Vers un totalitarisme rampant…

Recherche menée par Robert Gil

et nousOn savait depuis des décennies, et même pourrait-on dire depuis sa domination au 19e siècle, que l’impératif du Capital était, et est, de prospérer en exploitant la force de travail et toutes les autres techniques – financières en particulier – qui pourraient servir son objectif principal,… faire de l’argent.

Tant que cette activité s’est déroulée au sein même des grands pays industriels – ceux-là même où est né le capitalisme -, sous leur contrôle et avec la possibilité de piller consciencieusement, et sans opposition, les richesses de la planète, le capital a pu, et su, se montrer relativement généreux pour celles et ceux qu’il exploitait.

La lutte entre exploiteurs et exploités a été dure, mais ces derniers ont réussi à arracher des avantages économiques et sociaux constituant ce que nous appelons aujourd’hui les « acquis sociaux ». Les premiers avaient d’ailleurs intérêts à céder, ne serait-ce que pour s’assurer une paix sociale propice aux affaires.  Les conditions d’après la 2e Guerre Mondiale, et surtout après la décolonisation ont « redistribué les cartes ».

Les conditions de valorisation du Capital se sont internationalisées, débordant les frontières protectrices des « Etats-Nation », ouvrant la voie à une déréglementation financière et faisant basculer le capitalisme d’un « capitalisme industriel » à un « capitalisme financier », autrement dit vers des activités financières pourvoyeuses de profits jamais réalisés auparavant.

C’est donc tout à fait logiquement que l’économie réelle, celle des entreprises, des ménages, est devenue, en quelque sorte, la variable d’ajustement de l’économie financière, celle des marchés financiers. Les États, quelle que soit leur couleur politique, ont été complices de cette évolution, faisant le choix d’assurer cette libéralisation de l’économie. Pas seulement la finance, mais aussi les services publics, la santé, l’Ecole, les retraites,…

Le rôle d’arbitrage de l’Etat, traditionnel dans l’Etat-Nation en période de capitalisme industriel, a quasiment disparu… Seul prime l’intérêt du Capital dès lors mondialisé. Les salariés, marginalisés, atomisés et affaiblis, dans un rapport de force défavorable, sont désormais à la merci des exigences des acteurs financiers de l’économie. Leurs acquis sociaux sont peu à peu rognés. L’Etat reprend son rôle traditionnel de garant du système et impose, sans discussion, l’ordre au service des intérêts du Capital. Cette nouvelle situation a des conséquences considérables dans la sphère du politique.

Ce que nous appelons la démocratie, était fondée sur une situation dans laquelle la société offrait des conditions d’existence plus ou moins acceptables aux salariés,… mais encore avaient-ils un emploi, un revenu et pouvaient-ils revendiquer, lutter pour améliorer leurs conditions de vie. C’est cette situation qui explique probablement que dans aucun pays capitaliste développé, la classe ouvrière n’a jamais renversé le système qui l’opprimait… la situation était supportable et offrait des perspectives d’amélioration.

Aujourd’hui, les conditions de développement du capitalisme peuvent largement, en particulier dans les vieux pays industrialisés, se passer de la force de travail disponible dans la société… Ceci explique l’extension de l’exclusion, qui a pris le pas sur ce qu’était l’exploitation. Autrefois on luttait contre l’exploitation capitaliste, aujourd’hui on craint l’exclusion. Les salariés n’ont plus face à eux des patrons, en chair et en os, mais des entités évanescentes et insaisissables : les marchés.

 Or, un système qui est incapable de produire du lien social, de la cohésion sociale – ici le salariat – est forcément fragilisé quant à l’ordre qu’il doit faire régner. Le Capital ne payant plus, les conquêtes sociales étant inexistantes, la régression sociale généralisée, l’exclusion s’étendant à toutes les couches de la société, seule la force, la contrainte, la répression deviennent les moyens de la stabilité.

Tant que l’illusion de la « démocratie politique », maintenue par une classe politique parasite et complice, à grand renfort de médias, fera illusion, un semblant d’ordre existera, ce qui n’empêche pas la déliquescence sociale : communautarisme, délinquance, contestation,… Mais cette situation ne peut durer qu’un temps.

Le pouvoir politique prend de plus en plus ses aises, avec les principes dont il se réclame : lorsque le peuple ne vote pas comme il faut, il contourne la décision avec l’aide des politiciens : exemple du Traité Constitutionnel Européen en France, exemple de la pression des dirigeants européens pour éviter une consultation populaire en Grèce à propos du programme européen qui lui est imposé.

Certes, on peut considérer ces évènements de manière isolée, mais à y regarder de près, c’est en fait une tendance qui s’instaure. On assiste en fait à un véritable détournement de légitimité. Détournement d’autant plus simple à justifier que l’on peut toujours expliquer que « les représentants du peuple expriment la pensée de celui-ci qui finalement n’a pas besoin d’être consulté  » (CQFD).

Détournement d’autant plus facile à opérer que les dirigeants savent que le peuple n’a aucun moyen de pression, aucune auto organisation, aucune perspective en dehors des institutions… et qu’il participe, faute de mieux, et par peur de l’inconnu, passivement à la mascarade électorale qui verrouille tout.

La révolte que celui-ci peut exprimer est facilement contrôlable grâce aux mercenaires (armée, police) du pouvoir qui explique que cette force est « démocratique » puisque dirigée par des représentants élus. (CQFD)

Ainsi, « de fil en aiguille » au nom d’impératifs économiques et financiers qualifiés d’incontournables et «naturels», et avec la meilleure volonté «démocratique» du monde on finit par instaurer et à accepter un système politique totalitaire. Le système politique se met alors à nu, dévoile ce qu’il est réellement : un instrument de domination sociale. Dans les têtes et dans la rue il est alors trop tard pour faire marche arrière. La sortie de ce cauchemar coûte généralement très cher.

Le fascisme a été dans l’Histoire du 20e siècle un des moyens qu’a trouvé le capitalisme pour dépasser une situation bloquée et éviter sa remise en question. Le fascisme n’est pas exogène au capitalisme, mais une de ses productions, à un moment donné, pour dépasser ses contradictions. Ceci montre le caractère éphémère, fragile de ce que nous appelons la démocratie.

Celle-ci n’existe que lorsque le Capital la trouve conforme à ses intérêt, mais il peut parfaitement s’en passer- la Chine, la Russie en sont de parfaits exemples- et l’Histoire du 20e nous en donne de multiples exemples.

 On ne pourra pas dire que l’on n’a pas été prévenu.

D’après un texte de Patrick MIGNARD  en novembre 2011

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