Une justice à géométrie variable

La Justice a tranché : Loïc Sécher percevra près de 800 000 euros de dédommagement pour les 7 années qu’il a passées en prison. La somme est importante en regard de la situation sociale d’un nombre croissant de Français, de plus en plus confrontés à la paupérisation, voire à la pauvreté. Mais cette somme n’en est pas moins dérisoire relativement aux souffrances endurées, dérisoire de surcroît lorsqu’on la compare au dédommagement perçu par un aventurier amoral lors du précédent quinquennat…

Loïc Sécher a passé 7 années et 3 mois en prison, soit « 2655 jours » d’incarcération comme il le souligne lui-même sur le ton amer de l’homme condamné à une lourde et infâmante peine criminelle pour un crime qu’il n’a pas commis. 87 mois d’enfer ! De quoi détruire un individu, et cela d’autant plus qu’en prison, Sécher, condamné à 16 ans de réclusion pour viol à l’encontre d’une adolescente de 14 ans, a « bénéficié » du traitement réservé à ceux qu’en jargon carcéral l’on nomme les « pointeurs » (violeurs d’enfants).

Sourde aux multiples protestations d’innocence de Loïc Sécher et à une double grève de la faim et de la soif engagée par désespoir pour échapper à la machine à broyer judiciaire, la Justice a pourtant dû revoir sa copie : saisie de remords après quelques années de mutisme, la « victime » est spontanément revenue sur le témoignage qui avait envoyé Sécher aux Assises en 2003, et cela de manière réitérée et convaincante. Enfin reconnu non coupable, l’ex-ouvrier agricole a vu sa condamnation annulée le 13 avril 2010. Rapidement libéré, Loïc Sécher a définitivement été blanchi le 24 juin de la même année, lors du procès en révision.

Privé de ses maigres biens par les frais d’avocats et en l’absence de toute provision sur l’indemnisation à venir, Loïc Sécher a, depuis 2010, principalement vécu du RSA et n’a souvent pu manger à sa faim que grâce aux Restos du Cœur du Pays bigouden où il s’était réfugié chez un ami.

Lundi, la Cour d’Appel de Rennes a définitivement mis un terme à l’affaire Sécher en octroyant une somme de 797 352 euros à l’ancien ouvrier agricole de Loire-Atlantique au titre de l’indemnisation pour ces 87 mois de mise au ban de la société. 797 352 euros pour le préjudice professionnel, l’atteinte à l’honneur, le préjudice social et familial, l’opprobre publique, le préjudice moral, la durée de détention et les outrages subis par Loïc Sécher.

Cette somme est l’une des plus grosses indemnisations versées par la Justice française au bénéfice d’un homme reconnu innocent du crime pour lequel il avait été condamné. Avant Sécher, Patrick Dils, injustement condamné pour l’horrible meurtre de deux gamins en Lorraine, avait quant à lui touché en 2008 une indemnisation de 1 million d’euros bien dérisoire en regard des 15 années terribles qu’il avait passé en détention.

 « J’aurais préféré ne pas toucher un centime et ne pas avoir vécu toutes ces galères. (…) Ce que j’ai vécu ne se chiffre pas. » Ces mots sont de Patrick Dils, mais ils auraient pu être prononcés par Loïc Sécher avec la même conviction, le même sentiment d’une réparation qui n’effacera jamais le traumatisme, la honte, la douleur, la profonde blessure qui ne sera jamais totalement cicatrisée.

En 2008 également, un Tribunal arbitral était constitué sur mesure par Christine Lagarde, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, pour solder, dans l’affaire Adidas, le litige opposant « l’ami du président » Bernard Tapie au Consortium de réalisation (CDR) mandaté pour gérer le passif du Crédit Lyonnais. Le samedi 12 juillet 2008, jour de honte pour la France, ce Tribunal arbitral aux ordres rendait son scandaleux verdict : le CDR était condamné à verser 240 millions d’euros à l’ex-homme d’affaires au titre du manque à gagner, et 45 millions d’euros au titre du préjudice moral.

Depuis lundi, on sait désormais que le préjudice moral d’un Tapie vaut 75 fois* celui d’un Sécher. Chacun appréciera !

* La Cour d’Appel de Rennes a accordé à Loïc Sécher 197 352 euros au titre du préjudice matériel, et 600 000 euros au titre du préjudice moral.

Une pensée sur “Une justice à géométrie variable

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    2 octobre 2012 à 14 02 14 101410
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    Fergus,

    J’ai bien reçu votre courriel en « privé ».

    Merci d’avoir la gentillesse de venir répondre aux réactions suite à votre 1er article.

    Je vous en remercie.

    Cordialement,

    Le Panda

    Patrick Juan

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