Chronique : Un cas d’école

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CHÉRIF ABDEDAÏM :

Décidément, Poutine fait parler de lui… Ses surprises géopolitiques, ses fulgurances stratégiques ne laissent pas d’étonner partisans comme adversaires. Sa décision de retirer une partie des forces russes de Syrie a été commentée d’Honolulu à Santiago et est généralement considérée comme un coup de maître, y compris – ô surprise – dans la presse occidentale du système. Pour les médias américains, par exemple, « Poutine a une nouvelle fois possédé Obama » ; c’est peut-être quelque peu exagéré mais il y a du vrai. Rarement aura-t-on vu une telle unanimité pour reconnaître le succès de l’intervention russe qui a, de fait, complètement inversé le cours de la guerre syrienne avec des moyens pourtant (presque) dérisoires et évité l’écueil de l’enlisement.

L’explication à ce retrait partiel, dont le timing est également loué par les observateurs, est finalement relativement simple et tient en deux grands paradigmes : Poutine dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit.

Faire la guerre pour dicter la paix. Cette maxime très XVIIème siècle est constitutive de la politique que Vladimir Poutine applique à la Syrie. Autant l’âme russe peut connaître de violentes sautes d’humeur quand il s’agit d’art, de révolution ou de fête, autant la pensée russe en matière de stratégie extérieure fait penser au rhinocéros, avançant lentement mais fermement, inexorablement, et finissant par mettre tout le monde d’accord.

La Syrie est un cas d’école. Que disait Moscou avant l’intervention ? Nous allons repousser les terroristes, rétablir le gouvernement légal et sauvegarder l’intégrité de la Syrie tout en favorisant un consensus national. Petit à petit, les pièces se mettent en place et c’est exactement ce à quoi nous commençons à assister, à la virgule près. Quel changement par rapport aux simagrées occidentales où les effets de communication font maintenant office de politique…
Un rhinocéros qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, qui avance inexorablement, sans grandes annonces mais d’un pas sûr. D’accord ou pas, Américains, Saoudiens, Turcs, Français et Qataris vont devoir s’y plier…

La cinquantaine d’avions n’était pas suffisante pour mener la guerre à la fois contre les terroristes « modérés » (qu’ils soient qaédistes, Ahrar al-chamistes ou autres) et contre Daech. L’intervention russe avait pour but de rétablir le gouvernement, saucissonner la rébellion et (re)créer les conditions favorables en Syrie utile pour récupérer en temps voulu l’est syrien aux mains de l’EI. Maintenant que la donne a été bouleversée dans la partie occidentale du pays (il a fallu deux mois de plus que prévu) et que de vraies négociations de paix peuvent aboutir, les Russes réduisent leur présence militaire. Ainsi, Moscou réduit la voilure mais ne part pas.

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Chérif Abdedaïm

Chérif Abdedaïm est journaliste écrivain algérien. Auteur de plusieurs essais et recueils de poèmes dont "Aux portes de la méditation", "Le Bouquet entaché", "Abdelhafid Boussouf, le révolutionnaire aux pas de velours", "Constantine, la saga de beys", "la Contrée désolée", etc.

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