Chronique : Bénédiction d’une mise à mort

AGRICULTURE

Chérif Abdedaïm

Les Ong mettent en garde contre un étouffement pur et simple du secteur agricole à Ghaza. Israël empêchent désormais l’acheminement des fourrages, des graines et des nourritures pour bétail à Ghaza. Israël multiplie également les attaques contre les bateaux de pêche palestiniens. Tout est prévu pour la mise à mort du secteur agricole et d’élevage à Ghaza, façon d’affamer davantage les ghazaouis.
Voilà ce qu’écrivait Silvia Cattori en 2008. La situation a-t-elle changée depuis?
« Nous continuons d’écrire, et de dire notre refus des horreurs perpétrées par les soldats israéliens, tout en sachant que nos responsables politiques, qui ont le pouvoir de les faire cesser, ne veulent pas nous entendre. Des personnalités de renommée internationale se sont récemment exprimées, sans plus de succès. (…) Ces voix humaines, aussi fortes soient-elles, sont malheureusement trop rares. Et demeurent ignorées des médias traditionnels. »
Le temps passe, rien ne change. Pire, le quotidien de la population de Ghaza s’aggrave. Pendant ce temps Israël peut, lui, continuer de tirer profit de l’indifférence qui entoure sa politique inique. Il peut continuer de maintenir Gaza perpétuellement bouclée, en manque d’eau, d’aliments, de médicaments.
Pendant ce temps les gens de Ghaza s’affaiblissent, dépérissent, les malades meurent faute de soins adéquats.
Au moment où nous écrivons ces lignes il y a des femmes, sous-alimentées, qui mettent au monde des enfants d’avance condamnés. Tandis que le nombre d’enfants qui meurent à peine nés, s’accroît, parmi les nouveaux nés qui survivent, un grand nombre sont anémiques. Ces nouveaux nés vont devoir supporter le restant de leur vie des séquelles, leurs cellules cérébrales ayant subi des dommages irréparables.
Tout cela est cyniquement calculé, planifié, par de sinistres stratèges, dans les universités israéliennes. Il s’agit d’affamer délibérément une population dont Israël ne supporte pas l’esprit de résistance. Et d’attendre qu’elle finisse par capituler.
C’est de cette abominable façon que, avec la complicité de la « communauté internationale », à Ghaza, tout particulièrement les enfants palestiniens en dessous de l’âge de cinq ans, sont d’avance condamnés, parce que privés de suffisamment de nourriture par les autorités israéliennes. Ce sont des hommes et des femmes, au service d’une armée occupante, qui savent parfaitement ce qu’ils font. Des hommes et des femmes qui n’ont aucun scrupule à contribuer -par les privations auxquelles ils soumettent la population de Ghaza- à compromettre, de manière irréversible la vie de générations de Palestiniens.
C’est un crime abominable ! Quand il s’agit de la survie des Palestiniens, qu’Israël emprisonne, affame, assassine sur une grande échelle, les responsables politiques Occidentaux laissent faire, inexplicablement !
L’autre jour, un habitant de Beit Hanoun observait avec amertume : « On est arrivé au-delà du supportable. Pas d’électricité, pas de mazout, pas de gaz, pas de nourriture, pas d’eau potable, pas de salaire ; on n’a rien ; cela est indescriptible. Ni l’Europe, ni les Etats arabes ne réagissent, comme si Ghaza était déjà rayée de la carte ! »
Tout ce dont nous parlons ici, et que l’on veut ignorer au-dehors, est pourtant parfaitement documenté par de nombreux caméramans et journalistes palestiniens. Il est navrant de constater que les journalistes « occidentaux », appartenant à une soit disant « presse libre », ne transmettent pas une information qui permette à l’opinion publique de connaître des faits aussi graves ; de se rendre compte de l’ampleur des mesures génocidaires mises en place par l’occupant colonial, et de s’y opposer.
