Chronique : Interférences à tout va (1)

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CHÉRIF ABDEDAÏM :

A lire la basse-cour médiatique, tout est fini en Syrie. Faut dire que l’imMonde et consorts ne goûtent guère les victoires d’Assad ou des Russes… Pourtant, malgré la trêve de plus en plus virtuelle, les combats font rage. Moscou envoie convoi sur convoi vers sa base navale de Tartous. Le dernier bateau à avoir nargué Erdogan en passant par le Bosphore était chargé de véhicules militaires, vraisemblablement des tanks :
Préférant regarder ailleurs, le sultan continue dans la lignée de ce que nous annoncions il y a quelques temps, à savoir le lâchage de Daech pour le mix Al Qaïda-Ahrar al-Cham. Ainsi, l’artillerie turque aurait tué une cinquantaine de petits hommes en noir la semaine dernière, au nord d’Alep. Si le calife Baghdadi ne peut plus compter sur la Turquie, où va-t-on…

Al Qaïda semble d’ailleurs fédérer l’admiration de tout le monde (pour la seule fois de sa vie, Fabius fut un pionner). Après avoir livré 3 000 tonnes aux enfants de Ben Laden, les Américains semblent tout faire pour empêcher Assad et ses alliés de reprendre Alep, ce qui commence à échauffer les oreilles y compris de certains sénateurs US.

Les grandes manœuvres ont commencé dans le sud d’Alep (d’où l’envoi des tanks russes ?) où les Sukhois et Mig intensifient leurs bombardements. Mais les djihadistes modérés si chers à l’Occident font preuve de résilience et ont même frappé un grand coup en faisant exploser un tunnel sous une position des loyalistes, tuant 46 soldats.

A l’est de Damas, les combats continuent également dans la Ghouta où, cette fois, c’est l’armée qui a tendu une embuscade aux islamistes, qui se battent d’ailleurs entre eux pour conserver un territoire chaque fois moins étendu.
Dans un autre registre, nous avions déjà évoqué la double visite israélienne à Moscou avec notamment l’humiliation de « Bibi la terreur ». Selon certaines indiscrétions et au-delà des discussions à huis clos sur la Syrie, un autre thème, crucial, a été abordé : le gaz. Les deux étant d’ailleurs intrinsèquement liés comme nous allons le voir…

En 2010 a été découvert Léviathan, un très gros gisement offshore au large des côtes israéliennes, mais que le Liban et Chypre disputent aussi à l’Etat hébreu. Même si une compagnie, Delek Energy, associée à une société texane, la mal nommée Noble Energy, ont commencé à prospecter, le développement du champ gazier est peu ou prou bloqué. La faute à d’énormes investissements difficiles dans un contexte de baisse des cours, aussi et surtout à une bataille politico-judiciaire intra-israélienne. En 2012, le géant Gazprom avait déjà proposé d’entrer dans le tour de table mais ses avances avaient été, à l’époque, rejetées sous pression américaine. Ce n’est peut-être plus le cas désormais…

Beaucoup de choses ont en effet changé depuis :
-la relation américano-israélienne est à son plus bas historique (accord sur le nucléaire iranien, soutien de Washington aux Frères musulmans égyptiens et même putsch néo-nazi du Maïdan très mal vu à Tel Aviv)
-l’inexorable montée en puissance russe au Moyen-Orient via l’intervention en Syrie et ses conséquences (alliance de facto avec le Hezbollah, rupture avec la Turquie)
(A suivre)

