Cet obscur sujet de désir

PERSONNE :

Tout sujet que je suis, je ne puis exister sans désirer un objet… je tourne autour et retourne toujours à l’objet de mon désir… cet obscur objet du désir qui m’inspire, m’attire et me renvoie à mon propre désir.
Pour du miel, on accepte l’absinthe, c’est ce qui fait de toute vie, de toute envie un LABYRINTHE.
On n’en sort pas. Jamais… ou pour y retourner. Même les plus braves sont esclaves de leurs désirs… désirs d’objets obscurs où toute lumière rencontre un mur.
Et on tombe sous le sens, comme sur un champ de bataille, victimes de notre insistance, de notre MANQUE de consistance parce qu’on la désire tous à en mourir cette putain d’existence.
Et pourquoi la désire-t-on autant ?
Parce qu’on désire toujours et depuis toujours ce qui nous manque… toute qualité qui nous fait défaut… jamais la fleur qui se présente, mais celle qui s’absente…
Pas de désir, pas d’amour sans cette absence envoûtante.
Un être vous manque et vous êtes en manque, à vous taper la tête contre le mur de votre obscur objet de désir… C’est peine perdue pour toi comme pour moi.
Qui veut gagner ton âme se perdra.
Parce qu’avec toute âme, je m’y perds, tu t’y perds, on s’y perd…
Il ne faut surtout pas jouer à ce petit jeu : on n’a rien à y gagner, tout à y perdre…
y perdre son âme : voilà le drame.
C’est toujours comme ça : quand on part du désir on n’en revient toujours pas.
Point de non retour, propre ou impropre à tous les amours.
Et pourtant, je croyais en savoir plus long sur mon désir que sur moi-même. Il faut croire que non.
Je ne dis pas non. Je dis que c’est un non-dit. Qu’il y a crime même si on nous annonce qu’il n’a pas eu lieu… qu’il y a non-lieu !
Le désir a désiré et nul n’a pu l’en empêcher, ni le repêcher après son péché.
Qu’est-ce qui s’est passé ?
Pourquoi la terre s’est mise soudain à trembler ?
Parce que j’ai désiré ce que je n’ai pas.
Parce que j’ai désiré ce que je ne suis pas.
Parce que je n’ai jamais su, ni pu désirer autre chose que ce qui me manquait.
Et qu’est-ce qui me manquait ?
L’autre. L’autre désir… c’est lui l’obscur objet de mon désir… que je viserais toujours et que je n’atteindrais jamais… comme dans l’amour.
Parce que mon cœur de cible n’a pas de cœur ou parce que le cœur ne peut être une cible…
On ne l’atteint pas. On ne peut l’atteindre… parce qu’il est libre ou susceptible de l’être, susceptible de le devenir, donc il ne peut en aucun cas être un objet, fut-ce de mon désir. C’est raté.
Que faut-il conclure ?
Que l’objet de notre désir, le vrai n’est pas un objet mais un être en liberté, un obscur sujet de désir.

http://www.lejournaldepersonne.com/2015/06/cet-obscur-sujet-de-desir/

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Personne

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