Il est temps de surmonter le moment «Gilet jaune». La suite du VIe Acte

Nuevo Curso (Espagne) Le 23.12.2018. Sur https://nuevocurso.org/hora-de-superar-el-momento-chalecos-amarillos/  Traduction de l’espagnole Robert Bibeau pour www.les7duquebec.com

 

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27.12.2018-Eng;ish-italian-Yellowvest

 

Macron démission!


« Macron, démission! Macron, démission! »
, drapeau tricolore, la Marseillaise avec tout son patriotisme sanglant. Le sixième samedi des gilets jaunes (Actes 6) n’offrait aucune possibilité de confusion: quelques milliers de personnes contre la plus grande concentration de policiers depuis des décennies, sans la participation de groupes politiques ou de « Black Bloc » … uniquement les « derniers gilets jaunes » pas encore arrêtés – molestés –  estropiés – emprisonnés, exprimant ou prétendant représenter le sentiment de la majorité, soit 75% de la population française qui s’identifie à la frustration canalisée par le mouvement et qui refuse d’éteindre l’affirmation des besoins universels qui a conduit le gouvernement à céder, pour la première fois depuis des décennies, à la protestation populaire.

 

Le mouvement revient à ses origines alors que le débat public se concentre sur le terrain électoral préféré de la bourgeoisie française le «Référendum d’initiative populaire». Quelle attitude faut-il maintenant adopter?

 

Nous ne devons pas oublier que c’est l’urgence, à partir d’un second lot de revendications qui a conduit le gouvernement à céder. Macron a cédé à une tendance et non à une organisation de masse dûment constituée; et avant que ces premiers développements ne mènent à un mouvement de classe qui reste à constituer. Macron a été « vaincu » par un fantôme et non par une réalité matérielle. Par ces concessions l’objectif de la bourgeoisie française était d’arrêter un processus de maturation et de revendication de classe qui commençait à prendre forme. Le résultat a été que le mouvement a effectivement perdu de la puissance et de la consistance. Bien que la méfiance continue, avec raison, la bourgeoisie ne dit pas la vérité même quand elle arrête de mentir. Et pour commencer, il est déjà clair que la promesse de relever le salaire minimum de 100 euros par mois ne sera pas réalisé, du moins pour plus de la moitié de ceux qui sont soumis au SMIC. Méfiance, ressentiment et colère sur une base de « conquêtes éphémères et fragiles » et où les militants ne savent pas très bien ce qu’ils ont réellement accomplis.

 

La bourgeoisie a perturbé (et bloqué espère-t-elle) la maturation de la conscience de classe, qui continue d’évoluer, les concessions servent à provoquer des minorités qui souhaitent allées au-delà de ces luttes revendicatives (réformistes). Bref, la performance de Macron est un triomphe de concessions préventivesIls réduisent la lutte des Gilets jaunes au champ de bataille connu et balisé par l’État et par la bourgeoisie avec la petite bourgeoisie comme courroie de transmission privilégiée. Bien sûr, ces concessions, même minimes, ne sont pas une bonne affaire pour la bourgeoisie française. Les citoyens qui préconisent l’initiative du référendum populaire (RIC), l’apparition éventuelle d’une partie des changements constitutionnels de types « gilets jaunes », tout cela risque d’ouvrir une longue phase de stagnation et de paralysie politique pour la bourgeoisie dans le style de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de l’Espagne.

 

Le danger du point de vue des travailleurs est d’accoucher d’un fœtus mort suite à un mouvement qui aura avorté, égarer dans le nationalisme – le populisme – le citoyennisme. C’est la nouveauté de ce mouvement si on le compare au mouvement en Espagne. La petite bourgeoisie catalane en faveur de «l’indépendance» n’a pas réussi à entraîner les travailleurs catalans. La réactivation du nationalisme chauvin espagnol, pas davantage. Cependant, les «Gilets jaunes» sont autre chose. Pour beaucoup de travailleurs, ils semblent des «nôtres» dont plusieurs sont égarés loin de «la révolution», avec leurs drapeaux tricolore, citoyens, populistes, en particulier dans les anciens secteurs contrôlés par les staliniens.

 

Nous passons maintenant d’une promesse d’amélioration de la situation au seuil d’un nouveau 1830. C’est-à-dire que c’est maintenant que nous réalisons l’ampleur de la défaite des luttes des années 70 et 80 pour le mouvement ouvrier international. Pas dans la démobilisation et la passivité des vingt années qui ont suivi, pas même dans la difficulté de trouver des réponses de classe pendant les dix années de crise que nous avons déjà vécu, mais dans la faiblesse du mouvement que nous constatons aujourd’hui, et de manière prévisible dans l’avenir, avant que vers le néant que la petite bourgeoisie désespérée nous ouvre généreusement.

