AU QUÉBEC: BRAS DE FER ENTRE INTÉRÊTS OLIGARCHIQUES ET BIEN COMMUN

 
 
 
 

 

Ce qui se passe présentement au Québec est plus qu’une simple manifestation étudiante contre la hausse des frais de scolarité. Cette problématique est plutôt le point de départ d’un questionnement plus fondamental sur nos priorités, la gestion de nos biens, de nos richesses et sur la responsabilité de ceux et celles qui ont le mandat d’agir pour répondre prioritairement aux exigences du bien commun de la collectivité. Pour une grande majorité de cette dernière, l’éducation gratuite, accessible à tous et à toutes, fait partie de ce bien commun. 

Dans la situation actuelle, le Peuple Québécois a le sentiment que nos responsables politiques agissent davantage comme représentants d’oligarchies financières et économiques que comme représentants du peuple. Ils mettent au service de ces dernières les outils de l’État ainsi que ses richesses tout en modifiant subtilement les engagements de l’État à l’endroit des travailleurs, des étudiants, des groupements sociaux, des soins de santé. 

Ce qui se passe au niveau des organisations sociales, des associations étudiantes, des groupes écologiques, des regroupements des travailleurs ne peut être, pour ces gouvernants et oligarchies, que marginal et le produit de quelques radicaux en mal de publicité. S’il y a des déficits, c’est à cause d’eux et s’il faut serrer la ceinture quelque part c’est vers eux qu’il faut se tourner. Leurs manifestations, leurs lamentations n’ont pas de quoi ébranler la sérénité de ces gouvernants qui ont déjà tout pensé à l’avance. Il n’y a donc rien pour prendre la cause de ces contestataires au sérieux et encore moins pour les prendre eux-mêmes au sérieux. 

L’humour cynique de Jean Charest à l’endroit des étudiants et de leurs manifestations en a été une expression sans équivoque. D’ailleurs, le rire de son auditoire n’a fait que confirmer la nature de ceux et celles au service desquels il se met. 

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=xcVMe5HLF_Q&w=560&h=315] 

Pourtant, des peuples, beaucoup plus pauvres que le Québec et le Canada, ont la conscience sociale suffisamment développée pour assurer « gratuitement et solidairement » l’éducation à tous et à toutes. C’est, entre autres, le cas de Cuba, de la Bolivie, de l’Équateur, du Venezuela, du Nicaragua. Pourquoi ces derniers peuvent-ils le faire et pas nous? 

Une des réponses est que ces peuples se sont dotés d’une constitution, ce qui n’est pas encore le cas pour le Québec, dans laquelle l’éducation et la santé sont inscrites comme des biens essentiels, devant être accessibles à tous et à toutes. Ainsi, l’État a la responsabilité de trouver les ressources nécessaires pour répondre à cette obligation. Pour y arriver, il puise, entre autres, dans les richesses du pays, dans une fiscalité équitable et dans une saine gestion, sans privilèges ni corruption. Lorsque nécessaire, il y a des nationalisations, des prises de contrôle par l’État de certains secteurs de l’économie et des finances. Des mises au pas de certains secteurs habitués à puiser sans contrôle dans la caisse ont été nécessaires. Plusieurs ont poursuivi leur collaboration avec des conditions avantageuses, mais non irraisonnables. D’autres sont partis. Ces pays ne s’en portent que mieux. 

Si les oligarchies financières et économiques ont toujours leur place dans le développement de la société, ce n’est plus en tant que maitres de l’État, mais en tant que participants, au même titre que toutes les autres composantes de la société. Elles sont parties du bien commun, mais elles ne sont pas le bien commun. Leurs intérêts doivent s’y subordonner comme c’est le cas pour tous les autres groupes de la société. La liberté des uns a pour frontière celle des autres tout comme les droits des uns ont pour frontières le droit des autres. 

Lorsqu’on dit qu’il n’y a plus d’argent, que les déficits s’accumulent et qu’on ne peut laisser aux générations à venir le poids des dettes accumulées, a-t-on vraiment fait le tour de toute la question? A-t-on scruté tous les recoins de la fiscalité pour en vérifier l’équité solidaire de tous et de toutes avec la société? A-t-on révisé si les conditions d’exploitations des richesses du Québec répondent aux valeurs réelles de ces dernières et si les montants investis par l’État ont un rendement compétitif aux marchés?   A-t-on regardé de plus près la gestion de nos sociétés d’État, Hydro-Québec, la SAQ et tous les autres services, sujets à l’influence des lobbies et à la corruption? 

