Union bancaire : le plus petit dénominateur commun, encore et toujours…

MICHEL SANTI :

Quelle union bancaire nous sert-on ? Celle qui implique un processus de décision d’une rare complexité ? Celle qui ne peut être efficiente qu’après consultation de toute une série d’organismes, de gouvernements et d’officiels ? Celle qui ne dispose même pas de fonds suffisants ? Celle qui ne saurait être financée par les marchés, tout simplement du fait d’un mécanisme d’une rare opacité ? Ou celle qui ne sera réellement en place qu’en 2025, alors même que la fréquence des crises bancaires et financières aurait exigé une action immédiate ? A moins que cette union bancaire dont nos responsables politiques se montrent si fiers ait finalement rompu le nœud gordien entre banques et Etats ? Pourtant, jugez-en par vous-même : c’est bel et bien les fonds publics qui seront sollicités – et qui ne manqueront évidemment pas de l’être ! – dès lors que la cagnotte prévue à cet effet s’avèrera insuffisante. Car, dans le meilleur des cas, l’accord prévoit que les gouvernements européens respectifs auront la possibilité – pour soutenir leurs banques – de contracter des emprunts au Mécanisme Européen de Stabilité (MES).

C’est donc ainsi que nos dirigeants comptent opérer une ligne de démarcation entre risque bancaire et risque souverain. La priorité des priorités – qui est d’éviter que le contribuable fasse toujours les frais des crises financières – serait donc atteinte en forçant les Etats – c’est-à-dire nous ! – à contracter de nouveaux emprunts pour sauver les banques… Union bancaire de toutes les ambigüités et de tous les non-dits car, à des années lumière du mécanisme automatisé de transferts en vigueur aux Etats-Unis par exemple, l’Allemagne continue d’imposer le chacun pour soi dont on sait pertinemment bien qu’il exacerbe la vulnérabilité des banques fragiles de l’Union. Hormis le processus lourd du déclenchement de ces fonds mis à disposition des banques en péril, les sommes elles mêmes dédiées à cet effet seraient tout juste suffisantes pour secourir une, voire deux, banques de taille moyenne de l’Union. Comment s’y prendra-t-on dès lors qu’une banque majeure aux activités transfrontalières sera sur la sellette ? Comment se fait-il, par ailleurs, que rien ne soit prévu pour recapitaliser celles des banques qui en auront besoin à l’issue des stress tests qui seront entrepris en 2014 ? En outre, comment les 6000 banques de la zone euro seront-elles supervisées au niveau européen, quand il est prévu que la BCE et que le nouveau mécanisme créé par l’union bancaire aient sous leur tutelle tout au plus 330 établissements ?

Et pourtant, telle est l’illusion qui berce encore les officiels européens, qui ne parviennent décidément pas à reconnaître publiquement que l’Allemagne sabote systématiquement toutes les velléités de plan prévoyant la moindre mutualisation des risques et des engagements au sein de cette Union européenne dont elle fait pourtant partie intégrante. Alors que c’est les banques allemandes qui ont le plus bénéficié avant 2008 des subsides européens, exactement comme c’est les banques allemandes qui seront certainement les premières en ligne à montrer des défaillances à l’avenir. L’Allemagne n’est-elle pas en effet une sorte de spécialiste des crises bancaires, distançant en cela de très loin tout à la fois l’Espagne, l’Italie et l’Irlande ? L’Allemagne ne nous a-t-elle effectivement pas habitué à ses secousses bancaires à répétition comme à ses banques sous capitalisées et, ce, dès 1974 et l’effondrement de la Herstatt Bank? Ironie du sort : n’est-ce pas la maladie chronique du système bancaire allemand qui a nécessité la mise en place du Comité de Bâle censé préserver l’ensemble de l’édifice, notamment des carences germaniques ? En outre, la majorité des aides gouvernementales européennes – depuis les années 2008 et 2009 – n’a-t-elle pas été destinée aux banques allemandes, tant et si bien qu’il est possible d’affirmer que les contribuables de cette Europe périphérique tant discréditée ont sensiblement participé au sauvetage des banques allemandes ?

L’opposition farouche de ce pays à une union bancaire digne de ce nom semble dès lors hypocrite, mais il est vrai que – pour l’Allemagne – les enjeux dépassent largement le cadre de ce simulacre d’union bancaire qui la laisse de marbre. Mais qui lui permet néanmoins de sauver la face et surtout de retarder – voire d’enterrer ? – l’union fiscale… S’il est vrai que 2012 et que 2013 furent indiscutablement les « années BCE ». S’il est vrai que l’habileté florentine de Mario Draghi autorisèrent le sauvetage – au moins dans la forme – de l’euro. L’année 2014 s’annonce mal car c’est les Etats qui doivent à présent prendre le relais d’une banque centrale totalement bridée et qui a d’ores et déjà dépassé les limites formelles de son mandat. Comment nos Etats européens stimuleront-ils la croissance s’il leur est déjà si difficile de s’accorder sur une coordination bancaire élémentaire ?