Chronique : Interférences à tout va (2) pour vendredi 27mai 2016
Tout à leur Grand jeu, les stratèges US voient avec inquiétude les Russes s’implanter dans cette zone incontournable qu’est en train de devenir la Méditerranée orientale. Bases syriennes, accord naval avec Chypre, et maintenant Gazprom… c’est plus que Washington ne pourrait en supporter ! Les Américains font tout pour qu’Israël rompt toute discussion avec le géant russe et vende son gaz à la Turquie, elle-même très dépendante du gaz russe. Joe Biden, qui apparaît toujours là où les intérêts CIA/néo-cons sont en jeu, a effectué une visite en Israël début mars pour rabibocher Tel Aviv et Ankara (et tenter de marginaliser Moscou). Apparemment, sans résultat…
Depuis la visite de Joe l’Indien, la haute-cour israélienne a rendu son jugement, bloquant le développement de Léviathan, mais ceci n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg. L’establishment militaire israélien préfère maintenir une coopération militaire avec Moscou et ne pas déplaire à Poutine que de rétablir les liens avec le sultan fou. Surtout que l’intervention syrienne a placé dans les mains de Vladimirovitch des atouts supplémentaires, notamment grâce au Hezbollah.
Dans une précédente chronique, nous écrivions : On en était là quand l’intervention russe a sérieusement rebattu les cartes, Tel Aviv et Beyrouth-Sud tentent de courtiser Poutine.
L’alliance entre Moscou et le Hezbollah est logique, presque naturelle. Mêmes alliés (Assad, Téhéran), même farouche opposition à l’islamisme sunnite. La tolérance absolue du Hezbollah envers les chrétiens d’Orient joue également en sa faveur, la Russie se considérant comme la protectrice du christianisme moyen-oriental. Alarmé, Netanyahou s’est alors précipité à Moscou faire des ronds de jambe à Poutine. On avait connu « Bibi la terreur » moins placide…
Ce voyage n’a pas empêché le Hezbollah de mettre la main sur des armements russes. Qu’ils aient été livrés par les Syriens qui les avaient eux-mêmes reçus (plus probable) ou livrés directement par Moscou selon les dires de hauts responsables du mouvement chiite, cela importe somme tout assez peu.
L’état-major de Tsahal est plus que remué, notamment par le fait que le mouvement libanais est vraisemblablement en possession de missiles de croisière supersoniques Yakhont. Les récentes déclarations de Nasrallah – « les stock de gaz ammoniac d’Haïfa sont notre bombe nucléaire » – ont également provoqué la panique en Israël où l’on considère sérieusement transférer les usines chimiques dans le sud du pays, à un coût exorbitant.
Tiens, tiens, justement en face du gisement qui nous intéresse… Et Poutine de jouer sur du velours, utilisant la menace de ses alliés pour faire monter les enchères. Selon un bon connaisseur du sujet, en échange d’une participation de Gazprom, le maître du Kremlin aurait assuré les Israéliens qu’il n’y aurait « aucune provocation de la part du Hezbollah ou du Hamas. » Message à double sens ?
La balle est dans le camp des Israéliens. De cette décision dépendra en partie la future carte stratégique du Moyen-Orient. En attendant, le tsar du gaz peut danser…
(Suite et fin)
Chérif Abdedaïm
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Chronique : Propagande de croisière (pour vendredi 3 juin 2016)
La scène a de la gueule et en dit plus long que beaucoup de mots. Dans l’amphithéâtre de Palmyre libérée, l’orchestre symphonique de Saint-Pétersbourg a donné récemment un concert intitulé « Prière pour Palmyre – la musique redonne vie aux anciens murs ». Si certains journaux officiels en ont parlé, il n’est guère étonnant de voir des torchons comme l’imMonde passer soigneusement le fait sous silence. La mafia médiatique avait d’ailleurs repris son rythme propagandiste de croisière ces derniers temps devant les difficultés de leurs protégés qaédistes à Alep.
Pendant ce temps, l’Union Européenne a cédé au chantage d’Erdogan et lève l’obligation de visa pour les citoyens turcs. Comme nous l’écrivions précédemment, Les eurocrates sont dans la nasse, englués dans un cercle vicieux dont ils ne peuvent sortir :
-qu’ils lèvent l’obligation de visa et le sultan pourra envoyer ses propres terroristes made in Turkey.
-qu’ils reviennent sur leur folle promesse et les Européens verront affluer des terroristes made in Syria que les Turcs laisseront passer comme ils l’ont déjà fait.
Dans les deux cas, le sultan tient les dirigeants du Vieux continent par les joyaux de famille…
Les europloucs ont choisi la première option. Chantage au carré en perspective ? Et comme si ça ne suffisait pas pour ce système européen décidément agonisant, les avertissements d’Obama en cas de sortie du Royaume-Uni de l’UE ont eu l’effet opposé de celui escompté. Ce n’est rien de dire que les Britanniques ont très mal pris la flagrante ingérence du suzerain US (mais, après tout, n’est-ce pas comme cela qu’a toujours fonctionné le lien vassalique ?)
