Chronique : Quel « humanisme » !?

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Chérif Abdedaïm
« L’individu est handicapé en se retrouvant face à face avec une conspiration si monstrueuse, qu’il ne peut croire qu’elle existe. »(John Edgar Hoover (1895-1972), Directeur du FBI de 1924 jusqu’à sa mort.)
« Nous sommes à la veille d’une transformation globale. Tout ce dont nous avons besoin est de la bonne crise majeure, et les nations vont accepter le Nouvel Ordre Mondial. » (David Rockefeller).
« Le but des Rockefeller et de leurs alliés est de créer un gouvernement mondial unique combinant le Supercapitalisme et le Communisme sous la même bannière, et sous leur contrôle. […] Est-ce que j’entends par là une conspiration? Oui, en effet. Je suis convaincu qu’il y a un tel complot, d’envergure internationale, en planification depuis plusieurs générations, et de nature incroyablement maléfique. » (Lawrence Patton McDonald (1935-1983), message public diffusé en 1976. Il a été un congressiste américain tué dans l’attaque d’un vol de la Korean Airlines).
De nos jours, tous ceux qui ont dénoncé les agissements insidieux des promoteurs du Nouvel Ordre Mondial ont été rangés dans la case des complotistes, conspirationnistes, etc. Et pourtant, l’histoire a donné raison à ces quelques personnes qui luttent contre l’injustice imposée par les instigateurs d’un désordre à coup de bombes et d’assassinats, et ce, au nom d’une prétendue instauration de régimes démocratiques.
Des hommes d’Etat ont été assassinés sous prétexte qu’ils étaient des dictateurs. Des peuples entiers ont été génocidés au nom de la lutte anti-terroriste, et, chaque jour qui passe, la valse des rencontres internationales poursuit son bonhomme de chemin comme si ces paons qui prétendent représenter les peuples œuvraient sérieusement pour le bien être des populations. Drôle d’humanisme quand Human right dresse des rapports sur la base des « deux poids, deux mesures. »
Des peuples sont spoliés alors que leurs richesses profitent aux vampiriques multinationales. Pétrole, uranium et autres produits de première nécessité obligent, les peuples victimes doivent prendre leurs maux en patience.
Dans ce sens, les ressources de la planète peuvent nourrir 12 milliards d’humains, mais la spéculation et la mainmise des multinationales sur les matières premières créent une pénurie. Conséquence : chaque être humain qui meurt de faim est assassiné, affirme Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation qui dénonce cette « destruction massive » par les marchés financiers. Des mécanismes construits par l’homme, et que l’homme peut renverser.
Selon ce diplomate, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim. Près d’un milliard d’humains sur les 7 milliards que compte la planète souffrent de sous-alimentation.
La pyramide des martyrs augmente. À cette faim structurelle, s’ajoute un phénomène conjoncturel : les brusques famines provoquées par une catastrophe climatique – comme en Afrique orientale, où 12 millions de personnes sont au bord de la destruction – ou par la guerre comme au Darfour. En raison de la crise financière, les ressources du Programme alimentaire mondial (PAM), chargé de l’aide d’urgence, ont diminué de moitié, passant de 6 milliards de dollars à 2,8 milliards. Les pays industrialisés ne paient plus leurs cotisations car il faut sauver la Grèce, l’Italie et les banques françaises. Une coupe budgétaire qui a un impact direct sur les plus démunis. Dans la corne de l’Afrique, le PAM est contraint de refuser l’entrée de ses centres de nutrition thérapeutique à des centaines de familles affamées qui retournent dans la savane vers une mort presque certaine.
Et les financiers continuent de spéculer sur les marchés alimentaires. Les prix des trois aliments de base, maïs, blé et riz – qui couvrent 75 % de la consommation mondiale – ont littéralement explosé. La hausse des prix étrangle les 1,7 milliard d’humains extrêmement pauvres vivant dans les bidonvilles de la planète, qui doivent assurer le minimum vital avec moins de 1,25 dollar par jour. Les spéculateurs boursiers qui ont ruiné les économies de plusieurs pays par appât du gain et avidité folle devraient être traduits devant un tribunal de Nuremberg pour crime contre l’humanité.
