurité de ces sites nucléaires, en survolant un réacteur avec un ULM, ou en pénétrant carrément dans un site, sans rencontrer vraiment d’opposition.

Il faut aussi rappeler cette intrusion d’un militant ayant profité de la sortie d’un véhicule de livraison pour pénétrer discrètement sur le site, et qui n’a été interpellé qu’une heure après…s’il s’était agit d’un terroriste, celui-ci aurait eu largement le temps de commettre des dégâts irréversibles. lien

On sait aussi que les différents exercices de sécurités réalisés au cours des ans sont généralement peu convaincants, puisqu’il faudrait qu’une intervention survienne dans un délai de moins d’1/4 d’heure, délai largement dépassé à chaque reprise.

Après la catastrophe de Fukushima, la commission européenne avait effectué des tests de sécurité dans les centrales nucléaires françaises, et à révélé des «  centaines d’insuffisances » préconisant d’engager 25 milliards d’euros pour pallier à ces graves manques…c’était en 2012.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

En réalité, selon « le figaro », aucune des 19 centrales françaises ne serait en totale conformité avec les normes exigées. lien

A ce stade de la réflexion, on peut lire avec curiosité et amusement, les écrits de Guy Turquet de Beauregard, ancien exploitant nucléaire, qui, tout en admettant les failles du système, est convaincu que les outils en place sont suffisants pour permettre de les combattre efficacement, mais venant d’un homme très lié avec cette industrie, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence de son analyse. lien

On sait qu’en cas de conflit, les centrales nucléaires feront des cibles idéales, car non seulement elles rendraient inhabitables d’immenses zones habitées, mais elles priveraient aussi le pays d’une bonne partie d’électricité avec les conséquences que l’on imagine.

Pour toutes ces raisons, que faut-il penser du survol récent de centrales nucléaires, 7 pour l’instant, par des drones ?

La première survolée a été, le 5 octobre dernier, la centrale en tentative de déconstruction (depuis 1998) de Creys-Malville…

Ont suivi un survol de Gravelines, Cattenom, Blayais, Bugey, Chooz, et Nogent sur Seine, ce qui a décidé EDF a porter plainte, ce qui, sur le fond ne change pas grand-chose. lien

Greenpeace a fait savoir qu’il n’était pas à l’origine de ces incursions, et Yannick Rousselet, l’un des spécialistes en la matière de cette ONG, affirme qu’il faudrait ajouter à la liste des centrales survolées, celles du Tricastin, et de Fessenheim, ainsi que les installations du Commissariat à l’énergie atomique de Saclay, dans l’Essonne. lien

La centrale du Bugey a été survolée à plusieurs reprises, et les engins observés sont de nature différente : certains ne font que quelques dizaine de centimètres, avec un rayon d’action très court, mais d’autres sont beaucoup plus gros,  2 mètres de large, ce qui laisse penser qu’ils pourraient transporter des charges explosives.

Le plus inquiétant c’est qu’il semble qu’il s’agisse d’une opération concertée, car ce sont les mêmes jours que les centrales du Bugey (Ain) et de Gravelines (Nord) ont été survolées.

Dans le contexte mondial des conflits dans lesquels la France est engagée, notamment contre les extrémistes musulmans, sans tomber dans une facile paranoïa, on peut imaginer facilement les risques que font courir aux populations, ces centrales si peu préparées à ce type d’agressions. lien

Pour toutes ces raisons, Gunther Oettinger, ex commissaire européen à l’énergie, avait refusé en mai 2011 de cautionner les tests de résistances des installations nucléaires qui ne prendraient pas en compte les risques humains, et les actes terroristes. lien

Décision logique si l’on veut bien rappeler comment Matthew Bunn, expert nucléaire, avait démontré de quelle façon une attaque bien organisée pourrait créer une situation comparable à celle de Fukushima. lien

D’ailleurs au mois d’aout dernier, en Belgique, la centrale nucléaire de Doel 4 a du être précipitamment arrêtée, suite à une perte d’huile de la turbine à vapeur, et selon l’exploitant, il s’agirait d’une « intervention manuelle volontaire », c’est-à-dire d’un sabotage.

Mais revenons à nos drones…D’où viennent-ils ?

Où en sommes-nous avec les recommandations européennes de 2012 ?

Plus pragmatiquement, alors qu’en Suisse, des pastilles d’iode sont envoyées par courrier aux populations menacées par une catastrophe nucléaire dans un rayon de 50 km autour des sites nucléaires, quelles précautions va enfin prendre le gouvernement dans ce domaine ? lien

Les mesures décidées en France sont largement insuffisantes, et généralement pas efficaces, car elles passent par un labyrinthe administratif qui ne permet pas une réelle protection du citoyen menacé.

A Brest, les autorités avaient décidé de distribuer des pastilles d’iode aux habitants proches de la base navale, en limitant la zone concernée à un rayon de 500 mètres. lien

500 mètres en France, 50 km en Suisse.

Décidément, nous sommes un grand pays.

Comme dit mon vieil ami africain, tout comme Albert Einstein : « le malheur n’entre que si on lui ouvre la porte ».

L’image illustrant l’article vient de « réactionismwatch »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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