Les souverainistes britanniques en redemandent : « Renvoyez-nous Obama s’il vous plaît ! » Ne comprenant visiblement pas la leçon, le vassal japonais de l’empire vient d’en remettre une couche, avec il est vrai un peu plus de subtilité. Si BHL et Soros s’y mettent eux aussi, les partisans de la sortie de l’UE peuvent sabler le champagne…
Pendant ce temps, en Syrie, ça sent le sapin pour les djihadistes modérés au nord d’Alep. Al Nosra, Ahrar al-Cham et autres Jaysh al-Islam sont pris en sandwich entre les forces loyalistes et Daech qui connaît actuellement son automne indien.
Une centaine de rebelles ont été éliminés lors d’une embûche de l’armée syrienne. Apparemment, les généraux ont été informés à l’avance de l’offensive qui a par conséquent tourné au désastre. Comme c’est la seconde fois en quelques jours, des taupes sont vraisemblablement présentes du coté des gentils djihadistes si chers à l’Occident. Ambiance, ambiance… L’aviation russe continue quant à elle de casser sans relâche du Nosra.
Les mauvaises nouvelles s’accumulant pour les héritiers de Ben Laden, Daech a lancé une sérieuse offensive vers la frontière turque et se retrouve à six petits kilomètres d’Azaz, le fameux dernier bastion des rebelles non-EI communiquant avec la Turquie. On peut dire que le renversement d’alliance vraisemblablement opéré par le sultan il y a trois semaines a tourné au fiasco. Et comme Azaz se trouve de l’autre côté menacée par les YPG kurdes qui campent à la lisière de la ville…
Dans un sursaut d’énergie désespérée, les djihadistes ont lancé une attaque contre les forces kurdes afin de respirer et rétablir leurs lignes de communication. Pas sûr que cela change quelque chose tant leur situation paraît compromise. C’est Erdogan qui va être content…
Chérif Abdedaïm
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Chronique : Château de cartes(1) pour vendredi 10juin 2016
L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber. On comprend qu’Obama préfère penser à autre chose en jouant au golf…
Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.
La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le paravent de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)
Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».
Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner le glas. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…
Varsovie, ainsi que Budapest ou Bratislava, rejettent totalement ce qu’ils considèrent comme un diktat de Bruxelles et ses menaces d’amende (250 000 euros par réfugié refusé). Les mots sont intéressants :
-Jaroslaw Kaczynski, chef du PIS au pouvoir : « Une telle décision abolirait la souveraineté des Etats membres de l’UE. Nous refusons cela car nous sommes et serons en charge de notre propre pays ».
-Peter Szijjarto, ministre hongrois des Affaires étrangères : « La menace d’amende de la part de la Commission est du chantage pur et simple ».
Notons en passant la naïveté confondante de ces dirigeants qui croyaient apparemment et mielleusement que l’entrée dans l’UE allait préserver la souveraineté de leur pays…
Il n’en fallait en tout cas pas plus pour que le système se mette en branle. La mafia médiatique occidentale a glosé sur la « manifestation monstre » de… 240 000 Polonais (sur 40 millions !) contre le gouvernement et pour l’Europe. Toute ressemblance avec des événements (le Maïdan par exemple) ayant existé serait le fruit de la plus pure coïncidence.
(A suivre)
Chérif Abdedaïm
Chronique : Château de cartes(2) pour vendredi 17 juin 2016
La nouveauté est que, d’arme offensive à l’assaut de l’Eurasie, la « révolution colorée » se transforme de plus en plus en moyen coercitif défensif pour faire rentrer dans le rang des pays théoriquement alliés mais qui ont de dangereuses tendances à l’émancipation. Cela en dit long sur le reflux US. Il y a une décennie, les « révolutions de couleur » visaient à encercler la Russie – Ukraine, Géorgie, Kirghizstan etc. Depuis deux ans, elles sont beaucoup moins ambitieuses et ont surtout pour objectif de colmater les brèches d’un système qui prend l’eau : Macédoine (pour empêcher le passage de l’extension du Turk Stream), Hongrie (pour tenter de mettre au pas l’électron libre Orban, peu soumis à l’UE et susceptible de se rapprocher de Poutine).
Le dernier exemple en date pourrait bien être la Pologne du PIS, parti conservateur démocratiquement élu et peu en odeur de sainteté à Washington, donc à Bruxelles. C’est notamment ce que pense un journaliste d’investigation polonais réputé, Witold Gadowski. Le parallèle avec le Maidan ukrainien est en effet troublant.
