Une série d’été : mon voyage à domicile avec les "gens d’à côté"

LE YETI :

Décidément, la mode est au chemin faisant. Il y eut Jean-Paul Kauffmann qui remonta peinard la Marne, Axel Kahn qui dévala la France à pied sur 2 160 km. Mon périple à moi fut bien plus modeste : sortir sur le pas de ma porte, humer l’air, regarder alentour, et vous présenter mes si attachants “gens d’à côté”.

Ma petite série d’été se déroula en cinq épisodes, à raison d’un par semaine et en incluant un prologue précoce paru en juin  :

Il y eut deux semaines à trou. Un interlocuteur pressenti préféra d’entrée ne pas s’afficher en public. Un autre interrompit l’aventure après avoir pris connaissance du projet de texte le concernant, jugé sans doute trop sensible et intime.

À une exception près (Christiane), je les connaissais à peine, mes chers personnages, en leur proposant ma petite expérience. À chaque fois, ils ont réussi à me surprendre. Pris par le morne quotidien, nous passons trop souvent à côté des “gens d’à côté”. Les “gens d’à côté” sont comme certaines plantes, il faut gratter pour qu’ils exhalent tout leur parfum.

Méthodologie

Tout au long de ces enquêtes, j’ai suivi rigoureusement et systématiquement la même méthodologie :

  • une période de découverte informelle basée sur l’observation de mes héros et héroïnes ;
  • une interview faite essentiellement de questions assez ouvertes pour permettre l’expression spontanée, avec une petite partie de questions plus fermées pour parfaire la précision des informations à transmettre  ;
  • tous mes projets de texte furent soumis aux personnes concernées avant publication pour accord, correction ou complément.

Il est notable qu’aucun de mes chers “voisins” n’évoqua spontanément sa condition financière, ni pour s’en plaindre, ni pour s’en satisfaire. Mes “gens d’à côté” vivent de peu tripette mais font avec. Non qu’ils crachent eux non plus sur le grisbi, mais bien vivre semble leur être plus important que de bien “gagner” leur vie.

Peu de référence à la politique non plus (sauf Julien qui s’en déclara dégoûté). Aucune véritable indifférence à ce thème, bien au contraire, ni aux autres questions d’ordre social, mais encore une fois, tous mes interlocuteurs paraissaient bien plus préoccupés d’apporter leur petite pierre personnelle à un vaste édifice qu’à en discuter indéfiniment l’architecture.

Un voyage à domicile à hauteur d’humain

Ma petite série n’avait évidemment aucune prétention sociologique, surtout pas celle de vous dresser quelques-uns de ces caricaturaux portraits-types qui font les délices des médias et de leurs “spécialistes” de bazar. Juste de vous faire partager quelques tranches de vie qui me paraissaient suffisamment savoureuses et chaleureuses.

J’inscris ma démarche dans le parcours d’un voyageur à domicile tenant le journal de son périple, plus soucieux de trinquer avec ses rencontres de chemin, à hauteur égale de regards, que d’en tirer je ne sais quel approximatif enseignement.

Comme pour Nathalie avec ses chevaux, le temps me paraît un élément essentiel à la qualité du voyage. En ce sens, les remarques d’un Kauffmann, arpentant les rives de la Marne à raison de huit kilomètres maxi par jour, me paraissent infiniment plus riches que celles d’un Kahn avalant ses trente bornes quotidiennes — soit six heures de marche au bas mot, sans parler de la récupération et du soin des ampoules.

À ce rythme d’enfer, vous avez toutes les chances de ne chercher dans le paysage qu’une vague confirmation de vos préjugés du départ. Et c’est ce qui arriva, me semble-t-il, à Axel Kahn, promptement remis à sa place après ses propos lapidaires sur Decazeville.

Mais voilà la fin de l’été, le temps de la rentrée, le moment douloureux, dit-on, de ré-affronter la (triste) réalité. Mais quelle réalité ? Pour tout vous dire, l’idée de me recoltiner (et de vous infliger) la déconfiture d’un ex-grand espoir du monde (Obama), les moult inepties grandguignolesques de l’équipe Hollande ou la chute inexorable d’une maffia financière foireuse ne m’enchante guère.

Mais après tout, qui sait, une série n’est-elle pas appelée à s’étendre sur plusieurs saisons ? La déambulation du voyageur à domicile n’en comprend-elle pas quatre (saisons), immuables, chaque année ? Allez, continuons vaillamment notre marche à pas lents, entre petits bonheurs et mauvais grains à affronter. Nous verrons bien.

Une pensée sur “Une série d’été : mon voyage à domicile avec les "gens d’à côté"

  • avatar
    10 septembre 2013 à 14 02 33 09339
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    « bien vivre semble leur être plus important que de bien “gagner” leur vie »
    Une philosophie saine qui devrait être à la porté de chacun d’entre-nous.
    Nous ne connaissons pas le trésor qu’il y a en chacun de nos voisins. Si nous pouvions ouvrir nos yeux et nos oreilles et connaître vraiment nos voisins, je crois que la qualité de notre vie s’améliorerait à coup sûr.

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