Je pars… pour LE MOINS!

DOMINIQUE BOISVERT

La semaine dernière, je me demandais jusqu’à quel point nous ne vivons pas tous et toujours (du moins ici, dans le monde occidental de l’abondance) dans le TROP.

Cette semaine, je vous annonce mon départ… pour LE MOINS. En effet, ce billet est le dernier texte hebdomadaire que je publie sur le site des 7 du Québec. Non par manque d’intérêt, mais pour être cohérent avec la démarche que j’entreprends en quittant Montréal (et ses innombrables sollicitations les plus diverses, toutes aussi alléchantes les unes que les autres), après 50 ans de vie urbaine, pour aller vivre dans un petit village de 588 habitants.

Je pars pour LE MOINS. C’est un choix, lentement mûri, pour mieux concentrer mon attention et mon énergie. Constamment dispersé, depuis toujours, entre mille (j’exagère un peu ;-)) demandes de services et engagements militants, j’ai finalement identifié une ou deux priorités auxquelles je veux consacrer l’essentiel de mon temps.

LE MOINS est difficile, beaucoup plus qu’on ne le croit. Car il a « moins » à montrer pour justifier de son utilité ou de son efficacité, dans la vie comme dans le monde. Il est moins voyant, moins populaire, moins rentable.

LE MOINS exige de renoncer à tellement de possibles, de désirs, d’attentes. Et tout renoncement est terriblement difficile en notre monde qui carbure à l’exacerbation des désirs! Même quand on renonce pour un « mieux » pressenti et recherché.

LE MOINS navigue à contre courant sur une mer houleuse. Il prend de front tous les vents contraires : argent, progrès, vitesse, performance, compétitivité, mondialisation, et tant d’autres déclinaisons de notre appétit insatiable pour le « toujours plus ».

Et pourtant, LE MOINS a, de tous temps, été présenté par les sages comme un gage de bonheur, d’équilibre, de beauté. Comme le rappelait encore Majid Rahnema (Quand la misère chasse la pauvreté), le mot « pauvreté » avait jusqu’à récemment encore (moins de deux siècles) un sens positif et sa traduction positive contemporaine serait la simplicité volontaire.

LE MOINS, librement choisi, peut s’avérer redoutablement libérateur. Non seulement il nous allège de tellement de choses accumulées (matérielles comme psychiques) pour nous rapprocher de l’essentiel, mais il diminue aussi notre dépendance à l’argent et à la nécessité d’en gagner qui sont, pour un très grand nombre d’entre nous, une fatalité de l’existence qui confine à l’esclavage.

Ce voyage vers LE MOINS ne sera pas sans embûches et comportera sa part de défis. Dans tous les cas, il s’agit moins d’une destination précise que d’une direction à suivre, d’un cheminement à explorer patiemment, avec ouverture et persévérance.

Mais cette aventure n’est pas que philosophique ou poétique. Ce MOINS se décline dans des formes bien quotidiennes et prend des noms bien concrets. Le village s’appelle Scotstown (dans la région de Lac Mégantic). La priorité s’appelle l’écriture d’un livre (en chantier depuis 18 mois). L’une des embûches s’appelle l’ordinateur (et ses innombrables tentations). Et l’un des défis s’appellera la décélération du rythme de vie.

Ceux et celles qui seraient intéresséEs à me suivre dans cette aventure pourront désormais le faire sur mon propre site web : www.dominiqueboisvert.ca.

Et avant de prendre congé, j’aimerais remercier à la fois les responsables des 7 du Québec pour m’avoir accueilli chaleureusement, et les lecteurs et lectrices du site pour leur intérêt et leurs commentaires. Les sept mois que j’ai partagés avec vous ont été pour moi riches et stimulants et votre invitation à me commettre, par écrit, chaque semaine y a été pour quelque chose.

Longue vie aux 7 du Québec! Et au plaisir de vous retrouver peut-être, aux détours souvent imprévus que la vie nous réserve…

 

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Dominique Boisvert

Membre du Barreau pendant 20 ans, Dominique Boisvert a choisi de travailler essentiellement en milieux populaires dans les domaines de la solidarité internationale, des droits humains, des immigrants et des réfugiés, de l'analyse sociale, de la paix et de la nonviolence et des questions spirituelles. Co-fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) en 2000, il a publié aux éditions Écosociété L'ABC de la simplicité volontaire (2005) et ROMPRE! ou Le cri des « indignés » ( 2012). Il a également publié aux Éditions Novalis, Québec, « tu négliges un trésor ! Foi, religion et spiritualité dans le Québec d'aujourd'hui » (2015) et La « pauvreté » vous rendra libres !, Essai sur la vie simple et son urgente actualité (2015). Il anime, depuis 2010, le blogue du RQSV (www.carnet.simplicitevolontaire.org) et il a aussi son propre site (www.dominiqueboisvert.ca) depuis le printemps 2014.

2 pensées sur “Je pars… pour LE MOINS!

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    29 mars 2014 à 16 04 57 03573
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    Bonne chance dans votre nouveau mode de vie.

    Nous devons apprécier ce privilège que nous avons ici au Québec de pouvoir se retirer de la vie urbaine et de profiter d’une certaine solitude tout en gardant un maximum de confort. Dans la majorité des pays seulement les millionnaires peuvent se permettre ce genre de vie.

    J’aimerais élaborer plus longuement mais je dois aller ramasser l’eau d’érable. Je prévois faire 2 gallons de sirop qui vont me coûter environ $125. Du gallon et je ne compte pas mon temps.

    Bienvenue en campagne

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    29 mars 2014 à 19 07 46 03463
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    Quel beau texte, et quelle belle façon de saluer les camarades ! Je ne doute pas de la fertilité de votre MOINS. Le livre en chantier y prendra une chair peut-être un peu imprévisible. Et puis vous reviendrez, j’espère, pour six ou sept mois de temps à autre, hein ?

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