Chronique « Terrorisme », l’autre facette

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CHÉRIF ABDEDAÏM ::
Avec la lutte mondiale contre le terrorisme engagée depuis les événements du 11 septembre 2001, ce fléau a pris de l’ampleur où pratiquement presque tous les continents y sont touchés.

Toutefois si la plupart des médias s’accordent à stigmatiser les hordes criminelles qui prétendent agir au nom de l’Islam, n’omettons pas également de signaler d’autres facettes du terrorisme rarement abordées par les médias et les politiques.

« On a tort de penser que le terrorisme serait l’instrument des faibles. Comme la plupart des armes meurtrières, le terrorisme est surtout l’arme des puissants. Quand on prétend le contraire, c’est uniquement parce que les puissants contrôlent également les appareils idéologiques et culturels qui permettent que leur terreur passe pour autre chose que de la terreur. », disait Noam Chomsky, dans son article Terrorisme, l’arme des puissants
(paru en décembre 2001 dans le Monde Diplomatique). « La guerre est le terrorisme des riches. », renchérit Peter Ustinov.

« Le terrorisme moderne est le moyen par lequel les oligarchies mènent contre les peuples une guerre clandestine qu’il serait politiquement impossible de mener ouvertement… Le terrorisme est intrinsèquement une activité contrôlée par une faction du gouvernement, agissant probablement sous l’influence de groupuscules financiers qui sont généralement l’ultime source d’autorité sur notre planète mondialisée. », ajoute Webster G. Tarpley, dansson livre La Terreur fabriquée.

Cela dit, il est beaucoup question de terrorisme depuis la fin des années 1960, et plus encore depuis le 11 septembre 2001. Tout le monde en parle, tout le monde appelle à combattre ce fléau. Mais qu’est-ce au juste que le terrorisme ?

Les définitions ne manquent pas. Aux Nations-Unies, malgré des années de discussion en vue d’aboutir à une convention internationale, il n’a pas été possible de se mettre d’accord sur la signification de ce terme. Dire, comme le fait le Petit Larousse, qu’il s’agit de « l’ensemble des actes de violence commis par une organisation pour créer un climat d’insécurité ou renverser le gouvernement établi », c’est ne prendre en compte qu’une partie du problème.
Un des deux points de divergence au sein de l’ONU réside précisément dans la distinction à faire ou à ne pas faire entre organisations terroristes et mouvements de libération. L’autre a trait au terrorisme d’Etat, dont certains vont jusqu’à nier l’existence.

Ainsi, la première utilisation du mot « terrorisme » – dans un sens assez différent de celui d’aujourd’hui – remonte à la révolution française, à Robespierre et à son régime de justice expéditive. C’est ce que le chef des Jacobins appelait lui-même « la terreur sans laquelle la vertu est impuissante », terreur à laquelle il finit lui aussi par succomber. S’agissait-il de terrorisme d’Etat ou de violence exercée par un groupe politique sur un autre afin d’imposer un changement radical ? On en a longuement débattu, on pourrait en débattre encore. Le phénomène s’est reproduit plus d’un siècle plus tard avec la révolution russe de 1917, en s’amplifiant considérablement. La « terreur rouge », élevée au rang de vertu révolutionnaire en réponse à la « terreur blanche », a longtemps survécu à cette dernière.

Mais la terreur institutionnalisée de Robespierre ou de Staline – on en parle d’autant plus qu’eux-mêmes se sont vantés de la pratiquer – n’a pas été la première qu’ait connue l’histoire humaine. Dans ce sens, nous citerons la crucifixion de milliers d’esclaves dans la Rome antique ou l’extermination de centaines de milliers d’Indiens d’Amérique, les génocides coloniaux, en Algérie et un peu partout dans le monde, les crimes israéliens en Palestine et la liste est longue. Il est vrai toutefois que ces excès passent rarement pour des actes de terrorisme.