Les ressources de la planète suffisent-elles à nourrir l’humanité ? Au vu des estimations de la FAO((Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), on ne saurait que répondre par l’affirmative. Car, l e rapport annuel des cette organisation, estime que l’agriculture mondiale pourrait aujourd’hui nourrir normalement 12 milliards d’humains, presque le double de l’humanité. Au seuil de ce nouveau millénaire, il n’y a plus aucune fatalité, aucun manque objectif. La planète croule sous la richesse. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Il n’est pas la victime d’une « loi de la nature » !
Autre question qui tarauderait les esprits : au-delà de la spéculation, quelles sont les autres causes de la faim dans le monde ? A cela, les spécialistes répondent que tous les mécanismes qui tuent sont faits de main d’homme. La fabrication d’agrocarburants brûle des millions de tonnes de maïs aux États-Unis. L’océan vert de la canne à sucre au Brésil mange des millions d’hectares de terres arables. Pour remplir un réservoir de 50 litres de bioéthanol, vous devez brûler 352 kg de maïs. Au Mexique ou au Mali, où c’est l’aliment de base, un enfant vit une année avec cette quantité de maïs. Il faut agir face au réchauffement climatique, mais la solution ne passe pas par les agrocarburants ! Il faut faire des économies d’énergies, utiliser l’éolien, le solaire, encourager les transports publics.
Autre élément : le dumping agricole biaise les marchés alimentaires dans les pays africains. L’Union européenne subventionne l’exportation de la production européenne. En Afrique, on peut acheter sur n’importe quel étal des fruits, des légumes, du poulet venant d’Europe à quasiment la moitié du prix du produit africain équivalent. Et quelques kilomètres plus loin, le paysan et sa famille travaillent dix heures par jour sous un soleil brûlant sans avoir la moindre chance de réunir le minimum vital.
Et la dette extérieure des pays les plus pauvres les pénalise. Aucun gouvernement ne peut dégager le minimum de capital à investir dans l’agriculture, alors que ces États ont un besoin crucial d’améliorer leur productivité. En Afrique, il y a peu d’animaux de traction, pas d’engrais, pas de semences sélectionnées, pas assez d’irrigation.
Enfin, le marché agricole mondial est dominé par une dizaine de sociétés transcontinentales extrêmement puissantes, qui décident chaque jour de qui va vivre et mourir. La stratégie de libéralisation et de privatisation du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a ouvert la porte des pays du Sud aux multinationales.
Face à cette situation, se pose l’éternelle question de Lénine : « Que faire ? »
La réponse des spécialistes est simple. Ces mécanismes, faits de main d’homme, peuvent être changés par les hommes. L’hypocrisie des gouvernants et de leurs multinationales est abyssale. Ils organisent la faim sur le continent africain et déploient des forces militaires pour intercepter les survivants qui essaient de passer les frontières sud de l’Europe.
En 2010, , 41millions d’hectares de terres arables africaines ont été achetés ou louées pour 99 ans par les hedge funds ou par des pays comme la Corée du Sud. La Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement, etc, financent ce vol en arguant que seuls des groupes financiers sont capables de rendre ces terres réellement productives. Les familles d’agriculteurs dépossédées vont alors grossir les bidonvilles avec les conséquences qu’on connaît : prostitution enfantine, sous-alimentation, etc.
Lorsque toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim, brûler de la nourriture sous forme d’agrocarburants est un crime contre l’humanité.
Le 22 octobre 2010, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy annonçaient 1 700 milliards d’euros d’aide aux banques. Pendant ce temps, le budget du Programme alimentaire mondial s’est effondré de 6 milliards de dollars à 3,2 milliards parce que les pays industrialisés ne payent plus leurs cotisations. Et dans les camps de réfugiés du Darfour ou de Somalie, les rations journalières ne sont plus que de 1 500 calories, quand le minimum vital est 2 200 calories par individu.

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont « Aux portes de la méditation », « Le Bouquet entaché », « Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours », « Constantine, la saga de beys », « la Contrée désolée », etc.

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