« DÉMOCRATIE » = DICTATURE DU CAPITAL.

Par  Éric Michel.  Le 10.11.2017.  Sur  Libérons-nous de l’esclavage salarié!

Titre original:   DICTATURE DU CAPITAL : Surveiller et prévenir, l’ère de la pénalité prédictive (« En marche » vers le fascisme !) Entrevue avec Nicolas Bourgouin.

 

Éric Michel : Qu’est-ce que la pénalité prédictive ?

Nicolas Bourgoin : La pénalité classique consiste à sanctionner un acte déjà commis ou ébauché, dans la pénalité prédictive ou préventive il s’agit d’intervenir en amont pour empêcher sa commission. Cette gestion « proactive » peut prendre deux formes : une surveillance systématique de la population visant à construire des profils de comportements suspects au moyen d’algorithmes, une surveillance ciblée pour extraire de l’information sur des individus déjà identifiés. Dans les deux cas, ça passe par un travail de renseignement : pouvoir anticiper suppose de connaître.

 

EM : Il s’agit selon toi d’une « nouvelle ère » ?

NB : Le modèle anticipatoire touche un grand nombre d’institutions : l’école où il s’agit de repérer les enfants « à risque », les prisons où on dépiste les signes de « radicalisation », la justice qui devient « actuarielle » quand la peine est déterminée en fonction des probabilités de récidive, le travail de la police avec la multiplication des patrouilles préventives dans les « hotspots », la surveillance de l’espace public par les caméras intelligentes capables de détecter des comportements « suspects » ou menaçants et de déclencher des « alertes préventives », la psychiatrie où l’on se borne à évaluer la dangerosité des malades au lieu de les soigner, le marketing où il s’agit d’anticiper les désirs d’achat des consommateurs pour leur proposer des produits avant même qu’ils n’en éprouvent l’envie, etc. On a affaire à une véritable révolution boostée par la montée en puissance des NTIC qui va changer radicalement les modes de contrôle social et plus généralement l’ensemble des rapports sociaux.

 

EM : C’est un changement positif ? A priori, il vaut mieux prévenir que guérir…

NB : En théorie seulement. Dans les faits, cela suppose une extension de la surveillance basée sur une collecte boulimique des données personnelles. Pour prévoir les comportements, il faut connaître les individus. D’où le fichage tous azimuts, le quadrillage en règle d’Internet et des réseaux sociaux, l’espionnage des communications, le traçage numérique des citoyens, la mise sous surveillance des leurs déplacements, de leurs relations personnelles ou de leurs achats, etc. Les dernières lois antiterroristes, notamment celle sur le renseignement, ont justement servi à optimiser la surveillance et le profilage des citoyens en levant les garde-fous judiciaires propres à l’État de droit.

Il faudrait aussi considérer la pléthore de « faux positifs » (personnes suspectées ou arrêtées à tort) que va générer la systématisation de ces pratiques quand n’importe quel citoyen pourra être inquiété sur la seule base de suspicions. Les victimes collatérales vont se multiplier avec la généralisation de ces méthodes.

EM : Le basculement a lieu à quel moment ?

NB : Vers le milieu de la décennie 2000, dans le fil de la guerre contre le terrorisme mené par l’administration Bush au lendemain des attentats du 11 septembre. La lutte antiterroriste a été le sésame pour étendre la surveillance prédictive des citoyens. Ce qui est finalement paradoxal car le terrorisme est le phénomène imprévisible par excellence, les cambriolages ou les vols de voiture sont bien plus prévisibles comme le montre les succès (bien que très relatifs) de la « police prédictive » aux USA. Un simple calcul peut illustrer cette contradiction : avec un algorithme extrêmement précis qui ne se tromperait qu’une fois sur cent, à l’échelle de la population il y aurait de l’ordre de 600.000 personnes suspectées à tort. En d’autres termes, en faisant l’hypothèse énoncée par le gouvernement que 3.000 personnes mériteraient d’être surveillées, la probabilité qu’une personne identifiée par le système soit vraiment un terroriste serait alors d’environ 0,5 %, ce qui est une proportion parfaitement négligeable.

Les raisons sont donc à chercher ailleurs : le terrorisme (et sa sur-médiatisation) frappe les esprits, place les populations dans un état de sidération qui leur fait accepter le sacrifice de leurs libertés au nom d’une sécurité illusoire. Cette « gouvernance par la peur » a été théorisée notamment par le rapport d’Alain Bauer « Déceler-Étudier-Former » qui présente le décèlement précoce des menaces comme une réponse appropriée au nouveau désordre mondial né de l’effondrement du monde bipolaire. L’affaire de Tarnac dont je parle longuement dans mon livre a servi de terrain d’essai à cette nouvelle doctrine stratégique.

L’État, de son côté, tire tous les bénéfices d’une reprise en main autoritaire d’un désordre qu’il a lui-même contribué à produire. En démantelant l’État providence,  en se désengageant des domaines économiques et sociaux, en laissant les citoyens à la merci des forces du marché, il crée une situation d’instabilité à laquelle il répond de manière brutale en serrant un peu plus le verrou sécuritaire. C’est ce que certains ont appelé la « pénalisation du social ». Mais les bénéfices de la pénalité préventive ne sont pas que symboliques : elle permet aussi à l’exécutif d’augmenter son pouvoir discrétionnaire par des mesures d’exception qui l’affranchissent des contraintes propres à l’État de droit. La pérennisation de l’état d’urgence qui fait sauter les gardes-fou judiciaires aux assignations à résidence ou aux perquisitions, laissant le citoyen sans protection face à l’arbitraire du pouvoir, en est l’exemple-type. Elle rappelle que le souverain est avant tout celui qui décide de l’état d’exception.

Eric Michel, romancier humaniste et engagé, est l’auteur de deux romans qui ont rencontré un vif succès critique: Algérie ! Algérie ! et Pacifique.

 

Source : https://bourgoinblog.wordpress.com/2017/11/10/surveiller-et-prevenir-lere-de-la-penalite-predictive/

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

Une pensée sur “« DÉMOCRATIE » = DICTATURE DU CAPITAL.

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    15 novembre 2017 à 17 05 58 115811
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    Avec l’arrivé de l’AI, on est pas loin de  »Minority report » le film avec Tom Cruise .

    Par contre, le crime organisé est rarement inquiété..bizarre, non !?

    Espérons que ces techniques puissent détecter les psychopathe en premier…alors elle deviendront vite déssuètes.

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