Un salon du handicap à Rennes : la quête effrénée d’autonomie

LE YETI :

Jeudi et vendredi, comme tous les deux ans, se tenait au parc des expositions de Rennes le salon Autonomic Grand Ouest, curieusement sous-titré par ses organisateurs, “salon du handicap et de la dépendance”, alors que précisément c’est à ses deux fléaux que ses nombreux visiteurs venaient tenter d’échapper.

Ce qui frappait d’entrée le visiteur, c’est que dans l’immense parking quasi complet du parc des expositions, toutes les places handicapées restaient obstinément vacantes. Ne s’y arrêtaient très fugacement que quelques camionnettes venues décharger leur lot de fauteuils roulants, avant d’aller se garer plus durablement aux places des bien portants.

Le vaste hall n° 5 ressemblait à un de ses rassemblements gigantesques dont les motards ont le secret. Dans les contre-allées s’y bousculaient, parfois à allure trépidante, des fauteuils électriques de tout facture.

Entre préoccupations de vie et tracasseries ubuesques

Les stands témoignaient de l’acharnement du public à acquérir cette si chère autonomie dont la nature les avait frustrés. Stands de fabricants ou de garagistes spécialisés dans l’adaptation de véhicule automobile, matériel de maison avec ses meubles de cuisine coulissants, ordinateurs profilés, lits électriques pour pouvoir se redresser sans aide…

Celui-là cherchait pour son fils polyhandicapé le support pour soutenir l’avant-bras qui aurait permis à sa main de manœuvrer le joystick de son fauteuil électrique.

Certains regrettaient que les exposants se fassent un peu moins nombreux au fil des années et un peu trop exclusivement commerciaux.

« Je me souviens d’un stand tenu par un kiné qui vendait, ou plutôt montrait comment fabriquer une table ou un siège adaptés avec des tubulures PVC de plombier. »

D’autres échangeaient sur les tracasseries tragicomiques que leur opposaient maintes administrations ubuesques.

« ls m’ont dit qu’ils pouvaient m’accorder une aide à domicile d’un quart d’heure maximum par jour, moyennant quoi, évidemment, aucun des services pressentis ne voulaient déplacer un salarié pour si peu de temps. Ils m’ont dit que leurs services n’étaient pas habilités à financer les charges de cuisine. Mettre mes céréales dans le bol à l’extrême rigueur, mais la préparation du café ou du thé relevait d’un autre organisme qu’il me fallait contacter. »

Le rocker sur son chopper d’un genre spécial

Toute l’ambiance de ce salon peut se résumer à cet étrange spectacle entrevu à la cafétéria. Un grand échalas et son fauteuil électrique tout droit sortis du célèbre road movie Easy Rider. Avec son fanion anarchiste comme emblème, la tenue très rock crépusculaire du conducteur, ses cheveux noirs très longs retombant sur ses épaules.

Seule différence avec l’acteur du film Peter Fonda, ses mains, crispées, étaient masquées et attachées par deux tissus noirs. Je n’ai jamais compris comment il parvenait à manœuvrer son engin façon chopper d’un genre spécial.

Sur un support qui n’était pas sans rappeler celui de l’harmonica de Bob Dylan dans les sixties, était fixée une cigarette. Et le grand escogriffe pompait, pompait sur sa clope, sans le moindre égard, mais alors pas le moindre, pour le slogan alarmiste dérisoire imprimé en caractères majuscules sur son paquet par quelques bien portants malades de trop vouloir le rester : « fumer tue ».

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