Diabolisation du gouvernement dans le caniveau les médias occidentaux, protestations de rue (pour l’instant assez légères), grandes sorties d’hommes de paille du système sur la « dictature » qui s’installerait en Pologne (la palme de la crétinerie revenant à l’ancien Premier ministre belge qualifiant le PIS de « nazis »). Quand tous ces gens (dont l’inévitable Soros) se mettent à prendre des grands airs, il y a du coup d’Etat dans l’air…
Cela dit, certains doutent de la réalité d’un Maidan polonais en recourant à un argument de bon sens : le PIS étant anti-russe, quel intérêt y aurait-il pour Washington et Bruxelles à déstabiliser la Pologne ? Au premier regard, l’argument fait mouche. Au premier regard seulement…
Il y a anti-russe et anti-russe. Le PIS n’a certes aucun penchant pour Moscou, mais il n’en a pas beaucoup plus pour Bruxelles. L’anti-russisme du PIS, c’est l’anti-troyisme d’Achille face à Hector : deux ennemis déclarés, mais qui se respectent et ont une certaine estime l’un pour l’autre. Au-delà de leurs différends, Poutine et Kaczynski partagent beaucoup de valeurs : même attachement sourcilleux à leur souveraineté nationale, même conception de la société (plutôt conservatrice et religieuse) ; ils sont tous deux atterrés par ce qu’ils considèrent comme étant la décadence civilisationnelle des pays occidentaux, la perte de leurs racines, morale et culture.
Kaczynski frère avait accepté l’invitation de Poutine en 2010, une sorte de paix des braves entre deux pays souverains. Et hop, un accident d’avion tombe à point nommé pour ne pas aller plus avant dans le réchauffement des relations polono-russes. Le défunt est remplacé par le clown américano-polonais Donald Tusk, libéral malléable et gluant aux ordres directs de Washington. Le système pousse un grand ouf de soulagement…
Et voilà que ça recommence avec l’autre frère ! La récente victoire du PIS a fait sonner quelques alarmes rouges à Bruxelles et outre-Atlantique, c’est certain. Des leviers, notamment médiatiques, ont été actionnés, on le voit. Les croisés des « révolutions de couleur » sont sortis de leur retraite. Il n’est pas sûr que cela finisse en Maidan polonais, mais ne pas s’interroger relèverait d’une grande naïveté.
Redisons-le ici, rien n’est sûr, mais un lecteur averti en vaut deux. Il se pourrait qu’on approche lentement mais sûrement de l’instant T…
(Suite et fin)
Chérif Abdedaïm
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Chronique : Titillations politiques(1) pour vendredi 24 juin 2016
Le premier ministre syrien Wael al-Halki a pointé les pays qui tentent de détruire l’infrastructure et l’économie du pays en armant les terroristes.
«Nous constatons que l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar ainsi que des pays occidentaux comme la Grande-Bretagne et la France n’ont aucune envie de promouvoir le règlement politique en Syrie. Au contraire, ils contribuent à l’escalade de l’activité terroriste», a déclaré M. al-Halki aux agences russes.
Selon lui, plus de 5 000 djihadistes ont franchi la semaine dernière la frontière turque et ont pénétré dans les provinces syriennes d’Alep et d’Idlib.
Selon la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, la Turquie poursuit sa politique de déstabilisation à l’égard de la Syrie voisine.
Moscou attend la réaction de la communauté internationale face aux rapports des médias faisant état du meurtre de réfugiés syriens à la frontière avec la Turquie, a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova. La Russie appelle à mettre fin à la « situation cauchemardesque » qui s’est créée à la frontière entre la Turquie et la Syrie, a-t-elle souligné.
Toujours selon elle, la Turquie se tient toujours à sa politique visant à déstabiliser davantage la situation en Syrie « en cherchant à dissimuler les activités des extrémistes ».
« Avec l’accord tacite de ses alliés et partenaires (…), la Turquie poursuit sa politique de déstabilisation à l’égard de la Syrie. Ankara apporte une assistance aux extrémistes et terroristes opérant en Syrie et soutient leurs activités illégales », a affirmé Mme Zakharova.
La porte-parole a également rappelé que le Conseil de sécurité de l’Onu avait diffusé quatre documents révélant l’implication de la Turquie dans le soutien des terroristes en Syrie. « Il s’agit du commerce illégal d’hydrocarbures avec le groupe terroriste Daech, ainsi que du recrutement et du transfert de combattants étrangers en Syrie, de livraisons d’armes et de munitions sur les territoires syriens contrôlés par Daech et de la contrebande d’antiquités », a-t-elle indiqué.
