Une burqa dans la crèche

OLIVIER CABANEL :

Au moment où le nouveau maire de Béziers lance une nouvelle polémique, propre en envenimer les tensions communautaires, en installant, peut-être par provocation, une crèche dans sa mairie, tentant de donner à notre République laïque, une dominante chrétienne, il n’est pas inopportun de s’interroger sur les origines de la Burqua.

Cette tenue qui a suscité tant de polémiques n’a peut-être aucune raison d’être portée par les musulmanes dites « intégristes »…comme on va le découvrir. lien

À la lumière de quelques recherches, il est en effet possible de se forger une opinion.

Lors d’une conférence, Ghaleb Bencheikh, ce docteur es-sciences, physicien, et aussi présentateur de l’émission « Islam  » sur France 2, (lien) expliquait : « quand les femmes musulmanes sortaient le soir, elles risquaient d’être importunées. Si une femme musulmane pense que sa relation à Dieu passe par le port du foulard, il faut le respecter ; mais si elle ne veut pas, il faut aussi l’accepter. Est-ce une recommandation, une obligation ? Le port du voile tiens plus de la tradition que d’un acte de foi. Le voile n’est pas une nécessité absolue (…) sur le parvis de la Mecque, les femmes sont sein à l’air et cheveux au vent pour celles qui sont de basse extraction. Elles se pavanent. Les autres ont des tenues héritées du temps des Assyriens ». lien

Dans la sourate Al Ahzaab, verset 53, on peut lire qu’Allah ordonna aux musulmans de ne s’adresser aux femmes qu’à travers un voile…sauf que dans d’autres traductions, il s’agirait d’une cloison et non d’un voile. lien

Contre toute attente, la pratique de la Burqa viendrait du culte d’Astarté dans la Mésopotamie antique, où pour honorer la déesse de l’amour physique, toutes les femmes, sans exception, devaient se prostituer une fois l’an dans les bois sacrés qui entouraient les temples de la déesse. lien

Cette légende est considérée par nombre d’internautes comme un hoax, affirmant que la burqa aurait été introduite en Afghanistan au début du 20ème siècle sous le règne de l’émir Habibulla, qui pour éviter que les 200 femmes de son harem ne puissent susciter le désir d’autres hommes, leur aurait imposé ce vêtement. lien

Pourtant, au 9ème siècle avant JC, c’est Téglath-Phalasar 1er, un roi assyrien, qui avait demandé que la prostituée du temple soit voilée, tout comme la déesse Ishtar  ; cette pratique ayant été étendue ensuite dans tout le Proche Orient.

En tout cas, la première preuve textuelle du port du voile vient bien de la Mésopotamie.

Le culte de la déesse Ishtar était associé avec la prostitution sacrée, et la déesse, appelée Hiérodule d’An (An étant le plus ancien dieu des Sumériens) était toujours représentée voilée. lien

À l’époque l’activité sexuelle dans le culte était symboliquement liée à la fertilité.

Chaque nouvel an, le souverain devait « épouser » l’une des prêtresses d’Inanna, afin d’assurer la fertilité des terres et la fécondité des femmes.

Lors de la cérémonie le Roi et son hiérodule pratiquaient l’acte sexuel en public. lien

D’autres font remonter l’origine de la Burqa à la dynastie Aquemenide de l’Empire Perse au 5ème siècle avant JC, mais d’autres encore affirment que le voile était aussi utilisé en Assyrie 13 siècles avant JC, bien avant l’apparition de la religion musulmane. lien

Enfin certains affirment que ce vêtement était tout simplement le vêtement traditionnel des tribus pachtounes d’Afghanistan. lien

Mais revenons à Astarté.

On trouve son équivalent dans pratiquement toutes les religions : elle est l’Aphrodite des grecs, l’Oholiba des juifs, l’Anahita des perses, la Nephtys des égyptiens, la Marie-Madeleine des chrétiens, l’Allat des arabes, l’Ishtar des mésopotamiens…lien

Astarté, fille de Sin, dieu de la Lune, et sœur de Samas, Dieu du Soleil, considérée par la religion judéo-chrétienne comme la démone de la débauche, était en Mésopotamie la déesse du Ciel Etoilé, de la Fertilité, de la Fécondité et de la Prostitution. lien

Pour ne pas être reconnues, alors qu’elles étaient obligées une fois l’an de se prostituer, les femmes de Mésopotamie n’hésitaient pas à se voiler complètement, pour des raisons faciles à comprendre.