Israël commet quotidiennement des crimes odieux, quelque chose d’inimaginable, contre une population faible qu’il a préalablement cadenassée, sans qu’aucun pays européen ne réagisse jamais.
Dès lors, ces gens qui s’indignent rétrospectivement, du silence et de la passivité de leurs aînés, devant les pratiques concentrationnaires des nazis, mais qui ne s’indignent pas aujourd’hui des horreurs perpétrées par les colons juifs contre les Arabes, ni obligent Israël à changer de politique et à reconnaitre ses crimes, devraient commencer par balayer devant leur porte. Car, contrairement à leurs aînés, ils disposent, notamment par le biais des nouveaux médias, de toutes les informations en temps réel.
Leur silence et leur passivité ne sont rien d’autre qu’une complicité tacite dans le crime.
La situation va-t-elle s’améliorer ?
A l’approche aux présidentielles américaines de 2012, Obama a, une nouvelle fois insisté sur les engagements des Etats-Unis envers la sécurité du régime sioniste. « Les engagements des Etats-Unis et ceux de moi-même envers Israël et la sécurité de Tel-Aviv ne pourront pas être mis en cause et aucun gouvernement américain n’a pu, jusqu’à présent, apporter un tel soutien à Israël », a-t-il déclaré, lors de la 71ème assise de l’Union pour l’amendement du judaïsme. « Je suis fier d’avoir mis à la disposition d’Israël, au plus fort de crise économique, une grande aide financière sans précédente dans l’histoire d’Israël », a-t-il ajouté.
Cela dit, qui contrôle les centres de décision américains pour que chaque président soutienne inconditionnellement, le régime sioniste ?
En 2007, Ray Suarez (reporter du JT de PBS) avait posé la question suivante au candidat démocrate Mike Gravel : « Vous êtes en train de me dire que la représentation nationale de notre pays, au lieu de faire prévaloir la volonté des citoyens des Etats-Unis, ont adopté cette résolution contre l’Iran, sanctionnant la Garde Républicaine (iranienne), parce que c’est ce que voulait l’American-Israeli Political Action Committee(l’Aipac)? »
Réponse de Mike Gravel : « Eh là ; attendez un peu…. Y vont y avoir des infos qui vont sortir, sur la manière dont ça a été adopté. Alors, la réponse est « oui », la réponse courte… C’est ce qui est en jeu, dans le cas de cette résolution. Et c’est le summum de l’immoralité, de l’irresponsabilité, et le Sénat des Etats-Unis, à majorité démocrate, a voté l’adoption de cette résolution. Pire que ça ? Impossible, Ray ! »
En posant sa question, Ray Suarez suppute que les Sénateurs américains ont capitulé devant les désirs de l’Aipac, sachant que leur vote a nié la volonté du peuple américain.
Gravel, qui fut Sénateur de l’Alaska durant la guerre au Vietnam, répond, sans la moindre hésitation : « oui », la réponse, en résumé, c’est « oui ».
La question évidente qui vient immédiatement après semblerait être celle-ci : « Pourquoi, à votre avis, nos Sénateurs se sentent-ils obligés de voter contre les désidératas exprimés de leur électorat, et en faveur d’un lobby défendant des intérêts particuliers ? »
Mais cette question n’a pas été posée. Heureusement, Sy Hersh, interviewé par Amy Goodman, le même jour, répondait à une question que lui posait Goodman – une question inspirée par une critique de Gravel contre Hillary Clinton, au motif qu’elle avait voté cette loi.
Goodman fit observer les 76 voix pour, tant républicaines que démocrates, avant de demander à Hersh de répondre à la critique de Gravel.
