États-Unis vs Chine: jusqu’où peut aller leur confrontation?

Par Olga Lechtchenko.    Le 11.10.2018.  Sur Sputnik.

 

Après la provocation américaine en mer de Chine et les accusations d’ingérence chinoise dans les élections américaines, plusieurs éléments portent à croire que les USA prépareraient une nouvelle salve d’attaques contre Pékin. Mais quels leviers Washington peut-il encore actionner dans cette guerre et en quoi pourrait consister la riposte chinoise?

 

Les tensions entre les États-Unis et la Chine ne semblent pas s’apaiser. Au contraire, depuis les deux dernières semaines, le conflit présenté comme «commercial» s’est doublé de crispations dans les domaines militaire et politique: un grave incident en mer de Chine méridionale ainsi que des accusations d’ingérence du géant asiatique dans les élections américaines n’ont fait qu’exacerber cette confrontation.

Erreur de calcul

«La guerre commerciale n’a pas donné le résultat escompté par les États-Unis», estime Sergueï Sanakoev, directeur du centre analytique russo-chinois, dans une interview à Sputnik. «Trump pensait que la Chine, comme avant, se mettrait à la table des négociations pour trouver un compromis» poursuit-il, avant d’ajouter: «Je crois que c’est là qu’il s’est trompé dans ses calculs».

 

Les discussions entre les deux premières puissances économiques mondiales sont au point mort depuis des mois. Plusieurs tentatives de mettre fin à la guerre commerciale par la voie des négociations, dont la dernière date des 22 et 23 août, ont échoué, Pékin faisant savoir qu’il ne comptait pas discuter avec un pistolet sur la tempe. L’Empire du milieu est allé jusqu’à claquer la porte au nez de Washington fin septembre, en annulant un cycle de discussions prévues dans la capitale américaine. 

«Trump a eu recours à sa pratique privilégiée […], il a laissé entendre qu’indépendamment de l’issue de ces négociations, il envisageait d’augmenter les tarifs douaniers», explique M. Sanakoev. Selon l’expert, cet échec dans leur tactique a conduit les États-Unis à des démarches chaotiques, mais les a également incité à recourir aux «mesures d’un autre type, celles qui ont fait leur preuves sur la Russie, soit accuser de tous les maux en vue de justifier des actes ultérieurs».  (Mais ce jérémiades américaines attestent que l’effet que recherche l’Amérique n’est pas au rendez-vous… En lieu et place, la bourse de New-York vacille et ébranle les autres bourses mondiales comme présenté ici dans notre section Actualitéhttp://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/les-bourses-mondiales-degringolent-trump-accuse-la-fed/)

 

Jusqu’où peut aller l’offensive américaine?

À quoi peut-on s’attendre encore alors que deux puissances mondiales s’embourbent déjà dans une guerre commerciale sans merci, s’imposant de part et d’autres des tarifs douaniers punitifs sur des centaines de milliards de dollars de marchandises?

Pour Sergueï Loukonine, responsable du secteur Économie et politique de la Chine au sein de l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales (IMEMO), le passage de la confrontation sur le terrain politique a été sans surprise. Il prévoit dans ce contexte l’emballement autour des droits de l’homme en Chine, surtout par rapport aux Ouïgours, minorité musulmane de la région du Xinjiang, à l’extrême nord-ouest du pays.

«Les accusations de cybercriminalité ne sont pas non plus à exclure», poursuit-il, ajoutant: «C’est une stratégie générale des États-Unis et il est fort probable que le nombre de ces accusation ira croissant». (Ce qu’il faut retenir c’est que ces accusations sont destinées à conditionner l’opinion publique américaine afin qu’elle accepte les lourds sacrifices économiques qui résulteront de cette guerre commerciale et financière que les États-Unis ne peuvent gagner. C’est le grand capital américain qui s’avance ainsi sur la corde raide au fur et à mesure que le prolétariat américain se détache de ces jérémiades « libertaires » dont usent les Démocrates comme les Républicains. Robert Bibeau.)