Au début du 20ème siècle, le célèbre Atatürk, Mustapha Kémal, 1er président de la Turquie, hostile au voile, avait déclaré : «  mais pourquoi nos femmes s’affublent-elles encore d’un voile pour se masquer le visage, et se détournent-elles à la vue d’un homme ? Cela est-il digne d’un peuple civilisé ? Camarades, nos femmes ne sont-elles pas des êtres humains, doués de raison comme nous ? Qu’elles montrent leur face sans crainte et que leurs yeux n’aient pas peur de regarder le monde ! Une nation avide de progrès ne saurait ignorer la moitié de son peuple !  ». lien

Cette déclaration a été publiée dans l’ouvrage de Jacques Benoist-Méchin : « Mustapha Kémal ou la mort d’un empire » (éditeur Albin Michel-1954-page 373).

Atatürk avait donc décidé une loi toute simple, avec effet immédiat, permettant à toutes les femmes turques de se vêtir comme elles le désiraient…cette loi s’appliquant à toutes les femmes, sauf aux prostituées, qui elles, pour des raisons historiques, devaient porter la burqa.

Inutile de dire que cette loi cloua le bec aux intégristes de l’époque, car dès le lendemain de la proclamation de cette loi, plus aucune femme ne porta de Burqa en Turquie afin de ne pas passer pour une prostituée.

Mais les temps changent, et Erdogan a décidé récemment de mettre un terme à cette loi, autorisant à nouveau le voile. lien

Une fois de plus, c’est donc peut-être une méconnaissance de l’histoire qui est à l’origine d’une pratique qui se veut pourtant légitime par rapport à l’enseignement musulman.

À un autre niveau, sur la question chrétienne, choisir la crèche de Noël, l’un des symboles de cette religion, et l’installer dans un lieu représentant la république laïque comme vient de le faire le nouveau maire Biterrois, est bien évidemment contestée par les autorités républicaines. lien

Ceci dit, des provocateurs taquins pourraient pousser le bouchon un peu plus loin en rappelant que notre calendrier est censé commencer lors de la naissance du Christ, ce qui avait d’ailleurs poussé les révolutionnaires de 1792 à modifier ce calendrier.

Ils pourraient ajouter que notre république laïque ne s’interdit pas de mettre au compte des jours fériés des dates religieuses.

En effet, du lundi de Pâques au jeudi de l’Ascension, en passant par le lundi de Pentecôte, l’Assomption, ou même Noël, notre république laïque n’a pas hésité à valider comme jours fériés des dates à forte connotation religieuse. lien

Ce calendrier républicain de 1792 avait logiquement été institué pendant la révolution par la convention de 1792, proposant des noms poétiques comme Germinal, le mois de la germination, Floréal, celui des fleurs, Prairial, celui des prairies, finissant par Ventôse, le mois du vent. …lien

Calendrier logiquement annulé par Napoléon qui avait sa vision bien particulière de la République…puisqu’il en avait fait par la suite une quasi monarchie, se nommant lui-même empereur, comme on le sait. lien

Faut-il donc appliquer les règles laïques autant à la burqa, qu’à la crèche de Noël… voire en revenant au calendrier républicain ?

Que se passerait-il si un élu français de culte musulman installait dans sa mairie des signes ostentatoires de sa foi ?

Dans toute ces péripéties, il y a en marge la volonté de faciliter, ou pas, l’intégration des citoyens d’origine étrangère, quel que soit leur culte, mais ou se trouve la ligne jaune à ne pas dépasser ?

Chez nos voisins d’outre-Rhin, les responsables du CSU avaient proposé une solution pour le moins étonnante : obliger leurs immigrés à pratiquer la langue allemande non seulement dans l’espace public, mais aussi, en interne, dans leurs propres habitations…

On se pose logiquement la question du contrôle d’une telle pratique : des fonctionnaires allemands auraient-ils eu le droit de s’introduire dans les appartements des immigrés pour vérifier que la loi était bien respectée ?

Fort heureusement, cette proposition a provoqué un tollé parmi la classe politique dans son ensemble, et vient d’être abandonnée. lien

Tout cela est en mettre en résonnance avec 2 magnifiques films « qu’Allah bénisse la France  », qui vient tout juste de sortir, réalisé par le rappeur strasbourgeois Abd Al Malik dont le message est clair : «  avec toute notre diversité, ensemble on peut être mal partis (…) mais in fine, on construit notre histoire ensemble, et on va réussir ensemble  » et « Timbuktu », un film sur la résistance malienne aux jihadistes qui avaient occupé Tombouctou, que l’on doit à Abderrahmane Sissako, lequel évoque « un islam pris en otage par un groupe de gens qui parlent au nom d’une religion pour accomplir ce qui n’est pas religion ». lien

Comme dit mon vieil ami africain : « la faucille dont on change le manche reste une faucille ».

L’image illustrant l’article vient de « leconomiste.com »

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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