 

Que faire?

 

Plus d’une génération s’est écoulée depuis ces luttes des années 70-80 et leurs conséquences menacent de mettre en scène un prolétariat d’un autre âge, alors qu’il se traînait derrière la petite bourgeoisie démocratique. Ce n’est que maintenant que nous vivons sous un capitalisme en décrépitude ayant atteint un paroxysme réactionnaire. À ce stade, la mémoire de la classe a été déformée et atrophiée par 70 ans de stalinisme et par des dizaines de campagnes médiatiques annonçant la «mort de la classe ouvrière». À condition d’avoir une conception évolutive et cumulative (dialectique) de la conscience de classe nous ne devrions pas avoir peur. Les tâches qui nous attendent sont nombreuses et urgentes, mais pas différentes de celles du passé. Et au niveau où nous en sommes, elles ne sont même pas si compliquées. De la France à l’Iran, nous sommes en train de regrouper et d’organiser ceux qui sont allés plus loin que l’esprit réactionnaire citoyen et nous cumulons le ferment utile à l’organisation du prolétariat en tant que classe.

 

Vous cherchez un but – une résolution – pour 2019? Il est temps de surmonter le moment «Gilet jaune» et de le dépasser. Tout ce qui s’agite sur place n’avance pas. Il est temps de trouver de nouveaux partenaires, de discuter avec eux, de récupérer et de se réapproprier  les outils de base et de nous organiser. (1)

 


 

1. http://marxismo.school/  en espagnole

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

6 pensées sur “Il est temps de surmonter le moment «Gilet jaune». La suite du VIe Acte

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    27 décembre 2018 à 3 03 17 121712
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    Une cocarde contre un gilet, Macron est encore gagnant par rapport au roi ! Preuve que les Français l’aiment bien. Il faut dire qu’il ne les a pas envoyé chier et qu’il les a toujours considérés avec le respect dû à la merde qu’ils sont. Que n’auront-ils pas fait pour lui complaire jusqu’à traverser la rue (dans les passages cloutés) et retraverser la rue à la recherche d’un zob mal éclairé (même si depuis il est interdit de traverser dans des passages cloutés. C’est une nouvelle loi impériale et impérieuse des gendarmes à sa solde, parce que les autres…. Sont plutôt pour le passage piéton, réservé en exclusivité pour eux). Quel monde à l’envers en cette fin de pagaille, sans fin…..

    https://wp.me/p4Im0Q-2Go
    Etre, encore, Gilet Jaune, demain https://wp.me/p4Im0Q-2Et

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    27 décembre 2018 à 4 04 03 120312
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    @ TOUS

    1) d’ABORD IL FAUT grandement félicité le groupe espagnole Nuevo Curso pour cette analyse pénétrante – dynamique et profonde de la situation politique et sociale engendré par les Gilets jaunes en France.

    2) Notez l’analyse de classe que présente Nuevo Curso… où il identifie correctement le rôle de la petite-bourgeoisie en rupture de banc et mobilisé pour protester contre le sort (paupérisation et prolétarisation) qui lui est réservé (par l’État des riches croient les petits-bourgeois- qui n’osent pas encore dénoncer leurs maitres capitalistes) par l’évolution de la crise du capitalisme décadent.

    3) Nuevo Curso partant d’Espagne a une vision plus claire de la situation de la classe ouvrière française que la plupart des gauchistes français qui en sont encore et toujours à cataloguer – sectariser – étiqueter – dogmatiser arguer: « Les Gilets jaunes sont-ils de gauche ou de droite sont-ils pré-révolutionnaires ou réactionnaires ? Et comment s’y prendre pour rester assis sur la clôture et ne pas s’engager en ayant l’air du bonze-conseiller le plus à gauche qui soit – Réputation oblige voyez-vous! »

    4) Heureusement le prolétariat français n’écoute plus ni la gauche – ni la droite – ni les politiciens – ni le gouvernement mais convenons=en avec les camarades de Nuevo Curso : « Nous réalisons la l’ampleur des défaites ouvrières des années 70-80 … dans la faiblesse du mouvement que nous constatons aujourd’hui, et de manière prévisible dans l’avenir » EXACT camarades. Ceci, nous fait dire que ces expériences de lutte des années 70-80 font partie de la conscience de classe (pour ceux qui croient que la conscience vient à la classe via l’avant-garde) DONC la classe sait ce qui n’est pas bon pour elle – ce qu’elle rejette comme une mauvaise expérience – l’avant-garde gogauche et les élections bourgeoises et le syndicalisme bureaucratique et la justice bourgeoise et l’État du peuple tout entier etc. MAIS ELLE NE SAIT PAS CE QUI SERAIT BIEN POUR SA LUTTE

    d’OU SES HÉSITATIONS et la faiblesse timide de son engagement de classe

    Nous y revenons bientôt

    Robert Bibeau

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    27 décembre 2018 à 4 04 29 122912
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    @ tous