En revanche, les assassinats individuels de rois, de princes, de présidents, d’hommes politiques, d’industriels ou de banquiers, tels qu’ils se pratiquent depuis le 19ème siècle, sont considérés comme terroristes.

Dès l’origine, il y a donc bien deux poids et deux mesures dans la manière d’appréhender cette question, tant pour ce qui est de la « couleur » du terrorisme que pour l’échelle à laquelle il se pratique (ce que le politologue américain Michael Parenti appelle « wholesale terrorism » et « retail terrorism » : terrorisme en gros ou au détail – ou comme l’a dit quelqu’un d’autre: « le terrorisme d’Etat est au terrorisme groupusculaire ce que la grande distribution est au petit commerce ». Dans ce registre, le terrorisme d’Etat pourrait éventuellement avoir d’autres facettes insoupçonnées, et pourtant.

Les labos de la CIA et autres ne chôment pas en matière de fabrication d’armes chimiques et biologique comme l’explique exhaustivement Gordon Thomas dans son livre « les armes secrètes de la CIA ». Rappelons-nous que le 18 septembre 2001, une semaine après l’attentat du WTC, un présentateur de la chaîne de télévision NBC de New York reçoit une lettre contenant des bactéries d’anthrax. C’est une de ses collaboratrices qui ouvre l’enveloppe, et quelques jours plus tard, elle présente les premiers symptômes de la maladie du charbon. Le 30 septembre, un cas similaire se déclare à Boca Raton, en Floride, touchant un photographe travaillant pour une maison d’édition. L’homme meurt le 5 octobre, tandis que plusieurs de ses collègues tombent malades. Toutefois, on ne retrouve aucune lettre contaminée. Le dernier cas d’anthrax connu aux Etats-Unis remontant aux années 70, on fait aussitôt le rapprochement avec les attentats du 11 septembre. La psychose du bioterrorisme s’empare alors du pays. Ben Laden, depuis sa caverne afghane, vient-il de déclencher l’offensive bactériologique contre le monde libre ?… Le FBI, lui, garde la tête froide et n’ouvre son enquête que trois semaines après la première alerte. Des milliers de lettres potentiellement contaminées sont signalées aux autorités. Les fausses alertes se multiplient, de même que les plaisanteries douteuses et les actes de vengeance. Les pays étrangers sont gagnés eux aussi par l’hystérie.

En haut lieu, on se fait de plus en plus discret sur la source des attaques à l’anthrax. Déjà dès la mi-octobre, alors que l’alerte bactériologique bat son plein et que l’aviation américaine bombarde l’Afghanistan, on perçoit les premiers flottements quand il s’agit de désigner l’expéditeur des lettres fatales. Le ministre de la Santé déclare qu’il ignore si « Al-Qaïda » est responsable; le coupable peut aussi bien venir de l’intérieur. Cette retenue des milieux officiels contraste étrangement avec le zèle apporté à dénoncer les prétendus auteurs de l’attaque du 11 septembre. Pourquoi n’a-t-on subitement plus besoin de bouc émissaire ? Sommes-nous en présence d’un « cafouillage » interne ? Craint-on des révélations gênantes ? Et de la part de qui ? Toutes ces questions restent sans réponse.
Le 1er novembre, le State Department annonce discrètement qu’il n’a pas l’intention de saisir le Conseil de Sécurité de l’ONU, car il est tout à fait possible que le responsable soit américain. La presse continue cependant sur sa lancée et pointe du doigt les méchants Arabes.On a retrouvé, en tout et pour tout, quatre lettres contenant le bacille. Toutes les quatre ont été envoyées de Trenton, New Jersey. L’enquête ne devrait donc pas s’avérer si difficile, et pourtant le FBI piétine.

