Chronique : sacrée gouvernance

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CHÉRIF ABDEDAÏM :

L’anthropologie nous a appris que, de tout temps, le pouvoir a dû s’appuyer sur le mensonge et les boucs émissaires pour asseoir son emprise. Mais les stratégies mensongères de l’ordre ancien présentaient malgré tout au moins un avantage, celui d’offrir en plus à la majorité dominée un espace de stabilité sociale et psychique. Le chaos était l’ennemi de l’ordre.

Au xx• siècle, de nouvelles formes de contrôle social sont apparues, que l’on peut rassembler sous le concept d’ingénierie sociale, et dont l’objet est non seulement de déréaliser la sphère publique, comme par le passé, mais en outre de déstructurer intentionnellement le corps social et le psychisme individuel dans les classes populaires. Aujourd’hui, le chaos est l’instrument de l’ordre.

Ce nouvel ordre postmoderne, mondialisé, globalisé, résulte dès lors d’une alliance entre le mensonge, plus que jamais au coeur du système, et un certain nombre de techniques de déconstruction programmée des équilibres socioculturels. Le « pompier pyromane » est le nom de l’une de ces méthodes de marketing politique, qui consiste, par exemple, à créer en amont de l’insécurité pour créer en aval une « demande » de sécurité et y répondre par une « offre » sécuritaire. L’antiterrorisme, comme mode de gouvernement reposant sur la diffusion d’une peur inductrice de soumission dans les couches populaires, a donc absolument besoin de terroristes, réels ou fictifs. Il faut dès lors les créer par l’entretien de conditions sociologiques favorables à l’émergence, ou, à défaut, de manière totalement imaginaire. Les vrais terroristes, les plus dangereux, sont ainsi ceux qui occupent le pouvoir et qui, depuis des décennies, travaillent à ce que le désordre s’installe, de sorte à maintenir sous pression le bon peuple et à le pousser « librement» dans les bras d’une réponse politique répressive d’ampleur totalitaire. Détruire pour régner, telle est la devise de ce Nouvel Ordre mondial fondé sur le chaos.

Jacques Attali, un des plus fins observateurs sociopolitiques de l’époque, ne cesse de le rappeler, que ce soit dans ses publications ou ses interventions médiatiques : la plupart des dirigeants contemporains ne poursuivent fondamentalement que deux buts, le premier étant de mettre sur pied un gouvernement mondial ; le deuxième, afin de protéger ce gouvernement mondial de tout renversement par ses ennemis, étant de créer un système technique mondialisé de surveillance généralisée fondé sur la traçabilité totale des objets et des personnes. Ce système global de surveillance est déjà fort avancé grâce à l’informatique, à la téléphonie mobile et aux dispositifs de caméras, statiques ou embarquées dans des drones, en nombre toujours croissant dans les différentes villes.
L’intégration mondialiste, comme projet politique imposé par certaines élites aux populations, n’est ainsi rien d’autre que la mise en place d’un vaste système de prévisibilité et de réduction de l’incertitude des comportements de ces populations, autrement dit un système de contrôle total des contre-pouvoirs.

Enfin, comme disait George Orwell : « Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l’accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l’apparence de la solidarité à un simple courant d’air »

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont "Aux portes de la méditation", "Le Bouquet entaché", "Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours", "Constantine, la saga de beys", "la Contrée désolée", etc.

2 pensées sur “Chronique : sacrée gouvernance

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    14 juillet 2015 à 22 10 55 07557
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    @ Cherif
    Les classes populaires, c’est un concept que je connais pas. Je le lis souvent mais je ne sais pas qui – quels groupes sociologiques font parties des classes populaires ???

    Le CHAOS SERAIT l’ordre – j’ai lu cet étrange paradigme sous la plume de certains auteurs – quel curieux paradoxe ? Le chaos = désordre serait l’ordre et tout ceci serait voulu – planifié – orchestré par quelques mains machiavéliques toutes puissantes et omniscientes.

    Merci de m’en dire davantage sur ces concepts camarades.

    Robert Bibeau

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    15 juillet 2015 à 7 07 20 07207
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    L’avenir? Les élus deviendront des machines, les non-élus seront éliminés. Et la vie? La vie n’était en fait qu’un inconvénient temporaire car en devenant machine les élus se libèrent de l’esclavage de la vie.

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