Il est facile de couper dans la santé, l’éducation, le social et de laisser aller le navire aux commandes d’oligarchies qui ne demandent pas mieux que de disposer de tous les avoirs. Depuis deux ans, nous parlons de corruption dans à peu près tous les secteurs. Des centaines de millions de dollars s’envolent sans qu’il y ait eu panique dans la demeure. Pourtant les déficits étaient là. 

Pendant que l’État reprend de plus en plus sa place dans les pays du sud, ici, on cherche à en réduire le rôle et l’importance. Les oligarchies savent que l’État est le seul à avoir la responsabilité de répondre aux exigences du Bien commun. Elles ne sont pas trop intéressées à ce que les gouvernants prennent ce rôle trop au sérieux. 

Le principe qui devrait guider les gouvernants est le suivant : l’État autant que nécessaire et le privé autant que possible. En d’autres mots, il revient à l’État de fixer les frontières du privé et de tous les autres acteurs de la société. L’État est le maitre du jeu, non pas pour un groupe en particulier, mais pour l’ensemble de la collectivité. N’est-ce pas lorsqu’un peuple se reconnait dans ses dirigeants et ses politiques que la démocratie prend tout son sens?  Il faut croire que le Québec est encore loin de la démocratie. 

La grève des étudiants marque un départ important pour exiger les réformes qui s’imposent dans tous les secteurs de la gouvernance de l’État. Le Peuple Québécois doit s’approprier les outils d’un État indépendant et souverain et se donner une constitution qui déterminera ses priorités et les voies de son développement. Les gouvernants devront s’y soumettre tout comme l’ensemble des groupes et des personnes composant la société.

 

Oscar Fortin

Québec, le 23 avril 2012 

http://humanisme.blogspot.com

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Oscar Fortin

Libre penseur intéressé par tout ce qui interpelle l’humain dans ses valeurs sociales, politiques, économiques et religieuses. Bien que disposant d’une formation en Science Politique (maîtrise) ainsi qu’en Théologie (maîtrise), je demeure avant tout à l’écoute des évènements et de ce qu’ils m’inspirent.

14 pensées sur “AU QUÉBEC: BRAS DE FER ENTRE INTÉRÊTS OLIGARCHIQUES ET BIEN COMMUN

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    29 avril 2012 à 7 07 19 04194
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    Quand allons-nous comprendre que d’élire un parti politique au pouvoir est de donner le pouvoir à une OLIGARCHIE?

    Point n’est besoin que ce soit une oligarchie économique. Un parti politique EST une oligarchie. Il faut faire disparaître cette notion de parti avec un « chef ».

    Il faut effacer notre esprit de cette classification « Gauche/Droite » qui est une notion « économique » beaucoup plus que « sociale ».

    Nommer un gouvernement n’est pas de nommer une régence mais d’installer une gérance; et cette gérance ne doit pas avoir un « chèque en blanc » pour faire tout ce qu’elle veut sans consultation avec la population.

    La démocratie est la gouvernance du peuple, par le peuple et pour le peuple. Il n’y a rien de plus CLAIR. Laissez tomber votre notion « religieuse » du « Sauveur de l’humanité », berger sans taches et sans reproches qui nous mène vers les « prés paradisiaques ». Ce ne sont que des promesses vides.

    Nos étudiants sont la première génération d’une éducation laïque et Ils font face à un produit d’une ancienne éducation « religieuse » qui accepte la servilité. Il est normal que la « compréhension » de la situation de la part des « moutons » demande un peu de réflexion au lieu d’une réaction conditionnée. On se doit de faire l’effort.

    Amicalement

    André Lefebvre

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    29 avril 2012 à 9 09 25 04254
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    @Lartiste12 Comme à l’habitude j’aime vos commentaires pour leur clarté et un certain coté original. Votre référence à la régence et à la gérance jette un éclairage qui permet de mieux comprendre les véritables mandats des gouvernements.

    Je n’ai toutefois pas bien compris votre référence à la notion « religieuse » du « Sauveur de l’humanité ». Vos guillemets m’indiquent que vous y appliqué un sens qui n’est pas directement rattaché au sens religieux qu’ont plusieurs croyants en Jésus de Nazareth. En ce sens je vous dirai que les pays émergents de l’Amérique latine ont à leur tête des Présidents qui ne sont pas des « moutons », mais des croyants qui ont de leur foi une compréhension qui leur permet de résister à toutes les formes d’un système qui fait du peuple une pure illusion d’exister.

