BOLIVIE

« JOUR NATIONAL DE LA DÉCOLONISATION »

Devant plus d’un demi-million de Boliviens et Boliviennes, descendus dans les rues de La Paz et des dizaines de milliers d’autres à Santa Cruz, Sucre, Cochabamba, le président Évo Morales a déclaré que le 12 octobre serait célébré dorénavant en tant que  « Jour national de la décolonisation ».   

Dire que la Bolivie était, il n’y a pas encore bien longtemps, un des pays les plus pauvres de l’Amérique latine. L’Ambassadeur des Etats-Unis y jouait le rôle de grand gouverneur, filtrant les candidatures aux principaux postes de direction des pouvoirs législatifs, judiciaires et économiques. Les élections n’étaient qu’une mascarade. Les multinationales pouvaient compter sur les gouvernements en place et obtenir ainsi les meilleures conditions pour soutirer des entrailles de la terre, à vils prix, les richesses qui s’y trouvaient. Si la conscience de certains dirigeants les conduisaient à des approches différentes de celles initialement anticipées, la procédure du coup d’État était aussitôt mise à exécution et les indésirables mis sur la voie d’évitement. 

De nombreuses luttes, menées avec persévérance et sur de longues périodes par les regroupements de mineurs, de paysans, d’indiens d’origine, ont donné naissance à une nouvelle conscience sociale qui ne cessera de s’affirmer tout au long des luttes. C’est cette conscience, portée par le peuple, qui a conduit Évo Morales à la Présidence du pays, en 2005, et qui l’a reconduit pour un second mandat, en 2009, avec une majorité jamais égalée par le passé, soit plus de 63%.   

Inutile de dire qu’il a redonné au Peuple la primauté du pouvoir en rappelant aux représentants des États-Unis et aux oligarchies nationales, que leurs rôles n’étaient plus de diriger la politique de la  Bolivie et qu’ils se devaient de s’abstenir de toute initiative visant à contourner le pouvoir du Peuple, fortement réuni autour de lui. En un mot, un devoir de respect pour la démocratie. 

Peu habitués à se faire rappeler à l’ordre du droit international et du respect des peuples à disposer d’eux-mêmes, ils n’ont pas obtempéré à cette volonté des dirigeants. Ce fut, alors, le début d’une nouvelle guérilla, réunissant, cette fois, les forces de l’Empire, les oligarchies nationales et les partis d’oppositions. Tout a été essayé : tentatives d’assassinat du Président, attentats à la bombe, attaques de paysans et d’indigènes, projets de cessation visant le démantèlement du pays, tentatives de coup d’État et, tout récemment, le soulèvement de nations indigènes les unes contre les autres sur le projet de construction d’une route traversant le Parc Tipnis.  

« Ils essaient de nous diviser, frères et sœurs, comme toujours ils l’ont fait antérieurement. Pourquoi? Ils veulent nous diviser pour revenir à l’État colonial, le modèle néolibéral que le gouvernement socialiste a écarté au cours des 5 dernières années. » (Évo Morales, 12 octobre 2011) 

Toutes ces actions ont pu être contrées, grâce à la vigilance du Peuple et à sa mobilisation.  Une nouvelle constitution a été votée, les multinationales ont été invitées à être des partenaires du Gouvernement et non l’inverse. L’État a pris le contrôle de ses richesses et c’est lui , dorénavant, qui détermine les conditions de leur exploitation et exportation. 

Avec les revenus générés par ces ajustements structurels dans la gestion des richesses naturelles, l’État a investi dans l’éducation, la santé, les conditions de travail des mineurs ainsi que dans l’exploration et le développement. Dans le cadre d’une entente avec la Chine, un nouveau satellite sera mis en orbite pour répondre aux besoins de la Bolivie. Qui eût pensé qu’il en serait ainsi il y à moins de dix ans? 

Cette révolution pacifique,  réalisée démocratiquement et dans le plus grand respect des droits fondamentaux des personnes et des diverses communautés ethniques et culturelles, ne fait pas la joie des oligarchies et de leur tuteur à Washington. On voudrait bien en finir avec ce processus de changement et ceux qui en sont les principaux dirigeants. 

Le président Morales reconnaît qu’il y a eu des erreurs et que pour y remédier, les représentants des diverses organisations sociales, ethniques et culturelles ont déjà été convoqués pour établir, en concertation avec ces derniers, un nouveau pacte national ainsi que la configuration d’un nouvel agenda gouvernemental. Les intérêts du peuple doivent passer avant tout. 

Le 12 octobre 2011, le Peuple a de nouveau fait entendre sa voix. Le processus des changements est là pour rester et ce ne sont pas les oligarchies nationales ni l’Empire qui vont en décider. Le Peuple va décider lui-même de ses priorités.   

Dimanche, 16 octobre, sera jour d’élection des juges qui auront à diriger la Magistrature de la Bolivie. De nouvelles figures, dont des indiens et indiennes, feront, à n’en pas douter, leur apparition à la tête de cette Instance du pouvoir constitutionnel. 

Un pas de plus vers une plus grande démocratie et plus de justice. De quoi faire rougir de honte les croisés impériales de la démocratie dans le monde. Le rameau d’olivier, porté par les peuples, apporte plus à l’humanité que les boulets de canons et les missiles destructeurs de vie et de civilisations utilisés par ces croisés. 

Ceux et celles qui voudraient faire croire que le Peuple bolivien n’est plus derrière son Président devront s’ouvrir les yeux. Ce ne sont pas mille personnes, mais plus 500 000 milles qui sont venus dire à Évo Morales : TU N’ES PAS SEUL, NOUS SOMMES LÀ AVEC TOI. Pas surprenant que nos médias fassent si peu écho à pareilles manifestations de solidarité. 

Oscar Fortin

Québec, le 12 octobre 2011

http://humanisme.blogspot.com 

Pour ceux que le sujet intéresse particulièrement 

http://humanisme.blogspot.com/2009/12/election-en-bolivie-une-grande-victoire.html

http://humanisme.blogspot.com/2010_01_01_archive.html

http://www.centpapiers.com/grande-premiere-mondiale-en-bolivie/83395  

http://www.youtube.com/watch?v=7BnCL44slGE  (video espagnol: discours d’Évo Morales à son peuple) 

 

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Oscar Fortin

Libre penseur intéressé par tout ce qui interpelle l'humain dans ses valeurs sociales, politiques, économiques et religieuses. Bien que disposant d'une formation en Science Politique (maîtrise) ainsi qu'en Théologie (maîtrise), je demeure avant tout à l'écoute des évènements et de ce qu'ils m'inspirent.

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