Le 12 novembre, la biologiste Barbara Hatch-Rosenberg, de la Federation of American Scientists, émet l’hypothèse que les spores utilisées sont issues de cultures réalisées dans un laboratoire américain de « défense » bactériologique et que le coupable travaille pour le gouvernement US. A partir de la mi-décembre, les soupçons se confirment et les porte-parole officiels (par exemple Tom Ridge de la Homeland Security, puis Ari Fleischer de la Maison Blanche) évoquent de plus en plus fréquemment la probabilité d’une source américaine. Selon le journal Baltimore Sun, le laboratoire ayant mis au point la souche incriminée serait situé sur le Dugway Proving Ground, un terrain militaire de l’Utah.
La presse, passablement frustrée, tente de diriger l’attention vers un coupable plus conforme à la tradition, par exemple l’Irak. Le FBI dément avoir la moindre trace en ce sens. Les investigations s’enlisent.
En avril 2002, on signale un cas de contamination à Fort Detrick, Maryland, dans un autre laboratoire militaire s’occupant de « recherche » (fabrication d’armes biologiques): c’est l’USAMRIID (US Army Medical Research Institute for Infectious Diseases). Les mesures de sécurité dans ce laboratoire ne sont pas très sévères; on y déplore parfois des disparitions d’échantillons bactériologiques.

L’hypothèse la plus probable est que les attaques à l’anthrax sont l’oeuvre (assez dilettante) d’activistes américains d’extrême droite, et que ceux-ci jouissent d’appuis et de complicités dans les organes gouvernementaux, sans toutefois que les comploteurs du 11 septembre (tous d’un calibre autrement plus élevé) aient eu connaissance de ces plans ou les aient eux-mêmes préparés. Cela expliquerait à la fois qu’il y ait eu une enquête, quoique sans résultats bien concrets, et que les milieux dirigeants aient été si réticents à mettre ces nouvelles atrocités sur le compte des coupables habituels.

Un an après, cependant, on peut se demander si Bush – et ceux qui pensent pour lui – ne vont pas juger opportun de tout rejeter sur Saddam Hussein. Dans cette perspective, en février 2003, Colin Powell, ministre américain des Affaires étrangères, accusera l’Irak de produire et de stocker le bacille de l’anthrax, sans toutefois faire un rapprochement explicite avec les cas observés aux USA. De toute façon, les médias s’alignent sur la thèse officielle, accusant à leurs tours Saddam Hussein. Il est donc grand temps de riposter par une nouvelle guerre…

Les Etats-Unis, toujours prompts à reprocher aux « dictateurs » étrangers le développement, la production et le stockage d’armes bactériologiques, sont en fait les champions en la matière. Bien qu’ayant ratifié la convention internationale de Genève de 1972, qui devait régler ce problème, ils n’en n’ont jamais respecté les modalités. En juillet 2001, quelques mois avant les attentats, ils ont même rejeté un projet de protocole visant à instaurer une procédure de vérification de cette convention. Aller vérifier chez les autres, d’accord; permettre une vérification chez soi, jamais ! Comme dans bien d’autres domaines (traité de non-prolifération, protocole de Kyoto, cour pénale internationale, etc.), les USA ne se sentent nullement tenus par leurs engagements. La fameuse « communauté internationale », si souvent invoquée depuis quelques années, est considérée par les gendarmes du monde comme quantité négligeable et méprisable, dans la mesure où elle ne s’aligne pas inconditionnellement sur eux.

Par ailleurs, la variole a été également instrumentalisée à des fins terroristes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que la variole est éradiquée depuis 1979. La vaccination contre cette maladie, autrefois obligatoire, n’est plus pratiquée ; les stocks de vaccin ont été détruits. Le virus n’existe plus, sauf dans les laboratoires américains travaillant pour la « recherche » bactériologique du Pentagone et éventuellement dans un laboratoire russe. A en croire les fauteurs de guerre de Washington, l’Irak et les terroristes d’Al-Qaïda se seraient procurés le virus d’origine russe et menaceraient la planète.