 

Avec des droits de douane sur un total de 250 milliards de dollars d’importations chinoises et l’accès limité du géant asiatique aux technologies occidentales, les États-Unis semblent avoir déjà actionné la majorité des leviers qui leurs sont disponibles, difficile donc d’imaginer une suite qui serait sans dégâts pour Washington lui-même. Une dépendance générée par l’époque du globalisme, l’ouverture des marchés et valable, par ailleurs, dans les deux sens.

 

«Toute démarche américaine aussi bien que chinoise aura des répercussions mutuelles», estime Sergueï Loukonine. Et de poursuivre: «En agissant contre les sociétés américaines, la Chine expose au choc un secteur de son économie. Des atouts contre Washington, Pékin en dispose, mais leur utilisation peut avoir des conséquences pour la Chine aussi». (Sous le mode de production capitaliste mondialisé, les économies nationales sont largement imbriquées et interdépendantes et toute action des grands belligérants (États-Unis, Union européenne, Russie, Chine) a des répercussions sur eux-mêmes et sur tous les autres. La question devient alors – quelle est la capacité de tolérance du prolétariat national avant qu’il n’éclate ?  Robert Bibeau)

 

Sergueï Sanakoev évoque pour sa part l’éventualité d’un conflit militaire, rappelant les disputes frontalières maritimes en mer de Chine méridionale, notamment avec le Vietnam, mais il rejette tout de suite cette hypothèse. «J’estime que les Américains n’oseront pas», rassure-t-il. (La question n’est pas de connaître le niveau d’effronterie des États-Unis mais de voir que les différents belligérants dans cette guerre économique internationale sont poussés dans les câbles contre leur gré et sont amenés à poser des gestes de riposte toujours plus risqués. Robert Bibeau)

 

Riposte chinoise

À long terme, Pékin dispose tout de même de quelques atouts dans sa manche, et le plus important d’entre eux concerne le yuan. «Le plus effrayant pour les Américains, mais aussi une démarche que le Chinois ne sont pas en mesure de réaliser en solo […], c’est le passage aux transactions dans les monnaies nationales», affirme M. Sanakoev. «C’est certainement impossible à réaliser tout de suite, car l’économie chinoise en serait sérieusement affectée, mais ils y procèdent étape par étape, dans les échanges russo-chinois on a commencé à y recourir depuis 2008», ajoute le sinologue.  (Voilà justement une action de rétorsion dont les belligérants ne contrôlent pas le développement et qui entraînera aussi bien l’effondrement du dollar et donc des États-Unis – mais celui des autres monnaies également. tels des dominos.  Robert Bibeau)

 

Le sujet de la dédollarisation est par ailleurs activement discuté par les autorités russes. Le ministre des Finances Anton Silouanov a remis au gouvernement, début octobre, un projet prévoyant des privilèges en matière d’imposition pour les entreprises effectuant des paiements en roubles. Quoique polémique et certes non immédiate, l’idée de la Russie, qui cherche à réduire la circulation du billet vert dans le commerce mondial, trouve de plus en plus d’adeptes parmi les pays émergents, dont principalement la Chine.  «Il peut s’avérer que plusieurs pays du monde forment des blocs contre l’actuel modèle de globalisme», admet Sergueï Sanakoev. Et de conclure: «Il pourrait s’avérer aussi qu’ils s’insurgent contre l’hégémonie, qui ne respecte pas les règles qu’il a écrite lui-même».
(Il n’existe pas plusieurs « modèles » de globalisation-mondialisation sous le mode de production capitaliste – il n’en existe qu’un seul – celui dont les États-Unis détenait jusqu’ici l’hégémonie. Leur puissance économique ployant sous ses contradictions la superpuissance décline et un nouvel aspirant est poussée sur le devant de la chaîne peu importe la volonté de ses dirigeants politiques. C’est à un changement de la garde – un changement de régime auquel on assiste pas à un changement de système économique. Robert Bibeau).
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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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