Récemment, des médias européens ont rapporté que des gardes-frontières turcs avaient ouvert le feu sur un groupe de réfugiés syriens tentant de franchir la frontière entre les deux pays, tuant huit personnes, dont des femmes et des enfants. Et voilà, cela devient une habitude…
(A suivre)
Chérif Abdedaïm
Chronique : Titillations politiques(2)pour vendredi 1 er juillet 2016
Par ailleurs, sur le terrain des opérations militaires, un Sukhoi russe a de nouveau intercepté de manière acrobatique un avion américain au-dessus de la Baltique. Il s’est approché à une dizaine de mètres et s’est permis un audacieux tonneau, louvoyant autour du RC-135 de reconnaissance de l’US Air Force. Le Pentagone est furieux, parlant de « manœuvre dangereuse » dans l’espace aérien international. Le ministère russe de la Défense répond que l’avion américain tutoyait la frontière russe et que son transpondeur était éteint : « Soit vous arrêtez de voler près de nos frontières, soit vous vous identifiez ». Ambiance, ambiance…
Or, ce genre d’algarade se multiplie ces derniers temps. Pas plus tard qu’il y a une dizaine de jours, le même incident a eu lieu au-dessus du Kamtchatka, non loin d’une base de sous-marins russes. On se rappelle courant avril les vagues créées par la simulation d’attaque de l’USS Donald Cook, par deux Sukhois dans la Baltique. Pauvre Donald, il avait déjà été l’objet d’un curieux incident en mer Noire en 2014…
Un jet russe seulement équipé d’un dispositif de brouillage électronique avait semble-t-il totalement paralysé le système de défense du bateau, notamment le coûteux et sophistiqué dispositif Aegis sensé équiper tous les navires de l’OTAN. L’on a déjà parlé à plusieurs reprises de l’avance des Russes en matière de guerre électronique, notamment lorsque leurs avions sont arrivés ni vus ni connus en Syrie, au nez et surtout à la barbe des turco-américano-saoudiens.
Mais revenons à nos chevaliers du ciel… En avril dernier, bis repetita. Une autre interception agressive par un jet russe, toujours au-dessus de la Baltique. Le Pentagone pleurniche, les Russes répondent « transpondeur éteint donc pas identifié ». En janvier, même chose, dans la mer Noire cette fois. Il est d’ailleurs amusant de voir la même porte-parole du Pentagone faire à chaque fois un copié-collé de ses déclarations : « manœuvres dangereuses et non professionnelles » Pauvre chérie…
Elle pourrait peut-être nous expliquer pourquoi ces incidents ont toujours lieu près des frontières russes, jamais dans le ciel américain. Désormais, l’ours montre les crocs et il semble que ces interceptions pour le moins acrobatiques deviendront la norme. Au risque de voir un jour un incident bien plus sérieux…
(Suite et fin)
Chérif Abdedaïm
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Chronique : Sans filtre (pour vendredi 8 juillet 2016)
Ces derniers jours, la communication de Barack Obama a tendance à se durcir. Dans une tribune publiée par le Washington Post, le président américain n’a pas hésité à affirmer le rôle de domination de son pays sur le commerce international. Il multiplie les déclarations de ce type depuis quelques jours.
Plus la fin de son mandat approche, moins le locataire de la Maison Blanche prend de pincettes. Dernière saillie en date ? Sa tribune au Washington Post. «Elever des murs afin de s’isoler de l’économie globale ne fera que nous priver de perspectives incroyables. Au contraire, les Etats-Unis doivent écrire les règles. Les Etats-Unis doivent mener le bal. Les autres pays doivent jouer d’après les règles que les Etats-Unis et ses partenaires fixent», a-t-il expliqué.
Cette déclaration en forme d’avertissement intervient alors que Barack Obama s’inquiète de la possible signature sous la houlette de Pékin d’un accord commercial en Asie. Le Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP) a réuni la Chine et 15 autres pays en Australie la semaine dernière. Ce traité est vu d’un mauvais œil par Washington qui craint qu’il ne lèse les entrepreneurs américains.
Barack Obama lui préfère le TPP ou Accord de partenariat transpacifique, signé le 4 février par l’Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, les Etats-Unis et le Vietnam. Le texte en question prévoit la formation d’une zone économique intégrée. Avec tout ce que cela implique : lissage des normes, ouvertures des marchés ou encore réduction des droits de douane.
Vous avez noté l’absence de la deuxième économie mondiale dans cette liste. Barack Obama a d’ailleurs tenu à apporter une petite précision : «Le monde a changé. Les règles changent aussi. Ce sont les Etats-Unis et non pas des pays comme la Chine qui doivent les écrire.»
Pékin n’a pas tardé à réagir. «En faisant de telles déclarations, les Etats-Unis montrent qu’ils sont très ambitieux, mais je crains qu’ils ne tiennent pas compte des perspectives à long terme», a indiqué un diplomate chinois.