Confronté, fin 2002, à cette nouvelle « mise en garde », on pourrait se contenter de hausser les épaules et ne pas y attacher plus d’importance qu’à un quelconque autre bobard des services de propagande. On apprend cependant avec une certaine inquiétude que le gouvernement américain entend reprendre la vaccination de sa population afin de mieux la « protéger ». L’opération a bien entendu pour but de stimuler la psychose de guerre en personnalisant le « danger ». Elle permet, en outre, d’accroître les profits des fabricants de vaccin. Mais il y a plus grave.

Aucune vaccination n’est sans danger; affirment les spécialistes. Dans bien des cas, la maladie est provoquée par le vaccin lui-même. Ce phénomène est bien connu dans les milieux médicaux, même si le lobby pharmaceutique a toujours su discréditer et ridiculiser les professionnels qui osaient en parler – dans ce domaine, comme dans d’autres, toute déviation de la ligne dominante est considérée comme une forme de paranoïa de la conspiration.

Le résultat d’une reprise de la vaccination serait donc probablement le retour en force d’un fléau éteint depuis plus d’un quart de siècle : un véritable acte de terrorisme à grande échelle, motivé par l’appât du gain.

Ainsi, Fort Detrick (Maryland) est non seulement synonyme d’anthrax, de variole et d’autres épouvantables maladies ; c’est aussi l’endroit d’où est très vraisemblablement sorti le virus du SIDA. Robert Gallo, qui passe pour un des « découvreurs » de la maladie, a dirigé le département de virologie de ce laboratoire de l’armée dans la seconde moitié des années 1970. Le professeur Jakob Segal a révélé en 1986 de quelle manière le virus a été « fabriqué » puis « expérimenté » sur des prisonniers de droit commun, d’où sa propagation initiale dans les milieux homosexuels.

Il est possible que les ravages du SIDA en Afrique soient la conséquence de la campagne de vaccination antivariolique menée par l’OMS à la fin des années 1970, le nouveau virus ayant été mêlé au vaccin à titre « expérimental », dans le cadre d’une politique de dépopulation préconisée par certains dirigeants politiques, Henry Kissinger notamment.
Le Dr Boyd Graves, un juriste américain spécialisé dans les questions de recherche médicale, est également convaincu que le SIDA est sorti d’un laboratoire de l’armée US. Les preuves matérielles existent, mais elles sont sous clé. Depuis des années, Graves tente en vain d’obtenir l’accès à ces documents secrets, en vertu de la loi Freedom of Information Act. Bien entendu, le gouvernement et les tribunaux font traîner les choses en longueur, et il est facile de deviner comment tout cela va se terminer – c’est un peu le combat du pot de terre contre le pot de fer.

En attendant, le traitement de la maladie, aussi inefficace soit-il, constitue pour l’industrie pharmaceutique une source inépuisable de profits.

Outre ces trois fléaux, que doit-on penser de cette nouvelle maladie (le SRAS : syndrome respiratoire aigu sévère), « surgie du néant » fin 2002-début 2003 ? Est-elle sortie d’un laboratoire de la guerre bactériologique, comme le pensent certains biologistes ?
Trois ans après le SRAS, c’est le virus de la grippe aviaire (ou H5N1) qui menace le monde.

En août 2007, on passe à la fièvre aphteuse.

En avril 2009, une nouvelle épidémie se déclare, avec cette fois le Mexique comme point de départ. C’est la grippe porcine (virus H1N1). En août 2014, une épidémie d’Ebola est signalée en Afrique occidentale (Sierra Leone, Libéria, Guinée). Le virus, relativement nouveau, a été « découvert » au Zaïre (Congo) en 1976. Pas besoin d’être sorcier africain pour deviner que la plupart d’entre elles sortent de laboratoires (situés hors d’Afrique).
Cela dit, quelle serait le nouveau fléau à venir ? Seuls les labos US pourraient nous le dire.

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont « Aux portes de la méditation », « Le Bouquet entaché », « Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours », « Constantine, la saga de beys », « la Contrée désolée », etc.

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