    Clarifier cette question, je suis entièrement en accord avec votre commentaire.

    Avec tout mon respect

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    29 avril 2012 à 10 10 50 04504
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    Voici mon cher ami:

    Nous avons été « conditionné » à croire que Jésus Christ « s’est livré » pour nous sauver. On nous a répété pendant des décennies que Jésus, sauveur de l’humanité, est le BON BERGER qui nous dirige vers la justice, l’amour et le bonheur.

    C’est également la « position » que se donnent les partis politiques et surtout, leurs chefs de partis. Et nous endossons cette insinuation inconsciemment. Parce qu’on a été « conditionné » à le faire. Quel que soit le parti ou le système qu’on appui, c’est toujours le parti ou le système qui nous « sauvera » de la décrépitude. Cela n’existe pas et n’existera jamais.

    Nous nous sommes peut-être débarrassé de la religion dans les écoles, mais pas de nos esprit. Le « conditionnement » est toujours là. Même les Athées en sont imbibés. Ils se croient les « sauveurs » parce qu’ils s’objectent.

    La réalité est que nous devons accepter nos responsabilités quelles soient sociales ou individuelles. Il n’y a pas de Jean Charest ou qui que ce soit d’autres, qui nous sortira de la situation actuelle. Comprenons qu’il n’y a personne qui peut le faire; sauf chacun de nous si nous acceptons d’en être responsable collectivement en refusant de donner plus de pouvoir à l’un de nous plus qu’à tout autre. Nous devons « décider » collectivement , à chaque jour, constamment, sur chacun des sujets proposés.

    Un référendum n’est pas plus difficile à faire qu’un sondage. Comprenons-le une fois pour toute. La différence est que dans un référendum, tout le monde participe au « sondage ».

    Évidemment que les dirigeants quels qu’ils soient ne sont pas des « moutons ». Jésus Christ n’est pas un « mouton »; ce sont ses « brebis » qui le sont; tout comme TOUTE les populations actuelles. C’est toujours la notion Dominant/Dominé (Dominus vobis cum)

    André Lefebvre

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    29 avril 2012 à 11 11 00 04004
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    @ L’artiste & Oscar Fortin

     » pas nommer une régence mais installer une gérance  »

    Je trouve cette phrase superbe; elle va au coeur de la notion de démocratie dans la gouvernance. Elle est aussi au point charnière ou le MAL – car tout ce qui remplace est perçu comme mal par ce qui est remplacé – est intrinsèquement plus puissant que le bien dans l’instant présent, car il est au service d’un bien de niveau supérieur qui n’EST pas, mais devient.

    La notion de ‘ »sauveur » rend accessible le passage IRRATIONNEL vers le niveau supérieur. Sacrifié, le sauveur devient éternel. « Prestet fides supplementum… » La religion est l’une des formes de l’irrationnalité, ou mieux, l’un des noms qu’on lui donne. On peut la nier, mais elle est irremplaçable.

    Ce soir, la Classe va mettre en cause le mandat de Nadeau Dubois. Il est clair que l’opposition à GND – qui fait de la gérance par consensus – est sponsorisée par les « forces de l’Ordre » qui veulent à sa place une « régence » … qu’on pourra corrompre.

    Une démocratie n’est concevable que si pré-existe une résistance à la corruption et à la manipulation. Ce qui se passera à la Classe nous dira où en est le concept de démocratie chez les étudiants et dans la société en général. Si GND termine en méchoui sacrificiel, on saura que les choses ne changent pas aussi vite qu’on pourrait le croire.

    PJCA

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    29 avril 2012 à 11 11 17 04174
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    « Ce qui se passera à la Classe nous dira où en est le concept de démocratie chez les étudiants et dans la société en général. Si GND termine en méchoui sacrificiel, on saura que les choses ne changent pas aussi vite qu’on pourrait le croire. »

    Mon cher PJCA j’ai le plaisir de te rassuré.

    Les étudiants de la CLASSE ne voteront pas pour évincer un de leur porte-parole. ILS ONT REFUSÉ DE LE FAIRE.