    5) Avant de poursuivre la critique positive du texte de Nuevo Curso soulignons un aspect négatif de leur analyse – un aspect commun à toute les organisations – groupes – associations marxistes ou que l’on pourrait appeler Nouvelle gauche (ce que nous ne sommes pas au webmagazine les7duquebec) à savoir le peu de cas qu’ils font de la conjoncture économique générale – déterminante – sans laquelle il n’y aurait ni Macron le pion, ni Gilets jaunes petits-bourgeois, ni prolétariat en recherche d’une voie alternative pour débloquer ce qui se présente de plus en plus comme un cul de sac.

    6) Revenons à cette brillante constatation de Nuevo Curso… L’atavisme et la timidité de l’implication dirigeante du prolétariat contemporain est une conséquence directe des échecs des luttes de classes féroces des années 70-80. Nuevo Curso va plus loin et brillamment constate que : « mettre en scène un prolétariat d’un autre âge, alors qu’il se traînait derrière la petite bourgeoisie démocratique. » EXACT – une petite-bourgeoisie de go-gauche agglutinée dans une ribambelle de groupuscules gauchistes éphémères – qui sont disparues avec la pluie noire écosocialiste de la pollution et que l’on retrouve aujourd’hui dans les parlements bourgeois

    6) Pouvez-vous comprendre camarades l’aversion viscérale du prolétariat mondial pour tout ce qui ressemble à la go-gauche-socialiste-communiste-syndicale-altermondialiste-écosocialiste mais surtout petite-bourgeoise cherchant à faire la leçon et a user de la puissance de la masse ouvrière pour tirer son épingle du jeu – espère la petite-bourgeoisie et la frange désespérée des patrons prêtes à faire trembler les murs de l’Élysée MAIS jamais de détruire l’Élysée

    7) L’intelligence extraordinaire de notre classe prolétarienne – sa mémoire subconsciente phénoménale (que Lénine pensait l’apanage exclusif des communistes) l’amène À REFUSER PAR SA PASSIVITÉ QUE L’ON USE ET ABUSE DE SA CHAIR À CANON pour servir les visées des petits-bourgeois paupérisés – désespérés mais qui au moment fatidique feront faux bond comme en 70-80 et 90. Car jamais le segment de classe petit-bourgeois n’accomplira la RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE QUI RESTE LA MISSION DE LA CLASSE PROLÉTARIENNE ET DE SON FER DE LANCE = LA CLASSE OUVRIÈRE

    8) vENONS-EN à l’essentiel =

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      27 décembre 2018 à 4 04 47 124712
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      @ Tous

      L’essentiel c’est bien que faire maintenant et où nous sommes sachant que la question de notre objectif commun est déjà identifié – unique… Ce n’est pas d’obtenir quelques concessions – ou de voir « gagner » les Gilets jaunes… il n’y a aucun gain réel possible en ces temps de crise permanente ou le capital n’a aucune marge de manoeuvre – il faut le dire à la classe et jamais ne lui laisser d’illusion sur l’issu de cette lutte finale qui s’engage … ce sera EUX ou NOUS.

      Notre objectif stratégique IMMÉDIAT est de contribuer à transformer cette protestation – aux multiples horizons – en une insurrection populaire unifiée et internationale tout en préservant – solidifiant – l’autonomie de la classe ouvrière et pour cela en reconstruisant ses organisations de classe (sur ce point je m’interroge cependant)

      Notre objectif stratégique à long terme est unique et fort simple quoique radical – transformer cette insurrection populaire en Révolution prolétarienne sous direction de la classe prolétarienne – et surtout pas d’un parti ou autre groupuscule…

      Camarades de Nuevo Curso votre proposition :  » De la France à l’Iran, nous sommes en train de regrouper et d’organiser ceux qui sont allés plus loin que l’esprit réactionnaire citoyen et nous cumulons le ferment utile à l’organisation du prolétariat en tant que classe. » est-elle à la auteur des attentes historiques et de nos capacités de révolutionnaires prolétariens ???

      Je crois que oui !

      Robert Bibeau Éditeur http://www.les7duquebec.com

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    31 décembre 2018 à 21 09 31 123112
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    Résolution pour 2019? Stp… Il n’aura pas. Ce pays de marde touchera précisément le fond en 2019!

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