Cela dit, les déclarations de Barack Obama font étrangement écho à celles prononcées dans le cadre d’un récent voyage en Europe. Au Royaume-Uni, il n’avait pas hésité à avertir sérieusement ses alliés de toujours. En cas de sortie de l’Union européenne, les Britanniques se retrouveraient «tout au bout de la file d’attente» dans leurs négociations commerciales avec les Etats-Unis.
Sans oublier d’en rajouter une couche : «Cela peut prendre cinq ans, dix ans avant que nous ne puissions décider quelque chose (au sujet du commerce entre Etats-Unis et Royaume-Uni).»
Dans la foulée, il s’était rendu en Allemagne pour chercher du soutien auprès de la chancelière Angela Merkel. En cause ? Barack Obama veut signer le traité avant la fin de son mandat. «Comme vous le voyez, d’autres marchés comme la Chine commencent à se développer, ainsi qu’en Asie et en Afrique. Nous devons nous assurer que nos économies restent compétitives», avait-il souligné. Tout en qualifiant les opposants d’individus «dépassés par la mondialisation».
Chérif Abdedaïm
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Chronique : Carnages (pour vendredi 15 juillet 2016)
Le 19 Mars 2015, 12e anniversaire du début du carnage américain en Irak, Physicians for Social Responsibility (PSR) a publié la dernière édition de son Rapport sur le nombre de victimes.
Le rapport, rédigé par les membres et collègues de la filiale allemande « Association internationale des prix Nobel de médecine pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) », est un compte rendu complet exhaustif du bilan humain des différentes «guerres contre le terrorisme» menées au nom du peuple américain depuis les événements du 11 Septembre 2001.
Cette publication met en évidence les difficultés d’interpréter les résultats, car elle compare les évaluations des décès de guerre en Irak, au Pakistan et en Afghanistan. Mais même ainsi, les chiffres sont horribles. Le nombre d’Irakiens tués pendant et depuis l’invasion américaine de 2003 ont été évalués à un million, ce qui représente 5% de la population totale de l’Irak. Cela ne comprend pas les décès au sein des trois millions de réfugiés soumis à des privations.
Le Docteur H.C. Hans-C. von SPONECK, Secrétaire général adjoint des Nations Unies pour l’aide humanitaire, Coordinateur pour l’Irak (1998-2000), appelle le rapport, « un aide-mémoire puissant de la responsabilité légale et morale des prédateurs tenus pour responsables. »
Body COUNT jette un regard clair et objectif sur les divers et souvent contradictoires rapports de mortalité dans les conflits dirigés par les forces américaines et alliées en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Le résultat est une image plus complète de la dévastation et de la mortalité de civils non combattants dans ces régions. Malheureusement, ces décès ont été effectivement cachés de la conscience collective par les dirigeants politiques qui cherchent à trouver des solutions militaires aux problèmes mondiaux complexes avec peu, apparemment, de sens des responsabilités.
A un moment où les Etats-Unis, une nouvelle fois, envisage de nouvelles opérations militaires élargies en Irak et en Syrie, le rapport « Body Count » souligne là des destructions humaines qui contribuent à alimenter une colère généralisée envers les forces de la coalition. Il fournit de même le contexte pour comprendre la montée des forces brutales telles que Daech prospérant dans le sillage des échecs de dirigeants. « Après un coût estimé d’au moins trois milliards de dollars sur une décennie de guerre, nous avons besoin de tenir pleinement compte de notre responsabilité et de tirer les leçons appropriées pour éviter une aggravation tragique de la situation explosive que nous connaissons aujourd’hui. » ajoute le rapport.
Chérif Abdedaïm
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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont "Aux portes de la méditation", "Le Bouquet entaché", "Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours", "Constantine, la saga de beys", "la Contrée désolée", etc.

Une pensée sur “Chronique : Interférences à tout va (1)

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    21 mai 2016 à 6 06 45 05455
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    Beaucoup de versatilité dans ces chroniques au jour le jour (avec un peu d’avance cependant (:-))

    Ta plume déborde de truculence ami Chérif, tu connais ton sujet et ça se sent.

    Merci de partager ta vision africaine de la situation proche-orientale où les tractations et malversations sont des plus complexes comme tu nous le fait constater.

    Robert Bibeau

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