    Mais non seulement ont-ils refusé, mais comme il était évident que cette volonté d’évincer Gabriel Nadeau-Dubois provenait de la partie adverse « pour la hausse » (probablement parrainé par le gouvernement), non seulement il n’éliminent pas l’un de leurs porte-parole, ILS VOTENT PLUTÔT POUR EN NOMMER UN TROISIÈME. (Tiens toé!!!)

    Ces étudiants sont fantastiques!!!! Ils ne reculent jamais devant les tactiques « hypocrites » et répondent de façon saine et limpides aux magouilles.

    J’en suis éberlué.

    André Lefebvre

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    29 avril 2012 à 12 12 40 04404
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    Tactiques « hypocrites » ? Le franciscain Richard Bergeron qualifie cela de satanisme. Rien de moins. Damné Satan, Fides.

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    29 avril 2012 à 12 12 46 04464
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    Je partage tout à fait l’idée de Pierre JC Allard à l’effet que cette phrase de l’artiste est tout à fait géniale: régence et gérance. Ça dit tellement bien le mouvement que les peuples doivent faire pour retrouver la véritable démocratie.

    Quant à la réponse de l’artiste à mon interrogation sur le « religieux », elle me satisfait pleinement. Il revient à tous et chacun de prendre en main ses responsabilités. Je pense qu’il y a une vague de fond qui va en ce sens. GND m’impressionne vraiment et les adversaires ont vite saisi en lui une force montante. D’où cette offensive musclée pour le démolir. Il ne semble pas que ça réussisse.

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    29 avril 2012 à 14 02 05 04054
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    Ce monsieur GND , faut le surveiller pour ne pas que ses oreilles enflent trop. Il y en a d’autres que l’on a mis en vedette(ex. les gardiens de but) et qui assûré d’un salaire de1 million et plus par an n’étaient rien d’autre que du Bla , Bla , Bla que les Médias ont manipulé……

    J’ai un petit  »feeling » , que tout s’achète encore. === Redite-moi , GND.
    Moi , c<est Jean-Marie De Serre et mon adresse courriel , c<est , jmdeserre (a commercial) hotmail.com. J<en reviens pas , pas capable de faire a commercial.

    P.S. C<est devenu inqui/tant , le contr[ole du web.
    Jean-Marie De Serre.

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    29 avril 2012 à 16 04 38 04384
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    La pieuvre a si bien déployé ses tentacules, qu’elle peut mettre à genoux tout pouvoir menaçant.

    Plus on la scrute, plus on comprend l’organisation machiavélique qui se tapit derrière ses moindres mouvements.

    Il n’est pas insensé de croire qu’elle tire tous ses enseignements des magiciens de l’indéfendable ce qui lui permet d’évoluer à l’abri des regards, dans les recoins de la pénombre.

    Nous n’avons plus de système politique. Nous avons un système financier qui complète sa dissociation du système économique.

    La tangente des rapports quinquénnaux, de la sous-traitance minstérielle, des pouvoirs décisionnels accrus confiés à des entités morales protégées par l’accès à l’information, de la décentralisation de l’état, de la structuration complexe d’une forme modernisée de gouvernance et de pouvoirs féodaux ainsi que le labyrinthe exercé pour la consultation des enjeux, de leurs effets et de leurs applications écartent toute intervention pertinente visant à restreindre les déviances planifiées.

    Elyan, citoyenne
    Mère de 2 enfants que l’on tente de soustraire à leurs droits en alliénant leurs conditions de vie au profit d’une entité dominante, les privant ainsi de leurs aspirations à une démocratie en les obligeant à inventer de toute pièce un modèle de société devenue fictif
    Femme libre

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    1 mai 2012 à 15 03 19 05195
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    Madame ELyan , citoyenne et Femme libre , je vous aime beaucoup et plus que encore pis yinck en masse.
    Ête-vous du Québec ?
    Jean-Marie De Serre.

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    1 mai 2012 à 19 07 52 05525
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    @JM de Serre

    Merci vous me touchez. Je suis québécoise oui. J’apprécie aussi la détermination dont vous faites preuve et la fougue peu commune qui vous habite. Les fervents de ce site sont véritablement un petit trésor

    Au plaisir

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    1 mai 2012 à 23 11 50 05505
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    Gérance plutot que régence…hum, tant qu’a moi , cca résume bien la situation.
    Ca devrait devenir le cri de raliment mondial !

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