Vœux 2013 : inverser la "stratégie du choc"

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Dans mon petit bilan de l’année 2012, j’avais entrevu quelques raisons d’espérer : l’évolution palpable des mentalités (surtout chez les jeunes), la montée en puissance de nouvelles forces vives (tant politiques qu’intellectuelles). Que nous souhaiter de mieux pour 2013, sinon une poursuite et un enracinement de la “Grande mutation” en cours ?

Que manque-t-il pour achever leur vieux monde malodorant et précipiter l’accouchement collectif du nouveau. Juste un peu d’audace et un effet de choc, au sens où l’entend Naomi Klein, mais en l’inversant.

“La stratégie du choc”, c’est la façon dont les puissants profitent d’un traumatisme brutal (guerres, crises, cataclysmes…) pour enraciner leur pouvoir, détricoter ce qui reste de démocratie réelle, s’emparer d’encore plus de richesses publiques. Comment retourner la tendance ? N’y allons pas par quatre chemins, deux suffisent, uppercut à l’estomac, direct au menton.

1/ Attaquer les points faibles du vieux monde : les banques, les dettes et les idées reçues

E. Todd en 2010 (photo Audrey Cerdan Rue89)Le vieux système de domination qui, comme le rappelait justement Emmanuel Todd dans une interview au Point, permit aux très riches de s’emparer du monde avec la complicité zélée des politiques, est très mal en point. Après cinq ans de crise ininterrompue, les trois fondations sur lesquelles repose son pouvoir se désagrègent à grande vitesse :

  • une arme de domination massive de plus en plus lézardée : le système financier et sa façade principale, les banques ;

  • une stratégie à bout de souffle : la soumission des populations par la dette tant publique que privée, que plus personne n’est en mesure de rembourser ;

  • un bouclier psychologique cousu de fil blanc, avec sa batterie d’idées reçues censées paralyser toute tentative de subversion (ah, les “petits épargnants”, ces innocentes victimes expiatoires toutes désignées !).

Il suffirait d’un rien pour précipiter la chute de ces citadelles vacillantes. Osez les attaquer et vous verrez que la panique changera de camp. On mesura celle que déclencha l’action pourtant bien maladroite de Cantona fin 2010.

Débarrassons-nous une bonne fois pour toute de notre crédulité nunuche. Nous n’avons pas à rembourser l’argent que les très riches ont volé pour nous le reprêter. Régularisons nous-mêmes les banques en élisant nos “good banks” et en boycottant les autres, celles qui ont des filiales dans les paradis fiscaux par exemple, nos “bad banks” à nous.

2/ La “Grande mutation”, ça commence dans la tête

Emmanuel Todd juge à juste titre qu’un nouveau monde est aisément possible s’il est soutenu par une élite dirigeante. Il pense à tort, selon moi, qu’il suffit de faire pression sur les vieux pots pour qu’ils corrigent leurs trajectoires imbéciles. D’où sa foi plutôt naïve en un “hollandisme révolutionnaire” [rires].

Pas de nouveau monde possible sans têtes bien faites, d’accord. Mais comme nous l’avons vu dans mon bilan 2012, la relève, connue ou encore méconnue (les jeunes), est désormais en voie de pouvoir être assurée. On ne réforme pas une élite finissante, corrompue à l’os. On la renouvelle.

La “Grande mutation”, ça commence aussi dans la tête de chacun d’entre nous. Construire un nouveau monde ne relève pas seulement de la mécanique de garagiste ou de l’arrivée heureuse du héros providentiel. Mais d’un changement radical et courageux des mentalités.

Un nouveau monde, un vraiment peinard, pas un truc tordu façon “Grand soir”, ne peut s’envisager qu’après élimination des vieilles scies mentales. Non, la croissance exponentielle n’est pas notre seul horizon. Oui, la valeur-travail a du plomb frelaté dans l’aile et c’est tant mieux. Non, les très riches voyous d’en face ne sont pas voués à demeurer éternellement les plus forts.

Le “choc” cher à Naomi Klein sera inversé dès lors que ces paramètres seront intégrés dans nos schémas mentaux et que nous saurons les faire partager. Foin des braillards, des geignards ou des pétochards, il suffirait de si peu de choses. Un simple éclair de clairvoyance, un zeste de malignité et un brin de panache. 2013, année du choc, ce serait bonnard et sacrément punchy, non ?

“La stratégie du choc” (Naomi Klein interviewée par J.P. Lepers)

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