La vie à Scotstown après neuf mois

Église-Luc-et-Johanne

DOMINIQUE BOISVERT :

Près de 9 mois après notre arrivée (1er avril), et à la veille d’une nouvelle année, le moment est venu pour moi de faire le point sur mon aventure de vie à la campagne (Scotstown, 500 et quelques habitants, entre Sherbrooke et Lac Mégantic).

D’abord c’est beau! Merveilleusement beau, particulièrement quand tous les arbres, feuillus comme conifères, sont délicatement ourlés de neige. Et paisible (malgré la chicane des « 4 roues contre les skis de fond ») comme il est m’était difficile de l’imaginer en vivant sur le boulevard Pie IX. La Nature a sur moi, à mon insu, son effet bénéfique et vivifiant… pour peu que je lui en donne l’occasion J!

Ensuite c’est petit. Ambivalemment petit (pardonnez le néologisme). C’est-à-dire à échelle humaine, avec tous les avantages et les inconvénients d’une telle proximité (certains diraient promiscuité). Les commerces et les services sont à distance de marche… quand ils existent! Tout le monde (ou presque) se connaît… et connaît ce qui se dit sur les uns et sur les autres. Mais tous les enjeux sont à portée de main : de l’augmentation du compte de taxes à l’organisation des loisirs, en passant par l’occupation du territoire et le taux de chômage : tout cela porte un nom et un visage et peut devenir question de survie pour le village.

Mais c’est aussi riche. Immensément riche d’expériences humaines, de rencontres, de possibilités (même culturelles) et de questionnements. Si nos grands « centres » ont l’impression d’être les moteurs du Québec (difficile, pour les Montréalais ou même pour les gens de Québec, de ne pas se sentir inconsciemment comme le « nombril du monde », aux plans économique, politique et culturel), force est de constater que la majorité des « décideurs » n’ont aucune idée de la réalité de 90% du territoire et de la moitié de la population (ce que Jacques Proulx appelait du terme générique de « ruralité ». Et c’est cet angle mort de notre réflexion urbaine que je découvre peu à peu avec surprise et bonheur.

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Sur le plan personnel, je venais à Scotstown avec un double projet précis : me consacrer à l’écriture et explorer l’univers mystérieux de la « gratuité ». Pour toutes sortes de raisons, j’ai mis presque neuf mois à plonger vraiment dans ce projet.

La chose était assez prévisible, il est vrai : « chassez le naturel et il revient au galop » dit l’adage. Même un microcosme comme Scotstown peut facilement fournir à un curieux/idéaliste/militant comme je suis de quoi occuper à plein temps plus que ses journées! Apprendre à connaître les gens, à découvrir les us et coutumes, développer des connivences et des solidarités, participer à certaines activités ou projets : autant d’occasions d’être détourné de ses propres priorités!

Un récent projet (encore en gestation), celui d’un café communautaire de village, nous a occupés, Céline et moi, pendant plus de deux mois entre fin septembre et début décembre : à lui seul, ce projet pourrait faire l’objet d’une chronique entière et on n’aurait pas encore épuisé le sujet. Pour moi, ce fut l’occasion de réaliser qu’un tel projet se ferait nécessairement au détriment de ce que j’étais venu vivre à Scotstown. Je m’en suis donc retiré complètement. Et peu de temps après, je mettais en place les conditions nécessaires pour pouvoir enfin me consacrer vraiment à mon double projet.

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Notre venue à Scotstown n’était aucunement prévue à pareille date l’an passé (ce n’est que le 28 décembre 2013 que nous avons vu, par hasard, l’annonce d’une maison à vendre : celle que nous avons décidé de louer à l’essai pour 15 mois). Nous ne savons pas ce que nous réserve l’avenir après le 30 juin prochain. Mais nous avons découvert un mode de vie qui m’était jusqu’ici inconnu mais auquel je trouve, à mon agréable surprise, beaucoup de charme et de plaisir. Et que nous espérons pouvoir continuer à vivre encore plusieurs années.

En cette fin d’année 2014, je vous souhaite, à vous qui me lirez, une année 2015 remplie de joie et de sérénité. Que la Vie vous apporte, à vous et à tous ceux qui vous sont chers, la même paix, la même santé, la même prospérité et la même justice qu’elle apportera aux sept milliards d’hommes et de femmes qui sont nos frères et sœurs en humanité.

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Dominique Boisvert

Membre du Barreau pendant 20 ans, Dominique Boisvert a choisi de travailler essentiellement en milieux populaires dans les domaines de la solidarité internationale, des droits humains, des immigrants et des réfugiés, de l’analyse sociale, de la paix et de la nonviolence et des questions spirituelles. Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) en 2000, il a publié aux éditions Écosociété L’ABC de la simplicité volontaire (2005) et ROMPRE! ou Le cri des « indignés » ( 2012). Il a également publié aux Éditions Novalis, Québec, « tu négliges un trésor ! Foi, religion et spiritualité dans le Québec d’aujourd’hui » (2015) et La « pauvreté » vous rendra libres !, Essai sur la vie simple et son urgente actualité (2015). Il anime, depuis 2010, le blogue du RQSV (www.carnet.simplicitevolontaire.org) et il a aussi son propre site (www.dominiqueboisvert.ca) depuis le printemps 2014.

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