« Ce pays est abracadabrantesque », commenta Gravel, « Nous sommes en train de discuter de la fin de la guerre. Mon Dieu, nous commençons tout juste cette guerre, là, aujourd’hui même ! Il y a eu un vote, au Sénat, aujourd’hui…
La question de Goodman est on ne peut plus simple : « Pourquoi 76 sénateurs votent-ils une résolution de cette nature ? »
Réponse de Hersh : « Le fric… Enormément de fric de juifs de New York… Allez, ne tournons pas autour du pot… Un pourcentage significatif du fric juif, et beaucoup de juifs américains éminents soutiennent la position israélienne qui veut que l’Iran représente une menace existentielle. Et je pense que c’est aussi simple que ça… C’est ça, la politique américaine »
Newsweek a publié un article, dans son numéro du 1er octobre, sur le raid « secret »d’Israël contre la Syrie. Dans cet article, Sam Gardiner, un ancien colonel de l’armée de l’air, considéré un expert dans la simulation d’exercices militaires, fait cette remarque : « Même si Israël fait le coup tout seul (c’est-à-dire attaque les installations nucléaires iraniennes), c’est nous qu’on critiquera (nous, les Etats-Unis). A partir de là, nous connaîtrions des représailles contre des intérêts américains. »
En bref : les Etats-Unis sont dépendants d’Israël et reliés aux intérêts de ce pays par un cordon ombilical qui détermine de quelle façon et quand on doit partir en guerre, et contre qui !
Une menace pesant sur Israël, c’est une menace pesant sur les Etats-Unis !
C’est précisément cette réalité, qui rend l’étude publiée par les deux universitaires américains Mearsheimer et Walt tellement dangereuse pour les lobbies israéliens, et tout particulièrement pour l’Aipac. En effet, ils définissent l’Aipac comme regroupant la multitude de lobbies juifs sous cette organisation-parapluie, sans oublier d’y ajouter les néocons non juifs, les évangélistes chrétiens d’extrême-droite, ainsi que d’autres sympathisants.
Côté médias, les reportages ne sont nullement focalisé sur le mépris affiché d’Israël pour le droit international ni sur ses conséquences, mais bien plutôt sur la manière dont Israël est en mesure de livrer franco de port des bombes classiques, voire nucléaires chez un client aussi éloigné que l’Iran !
Les articles vont jusqu’à retourner cette opération non sollicitée au profit d’Israël, en relevant la manière dont l’existence même de ce pays serait menacée par une bombe atomique, présentant du même coup Israël sous le jour de la victime potentielle, et non de l’auteur d’une action violant la charte des Nations unies.
Eût la Syrie attaqué Israël, le caractère explosif d’une telle attaque non provoquée et inexpliquée contre un pays innocent aurait fait les unes des quotidiens et les couvertures de tous les magazines d’information.
Pourtant, l’attaque non provoquée et injustifiable d’Israël contre la Syrie est présentée, dans le magazine US News sous le titre « Israël colle une taloche à la Syrie ».
Et comme si cela ne suffisait encore pas, la signification d’un pays bombardant un autre sans provocation se traduit seulement par un gain de 10 % dans la popularité du premier ministre israélien de l’époque Ehud Olmert, à opposer à la mort et à la destruction causée par cette action illégale, avec une photo l’accompagnant – non pas de la mort et de la destruction provoquée par cette action illégale, non pas une photo de mort et de destruction, mais d’Olmert, donnant son sang pour ses concitoyens !
Aucun haut-cri ne s’élève contre ce comportement pitoyable, ni de la part des Etats-Unis. Ni de l’Onu, ni de l’Union européenne, ni de l’Otan. Rien. Silence radio !
Prenons, par exemple, les conséquences, si Israël utilisait les bombes « bunker buster »(destinées à la destruction de bunkers blindés profondément enfouis sous terre) que les Etats-Unis lui ont offert pour Hanouka, contre la Syrie ou l’Iran, deux scénarios possibles, comme ce « raid » sert à bien le faire comprendre : « …d’énormes quantités de matières radioactives seraient pulvérisées dans l’atmosphère, qui iraient contaminer les populations de l’Iran et des pays alentour… Ces retombées causeraient des cancers, la leucémie et des maladies génétiques, chez ces populations, durant des années – ce serait à la fois une catastrophe médicale et un crime de guerre de proportions gigantesques », déclare de Dr. Helen Caldicott dans un article intitulé « L’énergie nucléaire n’est pas la bonne réponse ».
Pas de hauts-cris. Rien que le silence. Pourquoi ? Que signifie, pour le peuple américain, le contrôle exercé par l’Aipac sur le Congrès ?
On peut soutenir que c’est cette influence qui a poussé les Etats-Unis dans la guerre contre l’Irak, avec ses conséquences inévitables, de morts, de destructions et de dettes, plaçant la nation en manque d’une résolution ; cela a cristallisé la perception, dans le monde entier, que le déni par Israël des résolutions de l’Onu exigeant de lui qu’il se plie au droit international en ce qui concerne le droit au retour des Palestiniens et la restitution des territoires occupés est non seulement soutenu par les Etats-Unis, mais qu’il s’agit en réalité de la politique des Etats-Unis, faisant d’eux les complices d’un crime international ; cela a eu pour effet de faire du traitement illégal infligé par Israël aux Palestiniens, de ses assassinats aveugles d’enfants et de femmes, de son recours aux assassinats extrajudiciaires, de son emprisonnement de toute une population provoquant une pauvreté extrême, la malnutrition et des maladies, de son contrôle total de l’existence de gens qui n’ont aucun recours pour faire face à l’occupation, étant donné qu’ils n’ont strictement aucun moyen pour cela, autant de pratiques avalisées par les Etats-Unis, ont fait des Etats-Unis, de pays compatissant et moralement responsable qu’ils étaient, un pays amoral et hypocrite ; de plus, dans son désespoir absolu, Israël a placé les Etats-Unis au seuil d’une guerre extrêmement dévastatrice contre un peuple qui n’a rien fait contre eux, qui n’a pas occupé le territoire d’une autre nation, qui n’a envahi nul autre pays, et qui a ratifié le traité de non-prolifération nucléaire – autant d’actions qui sont diamétralement opposées à celle de l’ Etat-client, Israël.
Tel est le bradage, par des représentants, de leurs électeurs, qu’ils bougonnent face à ce lobby insidieux qui contrôle notre destin.
Aucun cri du cœur ; seulement le silence. Pourquoi ?
Finalement, se repose la question de savoir pourquoi ces 76 sénateurs ont-ils voté une résolution qui « raye les désirs du peuple américain de la carte », pour emprunter à une traduction intentionnellement falsifiée et reprise à de multiples occasions d’un message adressé par le président iranien à son peuple.
Mais ces 76 sénateurs ne sont pas les seuls dans ce cas. Virtuellement, tous les représentants sont obséquieux vis-à-vis des mêmes lobbies, adoptant en moyenne une centaine de résolutions, chaque année, favorables à Israël et écrites par les lobbyistes eux-mêmes, adulant de manière obséquieuse avant chaque congrès annuel de l’Aipac où l’existence même de cette organisation est rituellement qualifiée de « bienfait très important, tant pour les Etats-Unis que pour Israël », et où personne n’ose poser de question, ni bien entendu critiquer l’Etat d’Israël, sous peine de connaître le sort de ceux qui l’ont fait, et qui ont perdu leur siège au Congrès.
On pourrait parler, à ce propos, de coercition pure et simple, non ?
N’est-il pas évident, aujourd’hui, que la direction de la politique américaine, au service d’Israël, est dirigée par la même coterie d’individus qui ont entraînés la désastreuse guerre en Irak –ces chiens de guerre à qui cela ne fait absolument rien d’envoyer les fils et les filles des autres aller faire les guerres qu’ils mènent si éloquemment dans ce qui leur tient lieu de cervelle, tandis qu’ils sont assis devant leur ordis, menant à la mort des gens qu’ils n’ont jamais rencontrés ?

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont "Aux portes de la méditation", "Le Bouquet entaché", "Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours", "Constantine, la saga de beys", "la Contrée désolée", etc.

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